CD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018)

gervais-hypermestre-opera-1717-cd-review-critique-cd-classiquenews-vashgyi-critique-opera-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018). Avant l’immense Rameau qui clĂŽt de façon spectaculaire et visionnaire, le XVIIIĂš, figure en bonne place des faiseurs d’opĂ©ras aux cĂŽtĂ©s de Campra, Destouches
Charles-Hubert Gervais (1671-1744), ami du rĂ©gent Philippe d’OrlĂ©ans, devint dĂšs 1723, sous-maĂźtre de la chapelle de Louis XV. Son ouvrage Hypermnestre (1716), marquant la fin du grand rĂšgne (Louis XIV, mort en 1714) reste le plus fameux de ses 4 opĂ©ras. Il est mĂȘme jouĂ© aprĂšs la mort de Rameau jusqu’en 1766, preuve qu’il s’agissait alors d’une valeur sĂ»re du rĂ©pertoire (le Prologue revĂȘt des accents puissants qui annoncent Rameau). Le chef hongrois, Gyorgy VASHEGYI, dĂ©fenseur du Baroque français, restitue ici la version rĂ©visĂ©e de 1717, mais avec en bonus, la fin originelle (de 1716) ; Ă  chacun de choisir sa prĂ©fĂ©rĂ©e. L’histoire est d’une noirceur tragique mettant en scĂšne un assassinat collectif, celui des 49 fiancĂ©s des 49 sƓurs d’Hypermestre, loyales au pĂšre qui appelle Ă  la vengeance de leur clan. Salieri mettra bientĂŽt en musique le sujet (Les DanaĂŻdes, 1784), mais avec ce caractĂšre de grandeur ampoulĂ©e pas toujours vraisemblable. Gervais garde une dimension humaine et expressive plus naturelle. TroublĂ©e, Hypermestre hĂ©site entre devoir et amour : obĂ©ir au pĂšre DanaĂŒs, aimer son fiancĂ© LyncĂ©e. En plus d’ĂȘtre sanglant et terrifique, l’opĂ©ra de Gervais, est aussi fantastique et surnaturel : au I, il imagine le fantĂŽme d’Argos, dĂ©tronĂ© par DanaĂŒs en un tableau spectral assez rĂ©ussi. Le compositeur demeure fidĂšle Ă  l’esprit et au style de Lully, introduisant plusieurs danses, dont l’une serait de la main du RĂ©gent, et comme Rameau, indique un goĂ»t manifeste pour l’Italie.

Le maestro Vashegyi confirme son appĂ©tence et sa comprĂ©hension de la musique française avec cette implication gĂ©nĂ©reuse, ce sens du drame et de l’articulation, dĂ©lectables. Offrant de somptueux Ă©pisodes orchestraux (Ouverture, intermĂšdes et danses du IV).

LyncĂ©e de luxe, Mathias Vidal Ă©tincelle vocalement, douĂ© d’un relief dramatique qui ne laisse pas neutre ; face Ă  lui, l’Hypermestre de la soprano Katherine Watson, par laquelle vient le « miracle de l’amour », semble Ă©trangĂšre aux enjeux qu’elle est sensĂ©e provoquer et mesurer ; manque de souffle, manque de passion. Thomas DoliĂ© reste lui aussi rĂ©servĂ© et incarne un DanaĂŒ pas assez terrible et noir. La rĂ©vĂ©lation est totale et justifie totalement cette gravure souhaitons le salutaire pour la partition.

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018) – Katherine Watson (Hypermnestre), Mathias Vidal (LyncĂ©e), Thomas DoliĂ© (DanaĂŒs), Chantal Santon-Jeffery (une Égyptienne), Manuel Nuñez Camelino (un Égyptien), Juliette Mars (Isis), Philippe-Nicolas Martin (le Nil, l’Ombre de GĂ©lanor), Purcell Choir, Orfeo Orchestra, dir. György Vashegyi (sept 2018). 2h25.

