Le 18 octobre 2021, le Théâtre du Capitole de Toulouse vibrait au rythme d’une création exceptionnelle, imaginée par le chorégraphe Kader Belarbi. Après deux reports forcés, « Toulouse-Lautrec » voyait enfin le jour, et l’événement a marqué les esprits par sa puissance, sa beauté et son audace .
Dès l’ouverture, le ton est donné : nous sommes plongés dans l’atmosphère de la Belle Époque, dans l’univers fascinant et tourmenté du peintre . Le spectacle se déroule comme une succession de tableaux vivants, plus qu’une simple biographie. C’est un nuancier de sensations, un collage d’émotions qui capte l’essence même de l’artiste et de son œuvre . On y croise ses modèles et ses amours, de Jane Avril à la Goulue en passant par Suzanne Valadon, dans une fresque humaine d’une richesse inouïe .
La chorégraphie de Kader Belarbi est une merveille de liberté et d’énergie. Elle puise dans la grammaire classique pour mieux s’en affranchir, créant un langage corporel qui restitue avec une justesse bouleversante le mélange de force vitale et de mélancolie de Toulouse-Lautrec . Le danseur Ramiro Gómez Samón, bouleversant d’émotion, incarne avec une grâce infinie cet « homme libre au corps empêché » . Il est magnifiquement soutenu par l’ensemble du Ballet du Capitole, dont la cohésion et l’énergie communicative sont saisissantes . Mention spéciale aux scènes de groupe, comme le French Cancan endiablé avec plus de trente solistes, qui provoque une jubilation communicative .
La musique de Bruno Coulais, interprétée en direct avec brio par Sergio Tomasi à l’accordéon et Raúl Rodriguez Bey au piano, est un personnage à part entière . Elle souligne avec intelligence chaque émotion, enveloppant la danse d’une mélodie tantôt enivrante, tantôt déchirante.
Enfin, l’audace technologique a offert une dimension inédite au spectacle : pour la première fois dans un ballet, la réalité virtuelle a permis à certains spectateurs de vivre l’expérience du point de vue du peintre . Cette immersion au cœur de la scène ou dans l’intimité d’une maison close, réalisée avec une maîtrise technique remarquable, était un clin d’œil fascinant à la curiosité de Toulouse-Lautrec pour les innovations de son temps . Ce n’était pas une simple prouesse technique, mais un prolongement poétique de l’œuvre, une façon de plonger le spectateur au plus près de l’âme de l’artiste .
En somme, « Toulouse-Lautrec » est une célébration éclatante de l’art et de la vie, un spectacle total où la peinture, la danse, la musique et la technologie se répondent en parfaite harmonie. Kader Belarbi et toute son équipe ont signé une œuvre magistrale, un vibrant et inoubliable hommage à l’un des plus grands artistes de son temps . Une création qui restera comme un moment phare dans l’histoire du Ballet du Capitole.






