Hier soir 24 avril, le public auvergnat de l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand a vécu une heure de grâce absolue. Sous le titre sobre mais évocateur « Passion Bach », la maison clermontoise accueillait la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, ses solistes vocaux issus du chœur, et l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, tous placés sous la direction lumineuse d’Henri Chalet.
Le programme s’ouvrait sur la Cantate BWV 12, « Pleurs, lamentations, soucis, craintes ». Dans le silence de pierre et d’or de l’Opéra-Théâtre, la Sinfonia initiale, déchirante de lenteur, posa d’emblée l’ambiance : un chagrin universel, mais jamais complaisant. Les cordes de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, sobres et pures, dialoguaient avec une Maîtrise de Notre-Dame déjà transcendée. Henri Chalet, chef de chœur de Notre-Dame depuis 2014, dirigeait avec des gestes amples, puisant dans chaque silence une belle tension. Le chœur d’ouverture, véritable pilier dramatique, nous a littéralement pris aux tripes. Et pourtant, nulle morosité : dans l’aria de basse « Kreuz und Krone » (Croix et couronne), la voix chaude du soliste (issu des rangs de la Maîtrise) fut une promesse de résurrection. Une interprétation où la plainte se mue déjà en espérance.
Second pilier de la soirée : la Cantate BWV 131, « Du fond de l’abîme je crie vers toi, Seigneur ». Là encore, Bach touche au vertige. L’écriture y est plus intime. Dans ce chef-d’œuvre de jeunesse, Henri Chalet a magnifié l’opposition entre l’humilité du texte (Psaume 130) et l’explosion de joie finale. Le chœur, d’abord murmuré, feutré comme une prière retenue, a gagné en puissance jusqu’à l’exultation. Mention spéciale au hautbois solo, impérial, qui tressait un contrepoint aérien avec les voix supérieures. Les solistes (encore captés dans l’ensemble vocal, gage d’une homogénéité rare) ont fait moue : l’alto, avec un timbre presque intemporel, nous a littéralement arrachés à la « grande eau » de la détresse. Enfin, le chœur a libéré un « Hoffe auf Gott ! » (Espère en Dieu !) d’une beauté si franche que l’émotion état palpable parmi le public.
Après l’ombre et l’espérance, la joie. L’Oratorio de Pâques BWV 249 a transformé la solennité en fête exaltée. Dès la sinfonia initiale, avec ses fanfares jubilatoires, l’orchestre a pris des allures de feu d’artifice baroque. L’aria « Kommt, eilet und laufet » (Venez, hâtez-vous, courez) était comme une procession joyeuse, un élan collectif. Les solistes vocaux, toujours issus du chœur, ont montré une insolente maîtrise. Du ténor, ailé et précis, à la soprano, cristalline comme une trompette, en passant par une basse pleine d’humour dans les récitatifs narrant la course au tombeau. La Maîtrise de Notre-Dame, habituée à l’immensité gothique de sa cathédrale, s’est réjouie de trouver en l’Opéra-Théâtre auvergnat un écrin plus ramassé, plus chaleureux, qui faisait exploser chaque polyphonie. Henri Chalet, le visage rayonnant, a littéralement dansé sur son pupitre dans le chœur final « Preis und Dank » (Louange et action de grâce).
Quel pari audacieux et réussi : passer des ténèbres du Weinen, Klagen à l’ivresse pascale de l’Oratorio de Pâques en une soirée, avec la même formation et le même chef. Cela aurait pu être un contre-sens : ce fut, au contraire, une démonstration magistrale de la théologie musicale de Bach ! Bravi !
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CRITIQUE, concert. CLERMONT-FD, Opéra-Théâtre, le 24 avril 2026. BACH : Cantates et Oratorio de Pâques. Maîtrise de Notre-Dame de Paris, Orchestre national Auvergne Rhône-Alpes, Henri Chalet (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