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LIRE aussi notre annonce de la recrĂ©ation d’Hypermestre de Gervais par Gyorgy VASHEGYI, direct live depuis le MUPA de Budapest le 18 sept 2018.
http://www.classiquenews.com/hypermnestre-de-gervais-1716-recreation-baroque-a-budapest/

Fille du roi Danaos, Hypermnestre (l’aĂźnĂ©e de toutes) est la seule parmi ses sƓurs sanguinaires (50 au total), a Ă©pargnĂ© son Ă©poux, LyncĂ©e (car le soir de leurs noces, il a su Ă©pargner sa virginitĂ©). LyncĂ©e vengea le meurtre de ses frĂšres en assassinant toutes les DanaĂŻdes qui en furent les criminelles, ainsi que l’ordonnateur du massacre, le roi Danaos (qui Ă©tait pourtant le protĂ©gĂ© d’AthĂ©na). LyncĂ©e devint roi d’Argos

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. AVIGNON, OpĂ©ra Confluence, le 29 dĂ©c 2019. MOZART : La FlĂ»te enchantĂ©e. Vidal…Roussat / Lubek

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. AVIGNON, OpĂ©ra Confluence, le 29 dĂ©c 2019. MOZART : La FlĂ»te enchantĂ©e. Vidal…Roussat / Lubek. Par quelque bout que l’on prenne cette production pour la qualifier globalement, FlĂ»te vraiment enchantĂ©e, enchantement de cette FlĂ»te, on reste insatisfait de l’étiquette, trop Ă©troite pour en dire notre satisfaction Ă©blouie. Musicalement, vocalement, visuellement : une rĂ©ussite.

 

 

L’Ɠuvre
1791 : Mozart vĂ©gĂšte, malade et sans travail. Ses grands opĂ©ras, chef-d’Ɠuvres absolus, Les Noces de Figaro, CosĂ­ fan tutte, Don Giovanni, n’ont guĂšre marchĂ© dans l’ingrate Vienne. Son frĂšre franc-maçon, Emanuel Schikaneder, directeur d’un thĂ©Ăątre de quartier, pour des acteurs chanteurs plus que de grands chanteurs, comme lui-mĂȘme, lui prĂ©sente au printemps le livret d’un opĂ©ra qu’il vient d’écrire. Il est dans l’air du temps prĂ©-romantique, sorte de fĂ©erie inspirĂ©e de contes orientaux Ă  la mode de Christoph Marin Wieland, trĂšs cĂ©lĂšbre auteur des LumiĂšres allemandes, l’AufklĂ€rung, surnommĂ© « Le Voltaire allemand » pour son esprit, et de Johann August Liebeskind : Lulu ou la FlĂ»te enchantĂ©e, Les Garçons judicieux. Rappelons la vogue Ă©gyptienne du temps : la campagne d’Égypte de Bonaparte de 1798 Ă  1801 n’est pas loin. Par ailleurs, Mozart avait dĂ©jĂ  Ă©crit la musique de scĂšne de Thamos, roi d’Égypte, mĂ©lodrame ou mĂ©lologue, drame mĂȘlĂ© de musique, de Tobias Philipp von Gebler Ă  la symbolique maçonnique puisqu’on situait l’origine de la maçonnerie en Égypte. Beaucoup d’élĂ©ments de cette Ɠuvre se retrouveront dans la FlĂ»te.
Mozart rechigne : il n’adore pas d’emblĂ©e cette fĂ©erie. Il remanie avec Schikaneder et la troupe cette Ɠuvre parfois collective, sa musique insiste sur la thĂ©matique maçonnique, c’est connu : le thĂšme trinitaire, ses trois accords de l’ouverture, les trois Dames, les Trois garçons, les trois temples, les trois Ă©preuves des deux hĂ©ros sont empruntĂ©es au rituel d’initiation de la franc-maçonnerie. Le parcours initiatique de Tamino et Pamina dans le Temple de Sarastro est inspirĂ© des cĂ©rĂ©monies d’initiation maçonnique au sein d’une loge.

