mardi 13 octobre 2026

CRITIQUE, enregistrement événement. Louis COUPERIN : 16 Préludes non mesurés. Denis Levaillant, piano (première mondiale, DLM éditions)

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Défricheur, explorateur, expérimentateur, on ne présente plus le compositeur et pianiste Denis Levaillant. Artiste polyvalent, le pianiste se révèle sur le métier de Louis Couperin (1626-1661), interprète et inventeur. Le cadre des Préludes non mesurés de Couperin permet cette liberté interprétative qui place l’interprète tel un re-créateur dont le geste libre et inspiré n’a d’autre dessein que le respect de l’esprit de la musique et la cohérence des options choisies pour l’exprimer. Dans les faits, Denis Levaillant propose avec raison une tradition déjà acceptée et même recherchée chez Rameau : jouer Couperin au piano. Il était même temps ; gageons qu’ici, le claviériste agisse en visionnaire.

 

D’autant que la mécanique sonore du clavier moderne se prête idéalement à l’esthétique même des Préludes : la richesse harmonique (présence des basses dans le médium), comme l’acuité renouvelé des récitatif, leur portée déclamatoire,… sont d’autant plus réussis qu’ils accréditent l’approche dans son ensemble.

 

Première mondiale
Denis Levaillant joue Couperin au piano

Du reste, le compositeur aborde un terreau connu et déjà analysé, précisément dans son livre sur l’Improvisation musicale (1980), où Couperin figurait comme un cas exemplaire, qui (r)appelle l’improvisation. Une improvisation proche de la respiration et du naturel de la langue parlée, qui rétablit le cheminement et la structure même des 16 Préludes « non mesurés ». Le fait que l’interprète ne vienne pas des cénacles baroques, parfois corsetés par les règles édictées, irrévocables, de l’approche historiquement informée, renforce l’intérêt de l’enregistrement ; Denis Levaillant en outre maîtrise toute la technique du jazz improvisé. Une dynamique fluide, une rythmique libre, une pulsion basique régénérée… nourrissent ici une approche qui respire, nuance, … rétablit le sens, tout en respectant le style baroque français du XVIIè (déclamation, articulation, ornementation…)… soulignant chez Louis, les signes du génie poète et conteur, qui exprime sans décrire. Ainsi c’est le flux improvisé qui exprime le caractère de chaque pièce. Très inspiré, le pianiste réorganise les Préludes en groupes selon la tonalité et la logique des modulations : d’abord en do majeur (n°9), puis sol mineur (n°3), ré majeur (n°2), la mineur (n°6A)… Le parcours sonore, dans ses modulations enchaînées et fluides, questionne, sonde, introspecte… tende vers une abstraction hors du temps et de l’espace (divagation éthérée mais très architecturée du Prélude 15, le plus développés la fois acteur et méditatif).

En déplaçant la tradition du Prélude, avant réservée au luth, Couperin offre au clavier, un cadre nouveau, riche en possibilités expressives et aussi techniques. Le compositeur offre à l’interprète un terrain où la liberté du geste doit trouver son équilibre, tout en s’appropriant des ressources inédites, comme ce que souligne Denis Levaillant, le goût des harmonies rares, dissonantes, – comme déjà évoqué, dans la tenue des basses (d’autant plus que sur le clavier moderne, les basses sont amples, rondes, puissantes).
De même, le pianiste joue comme s’il sculptait la matière musicale en perpétuelle modulation, couplée à un mouvement imitatif constant (Prélude n°9 en ut). Le relief de telles dissonances rehausse la vitalité linguistique du flux et fait de chaque Prélude, un joyau dramatique d’une richesse secrète en première écoute, et qui se révèle, onctueuse, caressante, intérieure dès la seconde écoute (grâce à la ductilité restaurée du chant de la main droite).

S’appuyant surtout sur l’édition de Moroney, Denis Levaillant rend explicite et audible, l’élégance de chaque courbe inscrite sur la partition (qui indique chaque note tenue) et aussi rend lisible les signes de « legato » (en réalité l’équivalent des barres de mesure). S’en dégage une lecture intime, librement narrative, toujours cohérente qui exprime en son coeur, l’équilibre et l’élégance solaire du divin Louis Couperin. Compositeur réservée, toujours mesuré, capable pourtant d’envolées fulgurantes, – dont le jaillissement semble improvisé, Couperin gagne à travers ses 16 Préludes ainsi réalisés, une vitalité renouvelée qui allie souveraine pudeur mais créativité sans entrave (en cela un point d’équilibre est atteint dans le sublime chant du Prélude 13) : « … quand j’interprète, je suis en situation de créateur: je dois penser comme le compositeur au point de ressentir son écriture comme la mienne. Couperin n’est donc pas un détour. C’est une nouvelle entrée dans ce même univers », précise Denis Levaillant, dans l’entretien qu’il nous a réservé. LIRE l’intégralité de l’entretien avec Denis Levaillant à propos de son enregistrement des Préludes non mesurés de Louis Couperin : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-denis-levaillant-a-propos-de-son-nouvel-enregistrement-dedie-aux-preludes-non-mesures-de-louis-couperin/

Pour ses 400 ans, Louis Couperin dit « le Grand », ne pouvait espérer meilleur ambassadeur.

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CRITIQUE, enregistrement événement. Louis COUPERIN : 16 Préludes non mesurés. Denis Levaillant, piano (DLM éditions) – parution : le 29 août 2026 – Plus d’infos sur le site de Denis Levaillant  : https://www.denislevaillant.net/DL_FRE/ — CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026

 

 

 

 

 

entretien

ENTRETIEN avec Denis LEVAILLANT, à propos de son nouvel enregistrement dédié aux Préludes non mesurés de Louis Couperin | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-denis-levaillant-a-propos-de-son-nouvel-enregistrement-dedie-aux-preludes-non-mesures-de-louis-couperin/

Pour ses 400 ans en 2026, Louis Couperin (1626 – 1661), en partie éclipsé par son neveu François, méritait bien un éclairage original et personnel. Pari relevé et réussi par le compositeur et pianiste Denis Levaillant qui a enregistré les fameux Préludes « non mesurés » au piano : à l’interprète de réaliser le corpus légué par le compositeur baroque, l’un des plus audacieux et aussi des plus emblématiquement français qui soit… Familier du jazz et de l’improvisation, Denis Levaillant aborde les Préludes en en soulignant l’essence expérimentale, la vivacité comme la liberté inventive. Jamais le geste n’a paru aussi juste et pertinent, le pianiste privilégiant toujours l’esprit du jaillissement et de l’imagination comme source d’une dramaturgie « cinématique »…


 

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation annonce du cd Louis COUPERIN : Préludes non mesurés. Denis Levaillant, piano (1 cd DLM éditions)
LOUIS COUPERIN : Préludes non mesurés, Première intégrale mondiale des Préludes non mesurés sur un piano de concert moderne… À l’occasion des 400 ans de sa naissance, le pianiste Denis Levaillant présente le premier enregistrement intégral au piano des Préludes non mesurés de Louis Couperin (dans l’édition de Davitt Moroney) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-louis-couperin-preludes-non-mesures-danis-levaillant-piano-1-cd-dlm-editions/

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