dimanche 8 novembre 2026

CRITIQUE, festival. 60e FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU (Abbatiale Saint-Robert), les 22 & 23 août 2026. Les Talens lyriques / C. Rousset, Les Accents / T. Noally, A Nocte Temporis / R. van Mechelen

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Le Festival de la Chaise-Dieu dont on rappellera qu’il a été inspiré par le grand pianiste français d’origine hongroise Gyorgy Cziffra, fête son 60ème anniversaire. Pour cette importante commémoration, le Festival de la Chaise-Dieu – qui s’avère être l’un des plus anciens festivals de musique classique de France ! – a réuni nombre de personnalités musicales de premier plan, dont beaucoup d’entre elles sont des habituées.

 

Notre écoute attentive s’est portée sur 3 concerts donnés par trois musiciens de trois générations différentes… un claveciniste, un violoniste et un chanteur. Le claveciniste Christophe Rousset dirigeait son ensemble Les Talens Lyriques dans un programme Charpentier / Campra, le samedi 22 août. Était proposé tout d’abord la dernière Messe composée par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), ayant pour titre Missa Assumpta est Maria. Dans cette œuvre, de même que dans la suivante, l’ensemble instrumental était associé au très remarquable Chœur de Chambre de Namur. On connaît la dévotion de Charpentier pour la Vierge, toute son œuvre sacrée en témoigne. Dès les premières mesures, on est plongé dans un climat de douceur presque sensuelle propre à ce compositeur, les cordes des Talens lyriques faisant merveille dans cette musique sinueuse et vibrante de foi religieuse. 

Les solistes et le chœur à la française répondent avec naturel aux sollicitations du chef, fin connaisseur de cette musique, comme de celle d’André Campra (1660-1744). Son Requiem est une œuvre qui rendit son auteur célèbre dans tout le pays. Avec l’ouvrage de Campra, on est déjà en présence d’une musique qui, sans oublier Le Grand siècle, a déjà plus d’un pied dans le XVIIIème siècle. La musique se fait plus fournie et puissante, Campra ayant eu le souci de varier les formes musicales, les interventions du chœur, des solistes. Parmi eux, la basse Adrien Fournaison est particulièrement sollicitée, notamment pour ouvrir dans un style grégorien les différents numéros qui composent ce Requiem. On aura aussi remarqué les très belles interventions du haute-contre Abel Zamora. Christophe Rousset dirige son ensemble avec une science faite tout à la fois de retenue et de puissance.

Le second nommé est le violoniste Thibault Noally qui dirige du violon son ensemble Les Accents. Le programme retenu, le lendemain 23 août en après-midi, était entièrement consacré au compositeur Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Deux œuvres étaient inscrites au programme de ce concert, dont une très peu connue, et une autre qui fit la gloire du compositeur. C’est une Cantate – Donna che in ciel HWV 233 – qui introduit ce concert. Il s’agit d’une œuvre, comme la suivante, du jeune Haendel – et elle a été composée durant la période dite romaine du compositeur, quand ce jeune luthérien était au service de protecteurs catholiques. Cette Cantate comporte trois airs qui sont confiés à une chanteuse, la mezzo-soprano Juliette Mey, au timbre clair et ferme.

C’est une œuvre chargée de vocalises et qui emprunte beaucoup au style lyrique. Puis vient l’ouvrage attendu et connu de beaucoup, nombre de chœurs amateurs s’en sont emparés. Il s’agit du Dixit Dominus (Le Seigneur a dit). Oeuvre dans laquelle les chœurs sont particulièrement mis à contribution. Les interventions de solistes, accompagnées la plupart du temps au violoncelle et à l’orgue, dans un relatif dépouillement, font contraste avec la puissance emphatique du chœur. Sa virtuosité tonique annonce d’ailleurs certaines phrases musicales du Messie, autre chef d’œuvre du compositeur germanique.

Sachant que ce Dixit Dominus est généralement interprété par un grand choeur, certains auront sans doute pû être surpris que les chanteurs solistes qui composent également le chœur soient au nombre de cinq : une soprano Marlène Assayag, une mezzo-soprano Juliette Mey, une contralto Anthea Pichanick, un ténor Antonin Rondepierre et enfin, une basse Nicolas Brooymans. Le mérite de ce petit effectif, c’est la clarté de l’exécution, sa fraîcheur aussi, qualités que l’on n’associe pas spontanément à Haendel. L’entendre sous un jour nouveau, plus dépouillé, donc plus léger, sous la direction créative de Thibault Noally, s’avère passionnant.

Enfin le troisième musicien, le chanteur Reinoud Van Mechelen, nous emmène (le soir même…) sur la trace du Kantor de Leipzig – avec l’exécution de la Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Cette œuvre d’une ampleur certaine, quoique de proportion plus modeste que la Passion selon Saint Matthieu, est composée de deux parties inégales. Là encore, surprise de découvrir un ensemble d’instrumentistes et de chanteurs peu fourni, 7 solistes et 7 membres du chœur. C’est un choix historiquement informé, comme on dit, qu’a fait le ténor et chef d’orchstre Reinoud Van Mechelen, avec l’Ensemble A Nocte Temporis qu’il a créé.

La disposition de l’ensemble instrumental fait la part belle aux instruments les plus fragiles, avec, tout à côté du chef, le luth et sur le côté droit, un quatuor composé de 2 flûtes et 2 hautbois. Non loin, le basson et plus loin la contrebasse, et, bien sûr, les cordes tout autour. Bien que visiblement surpris, le public a paru peu à peu conquis par cette interprétation expérimentale de la Passion. Son originalité tient à son côté presque paroissial, familier, à l’image de l’interprétation que Reinoud Van Mechelen a donné de son incarnation de l’Evangéliste. On rappellera qu’il a, tout à la fois, tenu le rôle de l’Evangéliste et dirigé l’ensemble. Cette interprétation a pu apparaître pour certains comme expérimentale, même si il n’est désormais pas nouveau d’interpréter la Passion avec un effectif réduit (on l’a même entendue jouée avec un effectif encore plus réduit)…

Elle a aussi le mérite d’éviter certaines grandiloquences et de permettre d’entendre une Passion plus proche des auditeurs, comme à portée de voix. Le public ne s’y est pas trompé. Il suffisait, pour s’en rendre compte, de percevoir le silence ému qui a parcouru l’assistance à la fin de l’œuvre. Toutes les voix solistes ont au moins une aria, et elles accomplissent toutes avec brio et intériorité le cheminement spirituel que requiert l’interprétation de ce chef-d’œuvre. Mention particulière au contre-ténor Carlos Mena pour son interprétation, à la fin de la Passion, de l’aria Es ist vollbracht… (Tout est achevé).

L’interprétation de la Passion selon St-Jean fut l’un de ces moments de musique qui font la grandeur du Festival de la Chaise-Dieu. Bon anniversaire !!

 

 

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CRITIQUE, festival. 60e FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU (Abbatiale Saint-Robert), les 22 & 23 août 2026. Les Talens lyriques / C. Rousset, Les Accents / T. Noally, A Nocte Temporis / R. van Mechelen. Crédit photo (c) Bertrand Pichène

 

 

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