mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE CD événement. PROKOFIEV : Sonates pour piano n°4 et 8… NIKITA MNDOYANTS, piano (1 cd Aparté)

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Le Prokofiev de Nikita Mndoyants (né en 1989) ne manque pas d’atouts. Il est même d’une prodigieuse évidence ; de surcroît d’une activité mouvante qui fait jaillir des chants insoupçonnés dans la matière musicale elle-même.

 

 

Dans la SONATE N°4, se distingue la qualité de la sonorité, subtile adéquation entre le jeu, le toucher et l’instrument lui-même (Steinway modèle D). Du pianiste, on est immédiatement saisi par l’éloquence feutrée admirablement articulée, sans tension qui s’énonce sans contrainte ; le pianiste semble caresser l’ombre et travailler l’immatérialité du flux musical en faisant jaillir à la surface tous ces miroitements ténus, affleurements délicats et énigmatiques aussi. Dès l’Allegro initial, Nikita Mndoyants joue sur la sonorité grave, large, ronde de l’étonnant piano dont le chant semble faire remonter des forces souterraines ; derrière la carrure rythmique, c’est tout un second chant, fluide et lyrique qui révèle un Prokofiev proche des contes et légendes. Le pianiste précis et flexible passe d’un registre à l’autre avec une volubilité superlative.

La gravité comme suspendue de l’Andante assai déploie un chant autre, comme enivré ; il séduit par sa brume allusive puis s’embrase avec convulsion, avant de déployer un aria ornementé d’une exquise nostalgie, vite rattrapé par l’exigence de la réalité, martelé par des basses particulièrement larges et puissantes. Le jeu aiguise davantage cette tentation onirique ; en particulier après l’épisode passionnel, l’émergence d’une insouciance inédite qui semble même davantage inspirer le pianiste au point de basculer dans une sorte de rêverie rhapsodique – le mouvement dépasse en durée les 2 autres (plus de 7’).
Le dernier Allegro fusionne idéalement brio et légèreté, parfois fantasque, entre la course et la marche forcée, comme à rebours, volontaire et conquérant.

Transcripteur inspiré, le pianiste réalise ici le Scherzo de la 5è Symphonie avec une énergie détaillée, crépitante qui fait imploser la structure tout en préservant sa cohésion : admirable conception qui sait chanter et avancer.

Compositeur, le pianiste sait suspendre le temps, jouant sur la résonance et la longueur du son dans sa pièce « Nocturne », dont la texture brumeuse, évocatrice, semble interroger le temps et l’espace ; la fin se réalisant dans une suspension irrésolue, comme une interrogation sans réponse.

 

Le Prokofiev de Nikita Mndoyants,
une prodigieuse digitalité
qui détaille, pense et nuance…

 

 

La SONATE N°8 exprime un tout autre Prokofiev : à la fois grave, presque étrange et tranquille ; l’Andante introductif – avec en son centre, une course nocturne plus instable, semble danser sur place ; puis s’effondrer dans un délire désespéré, en une âpreté hallucinée qui s’élargit encore en fin de morceau, dans des citations presque chopiniennes, d’une langueur mystérieuse, à laquelle répond la séquence finale (Allegro moderato, à 5’44), nouvelle course effrénée, très subtilement mesurée et canalisée jusque dans ses derniers remous.

La pensée est large, d’une plénitude intérieure, voluptueuse, alternant constamment entre songe et gravité. En ce sens, ce premier mouvement (Andante dolce qui engendre l’Allegro qui suit), très développé (15’) est emblématique de cette maturation double. Ainsi l’opus 84 contraste avec l’opus 29 (Sonate n°4) d’ouverture, plus narrative. Les nuances et ce fini sonore idéalement calibré expriment la fusion des registres et des humeurs ; la digitalité est virtuose et impressionnante : elle évoque, pense et structure, dans une rondeur envoûtante, passages harmoniques étranges à l’appui, qui convoquent une surréalité purement poétique. C’est là que se dévoile la connaissance intime qu’a Nikita Mndoyants des mondes ambivalents et troubles de Prokofiev.

La dernière séquence de ce premier mouvement, puis le très bref et comme caressant « Andante sognando » (2è mouvement) comme suspendu et enivré, captivent totalement. L’andante central (noté « sognando ») est un prodige de songe tendre, d’une tranquillité souple presque élastique et d’un équilibre, comme une forme fermée, qui n’existe pas dans les mouvements qui l’encadrent.

Le Vivace final est délirant, volubile jusqu’à la transe ; il recompose le temps et la tension, dans d’infinies nuances et accents qui déconstruisent et reconstruisent la mélodie ; le pianiste traverse autant de paysages contrastés, avec une flexibilité dont le naturel se rapproche d’un souffle rhapsodique… La séquence affirme l’expressivité mordante et onirique du pianiste, sa remarquable disposition à exprimer l’ambiguïté trépidante de la partition, sa formidable activité, ses métamorphoses harmoniques incessantes, son architecture à la fois puissante et structurée et qui semble sous l’allure enivrée, littéralement imploser sous des doigts si magiciens !

 

 

 

 

entretien

ENTRETIEN avec le pianiste Nikita MNDOYANTS, à propos de son nouvel album Prokofiev (1 cd Aparté)

 

 

 

 

LIRE aussi notre ANNONCE du CD événement : Sonates n°4 et 8 de Prokofiev par Nikita Mndoyants : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-le-pianiste-nikita-mndoyants-joue-les-sonates-4-et-8-de-prokofiev-aparte-parution-le-16-fevrier-2024/

CD événement, annonce. Le pianiste Nikita Mndoyants joue les Sonates 4 et 8 de Prokofiev (1 cd Aparté, parution : le 16 février 2024)

 

 

agenda 2024

 

 

– 26 janvier 2024 – Thonon les Bains – 2e Concerto de Rachmaninov avec la Philharmonie Baden-Baden

– 23 février 2024 – Dubaï –  InClassica International Music Festival. Concerto pour piano d’Alexey Shor, avec l’Orchestre national d’Arménie

– Printemps 2024 – Mayence – Récital Prokofiev et master-classe / Allemagne. Évènement organisé par Sylvain Thonon, directeur de l’Institut francais de Mayence.

– 1er mars 2024 – Nicosie, Chypre, Récital. Programme Prokofiev et autres compositeurs

– 7 mars Échirolles (38) – Musique de chambre Dvorak avec le Quatuor Zemlinsky de Prague et Staffan Martensson, clarinette

–  9  Mars 2024.  France-Musique, CD Prokofiev – Émission live « Génération France-Musique »

  • 16 mars 2024 – Schumann, Concerto pour Piano avec l’Orchestre National d’Ouzbékistan.

 

– 1er avril 2024SALLE CORTOT – soirée présentation du CD Prokofiev. Avec le label Aparté et la Fondation Prokofiev.

– 29 avril 2024 – Radio Protestante Paris – Présentation du CD Prokofiev – Émission de Pierre-François Falcou.

– 4 mai 2024, musique de chambre avec le violoniste Nikolay Madoyan – Yerevan,  Arménie.

– 26 ou 27  juin 2024 –  Palaiseau, Concert Prokofiev + master-classe autour de Prokofiev – Avec la Fondation Prokofiev.

– 6 juillet 2024 –  Festival de Celles sur Belle (79) – Récital Prokofiev et Schubert, etc.

– 18 Juillet 2024 – Castres – Récital.

– 2 août 2024 : Nuits Pianistiques – Corse – Récital Prokofiev, etc.

 

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