jeudi 22 février 2024

CRITIQUE, concert. SALON-DE-PROVENCE, Cours du château de l’Empéri, le 5 août 2023. GRANADOS / FARRENC / DEBUSSY / SPOHR. P. Meyer, Emmanuel Pahud, F. Braley, L. Batiashvili…

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

30 ans ! C’est l’âge vénérable que vient d’atteindre le Festival International de Musique de Chambre de Salon-de-Provence, fondé par le trio formé par Eric Le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud… dont on retrouve les deux derniers ce soir pour le concert de clôture de cette 30ème édition, dans le cadre somptueux et toujours aussi magique de la cours Renaissance du Château de l’Empéri. Donner à écouter à des amateurs fidèles et captifs les chefs-d’œuvre du vaste répertoire chambriste, mais aussi faire découvrir des pièces et des compositeurs moins familiers, telle a toujours été l’ambition du projet des trois directeurs artistiques, et le programme de ce soir ne dément pas ce principe, avec les rares nonnettes de Louise Farrenc et Louis Spohr en guise de programme. 

 

Le Festival International de Salon de Provence ou la musique de chambre entre amis

 


Mais c’est par une pièce d’Enrique Granados, son Quintette en sol mineur opus 49, que s’ouvre la soirée, marquée par un mistral virulent et glacé – qui n’a cependant pas refroidi l’ardeur des festivaliers, venus en nombre pour ce 23ème et dernier concert de la manifestation provençale, intitulé “Gran Final”. Composée en 1895, cette pièce s’avère aussi rare qu’élégante, et s’avère par ailleurs remarquablement défendue par Natalia Lomeiko (violon), Yuri Zhislin (violon), Lilli Maijala (alto), Marie Viard (violoncelle) et Frank Braley (piano) : l’on y entend une forte influence française après ses rencontres avec Fauré, Dukas, d’Indy, Saint-Saëns, mais aussi Debussy et Ravel.

Louise Farrenc (1804-1875), brillante pianiste de son époque, sort enfin d’un long oubli grâce à la mise à l’affiche de plus en plus fréquente de l’une ou l’autre de ses trois symphonies. Son nonette en mi bémol (pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, violon, alto, violoncelle et contrebasse), composé en 1849 lui valut une certaine célébrité en raison de la participation du violoniste Josef Joachim lors de sa création, et s’inscrit dans la tradition des musiques écrites pour des formations comparables par Beethoven ou Spohr – que l’on entendra justement un peu plus tard dans la soirée (après l’entracte). 

Précédé d’une introduction lente, l’allegro initial, donné avec la reprise, présente des thèmes sans doute un peu convenus, mais un développement court et bien mené, avec une cadence confiée au violon à la fin de la réexposition. Le deuxième mouvement est un andante con moto suivi de cinq variations, avec une variation mineure en quatrième position. Le scherzo, introduit par les pizzicati inquiétants du violon et du violoncelle, est peut-être le moment le plus intéressant de ce nonette. L’allegro final, de même précédé d’une introduction lente, paraît ensuite moins convaincant, même s’il est achevé avec brio.

 

La deuxième partie de soirée débute par les Deux Danses (1904) de Claude Debussy. Installée au milieu de ses partenaires, la jeune harpiste Anaëlle Tourret attire l’attention en permanence par la richesse de sa sonorité et le lyrisme de son jeu. Après cette courte pièce, place au nonette de Louis Spohr (1784-1859) – emmené par Emmanuel Pahud à la flûte, François Leleux eu hautbois, Paul Meyer à la clarinette, ou encore Lisa Batiashvili au violon. Il s’agit tout simplement là du premier nonette de l’histoire, et le compositeur parvient en outre à imaginer une nouvelle forme musicale, délaissant la “classique” sérénade telle qu’elle existait pour ce genre d’effectifs à l’époque de Mozart par exemple. Au sein des quatre mouvements, les deux plus intéressants sont sans nul doute les deux premiers. L’allegro initial est un modèle d’équilibre et de bon goût, le thème annoncé par les cordes étant notamment repris sous diverses formes par les bois (basson puis clarinette pour commencer). Soulignons ici encore l’excellence des amis musiciens réunis ici, la flûte et la clarinette des deux fondateurs historiques, mais également le cor de Benoît de Barsony. Le deuxième mouvement (scherzo/allegro) illustre parfaitement le désir de Spohr qui a consisté à ne privilégier aucun instrument par rapport à l’autre, veillant bien au contraire à permettre à chacun de s’exprimer à son tour avec la même vélocité et la même musicalité.

C’est un chaleureux accueil qui est fait aux artistes, même si la température automnale donnait envie de se mettre à l’abri !…

 

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CRITIQUE, concert. SALON-DE-PROVENCE, Cours du château de l’Empéri, le 5 août 2023. GRANADOS / FARRENC / DEBUSSY / SPOHR. P. Meyer, Eric Le Sage, Emmanuel Pahud… Photo © Aurélien Gaillard

 

VIDEO : Le Quintette en sol mineur d’Enrique Granados

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