dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, concert. PARIS, Bibliothèque La Grange-Fleuret / Royaumont, le 22 novembre 2023. POSA : Lieder (recréation). Juliette Journaux (piano) / Edwin Fardini (baryton).

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« Sur trois temps de valse lointaine
Il semble que des ombres tournent et se confondent
Qu’ils étaient beaux les soirs de Vienne » (Barbara)

Au détour des immenses rayonnages des fonds patrimoniaux des bibliothèques européennes, il n’est pas rare de trouver des trésors insoupçonnés. Notre temps est habitué désormais aux redécouvertes des siècles passés par le travail sans relâche d’institutions telles que le Palazzetto Bru-Zane, le CMBV ou bien les ensembles spécialisés. Or, l’on croyait avoir tout vu, tout lu ou tout entendu des musiques de la Vienne mordorée de Mahler et de Schönberg. Las, c’était sans compter sur l’enthousiasme et la passion inaltérable d’Olivier Lalane qui ont démontré qu’il y avait encore matière à surprises dans l’océan auguste du répertoire de la Sécession. Olivier Lalane, professionnel de la culture et à la curiosité débordante découvre qu’un des compositeurs les plus respectés de son temps n’a pas eu l’attention qu’il méritait. Effectivement, Oskar Posa (1873 – 1951) a été une des principales figures musicales viennoises. Il a fondé avec Schönberg et Zemlinsky la Vereinigung Schaffender Tonkünstler, société musicale liée intimement à la Sécession Viennoise. Il sera un des plus fervents soutiens de Gustav Mahler. Comme bien des destins musicaux, Oskar Posa a été enseveli sous les sables du terrible XXème siècle et ses tourments. De ses Lieder et autres compositions pour chambre et orchestre il n’y a jamais eu d’enregistrement ni de concert, il a pourtant été salué par la société autrichienne et la critique de son époque. D’aucuns pourraient rester indifférents à cette destinée, et bien à l’écoute de ses lieder cet oubli n’est pas une simple négligence musicologique mais une faute.

 

Olivier Lalane s’est engagé dans le retour de la musique vocale et de chambre d’Oskar Posa. Avec le soutien de la Fondation Royaumont au sein du cadre délicieux de la Bibliothèque Musicale La Grange-Fleuret, la voix de Posa a pu résonner à nouveau sous le regard de son ami Mahler.

Le programme fut constitué par 17 Lieder aux couleurs contemplatives et souvent d’une sensualité exacerbée et ravissante, une pièce de piano a complété l’ensemble et a été un remarquable bijou dans la parure vocale et poétique. Il y eut des joyaux remarquables tels les très beaux Quatre Lieder, op. 1 (1899) brefs comme des pétales qui sertissent une rose passionnée, le magnifique et féérique Irmelin Rose (Quatre Lieder, op. 2 – 1899) et le merveilleux Mondlicht (Cinq Poèmes de Theodor Storm, op. 11 – 1911).

Incarnant tour à tour l’amoureux transi, le poète inspiré ou même l’officier en liesse, Edwin Fardini a donné sa voix d’un profond velours aux lieder d’Oskar Posa. Il a saisi avec subtilité les différents affects contrastés de ces cycles d’une variété étonnante. Eussions-nous souhaité ci et là un peu plus d’engagement narratif et une prosodie allemande un peu plus soignée mais ce ne sont que des remarques annexes dans une interprétation d’une très grande qualité. Juliette Journaux a pris à bras le corps cette musique qu’elle porte malgré une écriture très exigeante. Cette pianiste remarquée par son dernier enregistrement et son talent inégalé de coloriste a rendu les partitions vocales de Posa à la postérité.

La voix de Posa n’est plus un pâle souvenir et n’est plus vouée au silence, justice est rendue par des artistes extraordinaires et le talent indéniable d’Olivier Lalane, désormais nous attendons avec impatience l’enregistrement en première mondiale de ses belles découvertes dans un label qui ne manquera de nous surprendre. Voilà, c’est fait, Posa est revenu! Gageons désormais qu’il restera parmi nous et nous ne l’oublierons pas !

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Bibliothèque La Grange-Fleuret/Royaumont, le 22 novembre 2023. POSA : Lieder (recréation). Juliette Journaux (piano) / Edwin Fardini (baryton). Photo (c) DR.

 

Programme:

Oskar Posa – Les Lieder oubliés

Cinq Lieder op.3 (1899)
sur des poèmes de Detlev von Liliencron (extrait)
III. Du hast mich aber lange warten lassen

Quatre Lieder, op.1 (1899)
sur des poèmes de Ricarda Huch
I. Heimweh
II. Heimkehr
III. Du
IV. Ende

Quatre Lieder, op. 2 (1899)
II. Das Blatt im Buche (poème – Anastasius Grün)

Cinq Lieder, op.3 (1899)
sur des poèmes de Detlev von Liliencron (extrait)
III. In einer grossen Stadt
II. Tiefe Sehnsucht

Quatre Lieder, op. 4 (1900)
sur des poèmes de Richard Dehmel (extrait)
IV. Beschwitchtigung

Albumblatt en sol mineur
pour piano seul

Quatre Lieder, op. 2 (1899) – extrait
IV. Irmelin Rose (poème – Jens Peter Jacobsen)

Quatre Lieder, op.4 (1900)
sur des poèmes de Richard Dehmel (extrait)
I. Menschenthorheit

Cinq Lieder, op.6 (1900)
sur des poèmes de Detlev von Liliencron (extrait)
V. Die gelbe Blume Eifersucht

Huit Poèmes de Theodor Storm, op.11 (1911) – extrait
II. Schliesse mir die Augen beide

Cinq Poèmes de Theodor Storm, op. 12 (1911) – extrait
I. Mondlicht

Soldatenlieder, op. 8 (1911)
sur des poèmes de Detlev von Liliencron (extraits)
I. Tod in Ähren
IV. In Erinnerung
V. Mit Trommeln und Pfeifen

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