COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, L’EmpĂ©ri, le 30 juil 2019. ROTA, MOZART, RAVEL
PAHUD, MEYER
TRIO KARENINE

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , le 30 Juillet 2019. N. ROTA. R. CLARKE. W.A. MOZART. M. RAVEL. E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. E. LE SAGE. TRIO KARENINE.  AprĂšs la sublime dĂ©ferlante de la veille aux ChorĂ©gies d’Orange, (lire notre compte rendu du 29 juillet 2019) retrouver le rituel d’accueil serein de la nuit Ă  Salon a Ă©tĂ© un baume pour les oreilles, un doux rĂ©gal pour les yeux. La 27 Ăšme Ă©dition du Festival International de Musique de Chambre de Salon de Provence a dĂ©butĂ© Ă  Aix en Provence ce 28 juillet. Le 29 juillet a Ă©tĂ© la grande soirĂ©e d’ouverture dans la magnifique cours du ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri. D’autres concerts ont lieu Ă  midi et dans l’aprĂšs midi dans le cadre plus intimiste de l’Abbaye de Sainte Croix. La richesse de cette programmation nous amĂšne donc ce soir Ă  assister au 5Ăšme concert du festival depuis trois jours !

 

 

Salon de Provence : musique de chambre Ă  l‘EmpĂ©ri

Les Jolies Notes offertes Ă  la nuit

 

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Le charme des concerts du soir est unique. Lors des premiĂšres notes, il fait encore jour, le soleil n’est pas couchĂ©. À la fin du concert, la nuit est complĂšte. Ce passage est un vĂ©ritable dĂ©lice en si agrĂ©able compagnie. La variĂ©tĂ© de la programmation, elle semble encore plus grande cette annĂ©e ; elle mĂ©nage des surprises aux mĂ©lomanes les plus aguerris. Ainsi qui connait la musique savante de Nino Rota, musicien si indissociable de la musique de films dont tous ceux de Fellini ?  Son Trio pour clarinette, violoncelle et piano a une fraicheur d’inspiration, une veine mĂ©lodique et une saveur harmonique tout Ă  fait dĂ©lectables. Sa Piccola offerta mucicale pleine d’esprit est un dĂ©lice d’humour et d’invention en hommage dĂ©calĂ© Ă  Bach. Et lorsque trĂšs malicieusement la flĂ»te d’Emmanuel Pahud relance le tempo par un thĂšme primesautier le sourire intĂ©rieur s’épanouit en chacun de nous et vient aux lĂšvres. Et cette superbe association de musiciens tous talentueux et complices est un rĂ©gal constant!

Les frĂšres Meyer, Paul Ă  la clarinette et François au hautbois sont de vĂ©ritables enchanteurs. Gilbert Audin au basson est craquant de musicalitĂ© et de virtuositĂ©. CotĂ© humour, Benoit de Barsony au cor n’est pas en reste. Les femmes compositeurs sont Ă  l’honneur tout particuliĂšrement cette annĂ©e. Ainsi Rebecca Clarke et sa Sonate pour alto et clarinette. DĂ©jĂ  le choix de ces deux instruments est musicalement trĂšs subtil. Le PrĂ©lude, allegro et pastorale est une trĂšs beau moment d’échange et de partage, dans une sorte de gĂ©mellitĂ© d’ñme entre ces deux instruments, si proches en couleurs nostalgiques. Les qualitĂ©s de son de Paul Meyer sont bien connues ; la beautĂ© de timbre et la subtilitĂ© des phrasĂ©s de Joaquin Riquelme Garcia Ă  l’alto sont sur le mĂȘme plan. Quelle Ɠuvre intĂ©ressante et Ă©mouvante ! Quand on sait que ces qualitĂ©s de compositeur de Rebecca Clarke ont tellement Ă©tĂ© niĂ©es au point d’avoir Ă©crit dans un journal que Rebecca Clarke n’existait tout simplement pas, on reste sans voix devant les effets de la jalousie et de la mĂ©chancetĂ© des hommes en ces temps ! Bravo madame et Grand Merci pour cette superbe dĂ©couverte !
Si Don Juan de Mozart n’a pas besoin de prĂ©sentation, l’arrangement qu’en a fait un certain Joseph Triebensee, pour plusieurs extraits trĂšs bien choisis, est une vraie dĂ©couverte. L’intelligence des arrangements,  la perspicacitĂ© des choix, la place chantante centrale donnĂ©e au premier hautbois nous mettent sur la voie. Il s’agit d’un ami de Mozart celui qui Ă©tait son hautboĂŻste pour son ultime opĂ©ra La FlĂ»te enchantĂ©e
 Il n’y a pas de mystĂšre, l’esprit du divin Mozart, Ă  l’humour si particulier est dans ces pages plus giocoso que dramatiques, mĂȘme si l’ouverture de Don Juan fait grand effet. C’est donc la jubilation qui termine la premiĂšre parte du concert avec une impression de facilitĂ© et de simplicitĂ©.

