vendredi 6 novembre 2026

CRITIQUE, festival. 41ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 2 juillet 2021. « Transversal Orientation » par Dimitris PAPAOIANNOU

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Quel spectacle ! Nous sommes sortis abasourdis de « Transverse Orientation » du chorégraphe grec Dimitris Papaioannou, présenté le 2 juillet à l’Opéra Berlioz, dans le cadre du 41ème Festival Montpellier Danse – seulement quelques jours après sa création mondiale au TNP de Villeurbanne (dans le cadre de la 19ème Biennale de Danse de Lyon). La pièce a littéralement enflammé un public venu en nombre, offrant une expérience sensorielle d’une intensité inouïe.

 

D’emblée, on est saisi par la puissance des images. Sur un plateau d’une blancheur immaculée, des figures énigmatiques coiffées de ballons noirs oscillent comme attirées par une lumière vacillante. Ces silhouettes fantomatiques, presque comiques dans leur maladresse, plantent le décor : nous voilà plongés dans un univers absurde et poétique, à la croisée du théâtre plastique et de la danse la plus viscérale.

Dimitris Papaioannou, formé aux arts plastiques, aborde la scène comme un tableau vivant. Chaque séquence est une composition soignée jusqu’au moindre détail, un tableau baroque qui interroge nos sens et notre rapport au monde. On y croise des figures mythologiques revisitées, comme ce taureau d’une incroyable réalisme, manipulé par les danseurs avec une dextérité stupéfiante. La bête, tour à tour menaçante et docile, devient le symbole d’une nature indomptée que l’homme tente d’apprivoiser, sans jamais tout à fait y parvenir.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une exploration des désordres du monde, des jeux de pouvoir, de la filiation et de la lutte éternelle entre l’ancien et le nouveau. Papaioannou convoque la Grèce antique, ses mythes et sa statuaire, pour interroger notre humanité contemporaine. Les corps nus, magnifiques, sont exposés sans pudeur, non pas pour choquer mais pour révéler l’essence même de l’être. Comme l’explique le chorégraphe, c’est l’héritage de la statuaire grecque qui l’inspire : la sensualité et la spiritualité passent par le corps absolument nu. Sur scène, les danseurs, huit interprètes internationaux, deviennent des matières vivantes que l’artiste modèle et malmène. Ils sont projetés dans des situations extrêmes, escaladent des blocs de polystyrène, plongent dans l’eau, se heurtent à des murs invisibles. La nudité est utilisée comme un moyen d’expression puissant, renvoyant à l’héritage des statues antiques.

L’humour n’est jamais loin, souvent grinçant, toujours salvateur. On sourit devant les mésaventures de ces hommes en costumes, empêtrés dans des situations absurdes. On rit de ces blocs de polystyrène qui s’écroulent en cascade, des jeux de mains qui deviennent des langues de taureau, des transformations burlesques. Ce sens du décalage rend le propos plus percutant, plus humain aussi. La musique de Vivaldi, magnifiée par le travail sonore de coti K, soutient ce long rêve éveillé de deux heures. Elle crée un contrepoint poignant aux images parfois sombres, parfois lumineuses. Le spectacle alterne alors entre grâce absolue et tension insoutenable, nous laissant tour à tour émerveillés, mal à l’aise, transportés. La scénographie, signée Tina Tzoka et Loukas Bakas, est un personnage à part entière. Les murs se déplacent, le sol se dérobe, l’eau surgit, créant un espace en perpétuelle métamorphose. Ce travail sur la matière est remarquable : le décor devient un terrain de jeu et de conflit, se déconstruisant sous nos yeux dans un final apocalyptique où le plancher se soulève pour révéler une nappe d’eau.

Transverse Orientation est une œuvre d’art totale, un spectacle qui ne peut laisser personne indifférent. Papaioannou, avec une maîtrise confondante, nous offre un moment de théâtre exceptionnel. On sort de la salle ébranlé, les yeux pleins d’images, l’esprit habité par ces questions fondamentales sur notre place dans le monde. Une réussite éclatante qui marquera durablement l’histoire pourtant déjà longue et glorieuse du festival Montpellier Danse !

 

 

 

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CRITIQUE, festival. 41ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 2 juillet 2021. « Transversal Orientation » par Dimitris PAPAOIANNOU

 

 

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