Pour notre premier spectacle, lors de la 41ème édition du festival Montpellier Danse, ce jeudi 1er juillet 2021 (jour de nos 50 printemps !), nous avions rendez-vous avec la création tant attendue de Sharon Eyal et Gai Behar. Présenté dans le cadre prestigieux de l’Opéra Comédie, Chapter 3 : The Brutal Journey of the Heart a littéralement électrisé le public, confirmant l’incroyable complicité qui unit l’artiste israélienne à la ville de Montpellier. Le spectacle, dernier volet de sa trilogie sur l’amour, a démontré une fois de plus pourquoi Eyal est saluée comme l’une des chorégraphes les plus originales de notre temps.
Dès l’ouverture, le spectateur est happé par un ballet de corps chaloupés, bercés par une musique néo-tropicale envoûtante. Les interprètes, vêtus de justaucorps conçus par Maria Grazia Chiuri pour Christian Dior Couture, arborent des tatouages végétaux et un cœur rouge éclatant sur la poitrine, symbole vibrant de l’odyssée intérieure qui s’annonce. La complicité entre Eyal et la directrice artistique de Dior offre une dimension esthétique rare, où le vêtement dialogue avec le mouvement pour exprimer les états du cœur : désir, amour brisé, soif de guérison.
Ce Chapter 3, inspiré du roman Une vie comme les autres de Hanya Yanagihara, explore les méandres de la réparation après la rupture. Comme l’écrit l’autrice, « les choses se brisent, parfois elles sont réparées, et la vie se réorganise pour compenser votre perte, parfois à merveille ». Sur scène, les neuf danseurs de la Compagnie L-E-V (qui signifie « cœur » en hébreu) forment un organe collectif qui pulse, se rétracte et s’ouvre dans une unité saisissante. Le travail incessant du bassin, quasi hypnotique, devient le leitmotiv d’une danse-offrande, tandis que les lumières d’Alon Cohen sculptent l’espace de tableaux vivants d’une beauté renversante.
Sharon Eyal possède l’art des ruptures et des changements de ton. Là où l’on s’installe dans une douce torpeur rythmique, la chorégraphe monte la tension, casse les lignes, et fait surgir des pics d’adrénaline qui tiennent le public en haleine. Le spectateur ne sait plus où donner de l’œil, comme happé par une soirée en club où chaque danseur vit sa propre pulsion : les solos et duos explosifs surgissent de la masse, tandis que les corps, extrêmement cambrés, évoluent sur les pointes dans une gestuelle d’une précision chirurgicale. La performance, rythmée par la bande-son signée Ori Lichtik, mêle avec audace des rythmes techno entêtants, des percussions venues d’ailleurs et des chants a cappella. Le mélange, parfois surprenant, crée une atmosphère sensorielle totale où le beat semble marteler le cœur du spectateur. Ce voyage sonore et viscéral, qui oscille entre transe extatique et mélancolie brute, opère une véritable catharsis.
À l’issue de ce périple de 55 minutes, le public de Montpellier Danse, debout, a salué par des acclamations nourries une compagnie qui livre une interprétation d’une énergie et d’un engagement hors norme. Avec Chapter 3: The Brutal Journey of the Heart, Sharon Eyal et Gai Behar signent une œuvre puissante qui prouve que la danse est un langage universel pour panser les plaies.
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CRITIQUE, festival. 41ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Comédie, le 1er juillet 2021. « Love – Chapter 3 » par Sharon EYAL et Gai BEHAR (et la Compagnie L-E-V). crédit photo (c) droits réservés