 

 

En deuxiĂšme partie, le Sextuor de Mozart en forme de sĂ©rĂ©nade pour 2 clarinettes, 2 bassons et 2 cors nous ramĂšne en paysages connus. La parfaite Ă©coute et l’intelligence du mariage des timbres fonctionne Ă  merveille et l’équilibre entre tous est d’ une parfaite musicalitĂ©. Nous dĂ©couvrons la forte prĂ©sence des bassons de Gilbert Audin et Marie Boichard comme la grande dĂ©licatesse des deux cors grĂące Ă  David Guerrier et Benoit de Barsony. Tandis que les deux clarinettes se complĂštent : Paul Meyer souverain enchanteur, secondĂ© par le jeune Carlos Fereirra dont le potentiel se devine. Pour terminer le concert c’est le jeune et talentueux Trio KarĂ©nine qui prend place sur l’estrade. L’enregistrement qu’ils ont rĂ©alisĂ© du trio de Ravel Ă©tait dĂ©jĂ  de trĂšs bon augure, mais il faut ĂȘtre devant eux pour percevoir toute cette Ă©coute, cette attention intime Ă  l’autre, cette sensibilitĂ© subtile qui les unit. L’émotion dĂ©licate qui parcourt le jeu du violoncelliste est au bord de la rupture ; la sonoritĂ© est pleine et belle mais peut aller vers une nuance infinitĂ©simale. Le violon est pur, dans des zones cĂ©lestes. Et le piano socle inĂ©branlable, puissance rythmique tellurique. Des qualitĂ©s complĂ©mentaires qui permettent une interprĂ©tation remarquable et inoubliable du Trio de Ravel. Tout particuliĂšrement la maniĂšre de construire et dĂ©graisser la Passacaille nous permet de juger de la puissance expressive de chaque musicien lorsqu’il prend possession du thĂšme, puis l’amplitude sidĂ©rante qui naĂźt de leur union avant de retrouver la puretĂ© noire du piano dans ses sonoritĂ©s graves pour finir ce mouvement lent. C’est le final qui revient Ă  la force de vie Ă©lĂ©mentaire. Vent, eau, feu, terre sont Ă©voquĂ©s par la richesse des sonoritĂ©s mĂȘlĂ©es avec une variĂ©tĂ© incroyable. Ravel a inventĂ© une sonoritĂ© Ă  trois, mouvante comme la vie. Le Trio KarĂ©nine parvient Ă  cette alchimie rare. Il a bien de l’hĂ©roĂŻne Ă©ponyme cette puissance expressive et la vie mĂȘme chevillĂ©e au corps.
Une trĂšs belle soirĂ©e qui nous conduit avec art et dĂ©licatesse vers l’un des sommets de la musique de chambre dans une interprĂ©tation de haut vol.

