jeudi 17 septembre 2026

CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 14 juin 2026. TCHAÏKOVSKY / BEETHOVEN. Gil SHAHAM (violon), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki YAMADA (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Il y a des concerts qui ne s’oublient pas, et celui du 14 juin 2026 restera sans aucun doute dans les annales de la Principauté de Monaco ! L’Auditorium Rainier III, archi-bondé, vibrait d’une ferveur palpable, une complicité électrique unissant la salle et la scène pour ce qui s’annonçait comme un adieu monumental : le dernier concert de Kazuki Yamada en tant que directeur musical et artistique de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, après dix ans d’un règne musical… qui s’est achevé en apothéose.

 

Pour ce « concert d’Adieu », Kazuki Yamada avait invité son ami – et virtuose du violon – Gil Shaham à venir faire montre de l’étendue de son art, pour une interprétation du Concerto pour violon de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Sous l’archet du célèbre violoniste israélien, l’instrument a chanté, pleuré, rugit. Sa complicité avec le maestro japonais, forgée au fil d’innombrables concerts, était une évidence lumineuse. Le soliste, virtuose au jeu ciselé, a déployé une palette de couleurs infinies, faisant jaillir une sonorité à la fois intime et surhumaine. Et quel moment également que son bis conclusif. Une longue Furia de Bach, enlevée, brûlante, qui a propulsé la salle dans une autre dimension, et le public monégasque, hagard d’admiration, comprit qu’il était le témoin privilégié d’un moment de musique aussi rare que privilégiée.

Puis vint le choc : la grandiose Neuvième Symphonie (et sa fameuse « Ode à la Joie » !) de Ludwig van Beethoven. De l’Allegro ma non troppo initial, d’une puissance tellurique, au Presto fulgurant, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la baguette tout feu tout flamme de Yamada, a déployé une énergie presque apocalyptique. Le chef, habité, semblait modeler la matière sonore, sculptant chaque silence comme un cri, chaque accord comme un défi à l’éternité. Le troisième mouvement, Adagio molto e cantabile, fut un océan de sérénité, une plénitude mélodique avant le cataclysme du Finale. C’est là que la magie opéra à son paroxysme. Les forces vocales ici réunies – le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo et le Chœur d’enfants de l’Académie Rainier III, et un exceptionnel quatuor de solistes (Mari Eriksmoen, soprano au timbre d’argent, Catriona Morison, mezzo à la chaleur enveloppante, Maximilian Schmitt, ténor héroïque, et Johannes Weisser, basse d’une profondeur abyssale) – tous dirigés avec une précision d’orfèvre par le maestro Yamada ont fait surgir l’Ode à la Joie telle une déflagration de lumière. Leur chant, porté par l’immense orchestre, a atteint un paroxysme d’humanité, un message d’universalité et de paix qui faisait écho aux vœux mêmes du chef pour ce concert d’adieu.

L’émotion était à son comble. À la fin de l’œuvre, la salle entière, debout, a éclaté en une ovation interminable. Les bravos, mêlés aux larmes pour certains, saluaient non seulement une interprétation de légende, mais aussi les dix années de dévotion de Kazuki Yamada à la phalange monégasque. L’explosion finale de cotillons, qui est tombée en pluie sur la scène de l’auditorium, a transformé ce moment solennel en une fête, une célébration joyeuse et déchirante à la fois. C’était un concert d’adieu pour le maestrissimo, une page qui se tourne avec la grâce d’un cygne, pour laisser place à l’ère Nathalie Stutzmann, dès la rentrée 2026. Mais ce dimanche 14 juin, Kazuki Yamada a offert à Monaco un cadeau inestimable : un moment d’éternité, un concert déjà mythique, dont la splendeur restera à jamais dans les cœurs des monégasques.

 

 

 

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CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 14 juin 2026. TCHAÏKOVSKY / BEETHOVEN. Gil SHAHAM (violon), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki YAMADA (direction). Crédit photographique (c) Emma Dantec / OPMC

 

 

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