jeudi 17 septembre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Palais Garnier, le 13 juin 2026. Concert ADO – Orchestre de Jeunes. Julie FUCHS, (soprano), Edwin CROSSLEY-MERCER (baryton), Orchestres Rudolf Noureev et Maria Callas, Victor JACOB (direction)

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Avec ADO, la jeunesse n’est pas un argument de communication : elle est vraiment au travail. Sur la scène du Palais Garnier, les jeunes musiciens des Orchestres Rudolf Noureev et Maria Callas viennent montrer le fruit de leurs efforts, certes, mais aussi le fait qu’ils sont en train d’apprendre à devenir un orchestre, sous nos yeux. C’est plus fragile, plus intéressant, et parfois plus touchant qu’une exécution sans défaut. Le cadre, évidemment, ne facilite rien. L’Opéra Garnier impressionne, impose, et rappelle à chaque instant tout ce qui s’est déjà joué ici. Dans cet écrin chargé d’histoire, les jeunes instrumentistes ne cherchent pas à rivaliser avec les fantômes. Ils font autre chose : ils cherchent leur place. Et c’est précisément dans cet entre-deux qu’on les entend le mieux.

 

L’Orchestre Rudolf Noureev ouvre la soirée avec l’Ouverture de La Chauve-souris de Johannn Strauss. Le choix est malin dans le sens où cette musique demande une précision de respiration et un sens du rebond que l’on n’improvise pas. Les jeunes musiciens trouvent assez vite un élan franc, une manière d’habiter la pulsation sans chercher à trop en faire. La valse ne flotte pas encore avec cette désinvolture viennoise qu’on connaît, mais elle respire déjà. On sent qu’ils la cherchent, et cette recherche-là est plutôt belle à entendre. Avec les extraits de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, le tableau change. La pâte orchestrale s’épaissit et les couleurs se superposent. Le compositeur russe demande à faire entendre des climats, des reflets, une sorte de mer intérieure. Ici les cordes offrent de jolis frémissements et les bois apportent leur part considérable de mystère. On n’est pas encore dans la grande fluidité narrative, mais on sent déjà l’orchestre essayer de raconter. L’interprétation du violon solo est particulièrement remarquable et prometteuse. 

La Juba Dance de Florence Price apporte une respiration différente, plus terrestre, plus rythmée. L’orchestre y gagne en vitalité immédiate. Price semble convenir particulièrement aux jeunes musiciens, avec ce groove, cette énergie populaire, qui ne tombe pas dans la caricature. On les sent entrer dans la danse, pas seulement l’exécuter. L’extrait de l’Ouverture du Barbier de Séville rappelle que la légèreté rossinienne est un exercice très exigeant. Les traits les plus acrobatiques restent parfois un peu exposés, mais l’énergie globale emporte l’auditoire. Le maestro Victor Jacob fait ici un travail discret et efficace : il soutient le mouvement sans brusquer, il garde la ligne claire tout en laissant de l’air. La direction accompagne plus qu’elle ne dirige.

Le duo extrait de L’Élixir d’amour Io son ricco e tu sei bella ») de Gaetano Donizetti marque l’entrée en scène de Julie Fuchs et Edwin Crossley-Mercer. Leur présence change immédiatement la densité de la soirée. Julie Fuchs donne à Adina une lumière mobile, presque espiègle. Edwin Crossley-Mercer, en Dulcamara, fait entendre le sourire dans la voix, sans jamais sacrifier la ligne. Autour d’eux, les jeunes musiciens découvrent qu’accompagner des voix, ce n’est pas s’effacer, mais respirer avec la scène. Le Libertango de Piazzolla, interprété par les jeunes musiciens de l’orchestre en version chant choral avec quatuor jazz, referme la première partie sur une note plus directe et en même temps particulièrement touchante. Après tout ce qui a précédé, ce tango dirigé par le chef de chœur Louis Gal, pourrait sembler un peu à part. Il fonctionne pourtant comme une petite ouverture qui nous rappelle que l’apprentissage ne consiste pas seulement à honorer le répertoire classique, mais aussi à rester ouvert à d’autres langages.

Après l’entracte, l’Orchestre Maria Callas donne tout de suite une impression de plus grande assise. Le son est plus constitué, les plans mieux articulés. L’Ouverture de Don Pasquale de Donizetti trouve un bon équilibre entre élégance et nerf. Les musiciens semblent déjà plus à l’aise dans le mouvement théâtral. Le duo « Signorina, in tanta fretta » confirme cette qualité d’écoute. Fuchs et Crossley-Mercer jouent avec malice et précision. L’Ouverture du Baron tzigane de J. Strauss permet à l’orchestre de déployer une belle générosité de timbre. Victor Jacob laisse respirer la musique sans la laisser s’alourdir. La redécouverte de Clémence de Grandval est l’un des moments les plus intéressants du programme. Le prélude de l’acte III et la Danse ukrainienne de Mazeppa ouvrent une fenêtre sur un romantisme français peu entendu. L’orchestre s’y montre attentif aux couleurs et aux contrastes, et ceci élargit l’horizon musical de la soirée. Dans ces extraits, les groupes des vents sont tout à fait remarquables, le hautbois solo en particulier.

Ensuite, la séquence Khatchatourian pousse l’orchestre vers plus d’intensité. La Danse du sabre, brillamment interprétée, arrive avec son éclat attendu. Le contraste avec la Berceuse de Gayaneh qui suit témoigne d’un très beau travail où se marient l’écoute et la tension. Cette capacité à passer du spectaculaire à la tendresse nocturne dit quelque chose du chemin parcouru. La Variation d’Aegina et Bacchanale de Spartacus conclut le concert dans une belle exaltation orchestrale. L’Orchestre Maria Callas s’y engage avec énergie, porté par la direction nette et enthousiaste de Victor Jacob. Les dernières pages donnent à entendre avec joie ce que ces jeunes musiciens savent déjà faire, et peut-être aussi ce qu’ils sont en train d’apprendre à devenir : des musiciens de théâtre. Au bout du compte, ce concert ne laisse pas seulement le souvenir d’une belle soirée. Il laisse l’image d’une jeunesse qu’on a mise dans les conditions de la grandeur sans l’écraser avec. Tout n’est pas parfait, et c’est tant mieux. Ces aspérités, ces moments où l’on sent encore l’effort, donnent au concert sa vérité. ADO ne transforme pas ses musiciens en symboles : il les met au travail, dans un des plus beaux théâtres du monde, avec un répertoire exigeant et un chef qui les accompagne vraiment. Et ça, c’est déjà beaucoup, et tout à fait bienvenu !

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Palais Garnier, le 13 juin 2026. Concert ADO – Orchestre de Jeunes. Julie FUCHS, (soprano), Edwin CROSSLEY-MERCER (baryton), Orchestres Rudolf Noureev et Maria Callas, Victor JACOB (direction). Crédit photographique (c) Vincent Lappartient

 

 

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