 

   

 

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri , le 30 Juillet 2019. Nino Rota (1911-1979) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano ; Piccola offerta musicale ; Rebecca Clarke (1886-1979) : PrĂ©lude, Allegro et pastorale pour alto et clarinette ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) :  Don Juan , ouverture et airs arrangement de Joseph Tribensee ; Sextuor Ă  vents SĂ©rĂ©nade n° 11 K 375 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Trio en la mineur M.67. Emmanuel Pahud, flĂ»te ; François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Eric Le Sage, piano ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Trio Karenine : Fanny Robilliard, violon ; Louis Rodde, violoncelle ; Paloma Kouider, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin.

 

   

 

Cd, annonce. Fantaisies Lyriques (transcriptions). Pascal Contet, Pascal Meyer (1 cd Sony classical).

Meyer-Contet, Fantaisies Lyriques, coverCd, annonce. Fantaisies Lyriques (transcriptions). Pascal Contet, Pascal Meyer (1 cd Sony classical). Transcrire signifie mieux diffuser ses oeuvres et aussi rĂ©gĂ©nĂ©rer l’approche d’une partition d’un air grĂące aux timbres spĂ©cifiques des nouveaux instruments de la transcription. JouĂ©s Ă  l’opĂ©ra par un orchestre, les airs lyriques ainsi transcrits pĂ©nĂštrent l’intĂ©rieur des salons bourgeois, mais aussi les lieux de sociabilisation,  c’est un nouveau public pour les compositeurs. MĂȘme les symphonies de Beethoven connurent un succĂšs phĂ©nomĂ©nal transcrites pour piano  (merci Liszt). Rien de plus naturel donc que de redecouvrir airs et mĂ©lodies (prĂ©cisĂ©ment : Bellini, Verdi, Wagner, mais aussi Gardel, Escaich, Schubert
) grĂące au chant accordĂ© de l’accordĂ©on et de la clarinette au timbre si proche de la voix : une combinaison qui est aussi un condensĂ© expressif d’une rare qualitĂ© fusionnelle voire poĂ©tique. C’est la promesse du nouveau cd Ă  deux voix de l’accordĂ©oniste Pascal Contet et du clarinettiste Paul  Meyer. Un cycle lyrico-instrumental en 13 Ă©pisodes oĂč Bach, Wagner, Schubert sont revisitĂ©s, oĂč Escaich dialogue avec Verdi
 FANTAISIES LYRIQUES par Pascal Contet et Paul Meyer 1 cd Ă  paraĂźtre le 4 septembre 2015 chez Sony classical. Compte rendu critique complet Ă  venir dans le magasin cd des livres de classique news.com

 

 

 

Tracklisting : Fantaisies lyriques, transcriptions

1 - Fantaisie sur Norma de Vincenzo Bellini (14’33)

2 - Jean-SĂ©bastien Bach – Sicilienne de la Sonate pour flĂ»te et clavecin en mi bĂ©mol majeur, BWV 1031 (3’35)

3 - Fantaisie sur Rigoletto de Giuseppe Verdi (10’53)

4 - Thierry Escaich – Capriccio sur Rigoletto – crĂ©ation (2’13)

5 - Franz Schubert – Litanei (2’44)

6 - Richard Wagner – Adagio (3’45)

7 - Thierry Escaich – Capriccio sur La Traviata – crĂ©ation (5’27)

8 - Fantaisie sur La Traviata de Giuseppe Verdi (9’15)

9 - Fantaisie sur Don Carlos de Giuseppe Verdi (9’25)

10 – Carlos Gardel – Volver tango chanson (arrangement Tomas Bordalejo : 5’24)

11 - Improvisation – Travel 1 (Paul Meyer, Pascal Contet : 1’16)

12 - Carlos Gardel – Por una cabeza(arrangement Tomas Bordalejo : 2’54)

13 - Improvisation – Travel 2 (Paul Meyer, Pascal Contet : 2’18)

Paul Meyer, clarinette
Pascal Contet, accordéon

 

Arrangements accordéon & clarinette
Pascal Contet & Paul Meyer, sauf T. Escaich (4, 7) et C. Gardel (10, 12)
Enregistré à Montreuil (93) en mai 2015