lundi 15 juillet 2024

CRITIQUE CD événement. MONDONVILLE : Le Carnaval du Parnasse (1743). Les Ambassadeurs – La Grande Ecurie / Alexis Kossenko (2 cd Château de Versailles Spectacles)

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Après Isbé (1742), Le Carnaval du Parnasse (ballet-héroïque créé en 1749) affirme davantage l’insolente séduction de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772), rival heureux du compositeur officiel Rameau. L’auteur de Titon et l’Aurore (1752) et de Daphnis et Alcimadure (1754) y développe les joyaux de sa syntaxe musicale, à la fois facile et tendre, lumineuse et séduisante.

 

Certes; Mondonville n’a pas l’exigence d’un Rameau théoricien, ni la subtilité de ses harmonies ; mais le provençal éblouit par sa facilité à enchanter et à plaire. Très en verve, furieusement mélodieux, Le Carnaval du Parnasse fit même de l’ombre à Zoroastre de Rameau alors à l’affiche ! Sur le (dernier) livret de Fuzelier qui travailla au premier ballet de Rameau (Les Indes Galantes de 1735), Mondonville étourdit l’auditeur par cet esprit souverain du badinage que ponctuent jeux et plaisirs : en somme, l’ordinaire de la Cour de Louis XV dont la dépression s’obstine malgré les divertissements que lui réserve la Pompadour (Mondonville dédie d’ailleurs son ouvrage à la Marquise protectrice). Le rire et la raillerie, la comédie et la légèreté sont assumés, incarnés respectivement par Momus et Thalie. Et ce rythme exalté, ébouriffant porté par les cordes s’avère des plus entraînants.

Chef et orchestre, particulièrement inspirés par l’esprit de séduction et de jeu, articulent toute la partition dans le sens d’une fête sonore, où brille aussi la figure amusée d’Apollon, qui se prend au jeu, et donc joue au berger attendri, amoureux (très impliqué Mathias Vidal). De fabuleuses danses, aux rythmes entêtants (gigue, tambourins, contredanses du Prologue ; puis menuets et tambourins de l’acte I ; enfin Air, air en chaconne et dernière contredanse du III…) insufflent à l’orchestre un tempérament altier, digne de Rameau ; chaque séquence qui conclut ainsi les actes, affirment le toute puissance poétique des seuls instruments (avec des timbres provençaux propre à Mondonville le languedocien, comprenant galoubet et tambourin méridional et du Béarn…) ; d’ailleurs l’orchestre de Mondonville soigne la rondeur bondissante des cordes graves (basses d’archet divisée en 3 groupes), l’éloquence à la fois électrisée et enivrée des bassons… cependant que la (sur)activité constante des violons rend superflue toute partie d’altos (!) ; il est vrai que Mondonville était lui-même violoniste virtuose.

Ce ballet héroïque regorge de saillies pastorales, de duos et trios amoureusement tendres, plus enivrés que nostalgiques ; ce qui les relie précisément aux scènes d’un Boucher plutôt qu’aux paysages alanguis de Watteau.

L’éclat, le brio, l’appel de l’étourdissement aussi, dans l’exaltation des sens triomphent avec d’autant plus de justesse que la distribution, en accord avec le relief actif de l’orchestre, se révèle superlative ; en particulier du côté des 3 chanteuses dont chaque timbre caractérisé, souligne la couleur spécifique, parfaitement en situation avec la scène concernée : Gwendoline Blondeel (Florine, Thalie dont l’air « Loin de nos bois… » fin du I se distingue par sa structuration innovante), Hélène Guilmette (sensuelle Licoris – qu’aurait incarné la Pompadour elle-même !), Hasnaa Bennani (Clarice, Euterpe, Une vieille…) ; côté chanteur, c’est surtout l’excellent Momus du baryton David Witczak qui délivre une leçon d’intelligibilité et de sobriété.

Le chœur n’est pas dans l’ombre qui réalise de somptueux tableaux collectifs, eux aussi marqués du sceau de l’absolue légèreté et d’un exquis abandon (« Profitez du temps » au III, après la marche et avant l’air des chasseurs et des Masques…). A sa création, le ballet héroïque de Mondonville totalise 35 représentations : c’est un triomphe ! L’œuvre restée au répertoire de l’Académie Royale, et pilier de la politique de redressement du Théâtre, méritait bien cette résurrection des plus convaincantes. Seul et exemplaire dans sa politique éditoriale qui assure le rayonnement du patrimoine musical versaillais, le label Château de Versailles Spectacles offre ici l’un de ses meilleurs enregistrements d’un opéra-ballet du XVIIIème siècle, qui plus est, en première mondiale.

 

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CRITIQUE CD événement. MONDONVILLE : Le Carnaval du Parnasse, 1749. Hasnaa Bennani, Gwendoline Blondeel, Hélène Guilmette, Mathias Vidal, David Witczak / Chœur de chambre de Namur, Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, Alexis Kossenko (2 cd Château de Versailles Spectacles) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2024

 

 

Vous pouvez acheter le double CD sur la boutique de Château de Versailles Spectacles en cliquant sur le lien ci-après :

https://tickets.chateauversailles-spectacles.fr/fr/product/1559/cvs122_2cd_le_carnaval_du_parnasse?_gl=1*lsra9x*_ga*MTA5MzMzNzExNS4xNzE0OTk2NDYz*_ga_HL58R6R2FD*MTcxNTAyODIxMy4yLjEuMTcxNTAyODIyNC40OS4wLjA.

 

VIDÉO TRAILER :

 

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