C’était l’un des événements les plus attendus de la saison 23/24 du Théâtre des Salins de Martigues – et l’on n’a pas été déçu, loin s’en fatut, par la nouvelle création « Black Lights« de Mathilde Monnier. Présenté avec un succès retentissant l’été dernier au Festival d’Avignon, ce spectacle choc confirme la puissance de la chorégraphe à réinventer les liens entre le texte et le mouvement.
Mathilde Monnier signe ici une œuvre profondément marquante en s’emparant d’un matériau brut et brûlant d’actualité : la série télévisée adaptée de l’enquête qui a révélé des dizaines de témoignages de violences sexuelles. Mais plutôt qu’une simple transposition, la chorégraphe a imaginé un parti pris radical et lumineux : « Un autre éclairage possible à inventer », disait-elle alors, un éclairage qui ne repose que sur les mots et la danse, créant une relation intime entre le mouvement des textes et celui des corps.
Sur le plateau, huit interprètes – comédiennes et danseuses – portent cette création avec une magnifique intensité. Le spectacle, qualifié à juste titre d’« acte politique et militant en soi », puise sa force dans la volonté de ses auteurs originels de dévoiler une part invisible de notre société. Il donne chair à des actes de résistance, des moments héroïques, mais aussi à des incidents du quotidien et des agressions récurrentes. C’est toute la complexité de la condition féminine qui affleure, dans ce qu’elle a de plus intime et de plus universel.
Ce qui frappe dans Black Lights, c’est la manière dont la parole se fait mouvement. Avec une palette d’émotions allant de l’émotion poignante à la dérision, en passant par l’humour et un réalisme saisissant, les corps prennent le relais des mots. Ils ne les illustrent pas ; ils les prolongent, les contredisent parfois, les transforment en bourrasques sensorielles. On assiste à une véritable tempête intérieure, où chaque geste, chaque impulsion, vient façonner les tourments et les révoltes contenus dans les récits originels.
Un spectacle indispensable, qui laisse durablement son empreinte et confirme que la danse est un langage à part entière pour dire l’indicible.
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CRITIQUE, danse. MARTIGUES, Théâtre des Salins, le 22 février 2024. « Black Lights » par Mathilde MONNIER. Crédit photographique (c) Marc Coudrais