 

 

La Flûte enchantée à Avignon
ONIRIQUE, FÉERIQUE : MAGNIFIQUE

 

 

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Cependant, Ă  cette sorte de mystique maçonnique du parcours de l’ombre vers la lumiĂšre de l’esprit et de l’amour, Mozart mĂȘle aussi de la musique religieuse : avant la fin de l’initiation du Prince, dans la troisiĂšme scĂšne (acte II) au moment oĂč Tamino est conduit au pied de deux trĂšs hautes montagnes par les deux hommes d’arme, il fait entendre le choral luthĂ©rien Ach Gott, vom Himmel sieh darein (‘Ô Dieu, du ciel regarde vers nous’). Il est chantĂ© par les deux d’hommes en valeurs longues de cantus firmus d’origine grĂ©gorienne sur les mots Der welcher wandert diese Strasse voll Beschwerden, wird rein durch Feuer, Wasser, Luft und Erden,(‘Celui qui chemine sur cette route pleine de souffrances sera purifiĂ© par le feu, l’eau, l’air et la terre 
’).

 

 

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L’idĂ©ologie maçonnique rejoint ici l’univers religieux traditionnel. Ainsi, si les quatre Ă©lĂ©ments sont utilisĂ©s dans le rituel maçonnique, ils le sont aussi depuis des temps immĂ©moriaux dans nombre de religions, le quatre des Ă©lĂ©ments, des horizons avec le trois trinitaire, font mĂȘme le sept (dĂ©jĂ  les sept plaies de l’Égypte, les sept flĂ©aux) et, dans la religion chrĂ©tienne, des sept plaies du Christ, de ses Sept Paroles en croix, des Sept BĂ©atitudes de Marie, des sept pĂ©chĂ©s capitaux, etc. Quant Ă  cette quĂȘte du Bien, de la LumiĂšre, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est partagĂ©e de longue date par philosophies et religions. Ici, il est question de la lutte du Mal (les forces obscures de la Reine de la Nuit, la lune) contre celle du Bien et de la LumiĂšre, qui triomphera dans un temple aprĂšs des Ă©preuves. Comme toujours, le gĂ©nie musical de Mozart transcende les compartiments apparemment Ă©tanches des croyances diverses.
Le versant fĂ©erique, assorti de maximes morales de tous les jours est dĂ©licieusement naĂŻf. Bref, au seuil de la mort, c’est l’enfant Mozart qui remonte, s’exprime, dans l’enchantement d’une musique sublime et populaire : elle s’adresse au plus haut et au plus simple de l’homme. RentrĂ© de Prague aprĂšs l’échec de sa ClĂ©mence de Titus, Mozart achĂšve La FlĂ»te enchantĂ©e et en peut diriger la premiĂšre malgrĂ© sa maladie le 30 septembre 1791. C’est un triomphe. Entre temps, on lui a commandĂ© un RequiemIl n’a pas le temps, l’achever : il meurt le 5 dĂ©cembre. Cette messe des morts est sa derniĂšre Ɠuvre. Un an plus tard, fait extraordinaire pour l’époque, la FlĂ»te enchantĂ©e connaĂźt sa 100e reprĂ©sentation.

 

 

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Réalisation et interprétation
Devant le rideau, une petite table aux courbes Louis XV sur un tapis Ă  tĂȘte de tigre, que nous n’aimons franchement pas : un animal rĂ©duit Ă  l’ornement brutal du chasseur n’est pas pour enchanter un ami de la nature et des animaux vivants. Sur le plateau de la table, un gramophone d’autrefois avec, campanule de volubilis de mĂ©tal, un pavillon rappelant celui, fidĂšle, de « La Voix de son maĂźtre » avec l’adorable petit chien l’écoutant. OrphĂ©e charmait les bĂȘtes sauvages par son chant, sa musique : on prĂ©fĂ©rerait le tigre charmĂ© et non terrassĂ© et dissĂ©quĂ©, si telle est la mĂ©taphore Ă  laquelle nous nous raccrochons pour tenter d’expliquer, sinon absoudre, cette image incongrue. L’enjeu moral de La FlĂ»te enchantĂ©e, l’éthique maçonnique lumineuse est celle de la culture triomphant de la nuit du mal. Si c’est le sens de ce tableau d’avant le tableau, comme une Ă©pigraphe visuelle, il y a mieux que le tigre ou le loup pour reprĂ©senter le mal sur terre : l’homme, hĂ©las y suffit bien.
DĂ©filĂ© d’ombres dans la pĂ©nombre de la salle, le chƓur se va placer dans la fosse d’orchestre, restant invisible comme lui, naissant de la musique mĂȘme, libĂ©rant le grand plateau pour une foule indĂ©finie de personnages, agiles parmi les meubles, meublant sans encombrer l’espace de la souple frise sans cesse mobile de figures ombreuses du rĂȘve en apesanteur par leur lĂ©gĂšretĂ© et leurs acrobaties semblant dĂ©fier le rĂ©el concret. On croira mĂȘme rĂȘver de la marche sur un fil (belle idĂ©e d’épreuve d’équilibre pour le postulant maçon !) d’un Tamino dont on arrive Ă  douter si c’est un double ; ou, autre Ă©preuve, la montĂ©e en horizontale d’un mĂąt vertical. Tout cela en rythme, dans la musique, semblant couler de source, sans solution de continuitĂ©, avec un naturel si Ă©laborĂ© qu’on ne s’étonne mĂȘme pas que Papageno, le souple Marc Scoffoni, pourtant harnachĂ© en costume d’un style vaguement renaissance flamande ou italienne, entre dans ce jeu festif et capricant avec une cabriole d’une lĂ©gĂšretĂ© aussi maĂźtrisĂ©e que son chant nuancĂ© et son jeu frais et jovial. Il mĂ©ritera bien son prix, sa pĂ©tillante, piquante et pĂ©tutante Papagena, Pauline Feracci : « Pa.pa, pa.pa. papapapa  »

 

 

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Donc, entre songe ou conte, ombres du sommeil, images, visages, rivages du rĂȘve ou rives du rĂ©veil, le rideau brumeux, dans des lumiĂšres oniriques, se lĂšve sur une chambre, une alcĂŽve oĂč se love un grand lit thĂ©ĂątralisĂ© par deux grands panneaux de rideaux violets, table de nuit Ă  grand rĂ©veil, qui deviendra le glockenspiel de Papageno, et vaste armoire, mobilier Ă  la chaude couleur acajou, rocaille rococo stylisĂ©e : dans le goĂ»t Art Nouveau du Belge Horta. Dans le lit, tout chevelu et frisotĂ© afro, un Tamino au pyjama Ă  larges rayures verticales, surplombĂ© de la menace d’un vaste portrait mĂ©daillon oĂč se matĂ©rialisera plus tard la Reine de la Nuit. Pour l’heure, cauchemar, c’est le cobra Ă©gyptien tĂȘte de lit qui, entre les draps, visqueusement s’incarne appelant ses appels Ă  l’aide.
On ne sait dans la pĂ©nombre du lointain qui nous gagne, peut-ĂȘtre dĂ©tachĂ©es de la grande cheminĂ©e, trois caryatides Ă©gyptiennes, coiffĂ©es du « nĂ©mĂšs »
deux pans de tissu rayĂ© bleu et or retombant de chaque cĂŽtĂ© sur les Ă©paules, jambes entravĂ©es jusqu’aux anches du chapiteau Ă  volutes, deviennent les Trois Dames bien chantantes (Suzanne JĂ©rosme, Marie Gautrot, MĂ©lodie Ruvio), mais comme enchaĂźnĂ©es plus qu’enchantĂ©es dans la pierre oĂč elles semblent soudĂ©es. Elles enchantent et enchaĂźnent Tamino par le portrait de Pamina sorti de l’armoire comme une boĂźte Ă  malice d’oĂč sortiront aussi, arrachĂ©s au rĂȘve, ensommeillĂ©s, emperruquĂ©s de blanc et pyjama assorti Ă  celui du hĂ©ros et de la coiffe des Dames, les Trois Garçons (Tanina Laoues, Emma De La Selle, Garance Laporte Duriez) mĂ©lodieuses gamines, surgissant, bienfaisants lutins, dans les situations critiques des hĂ©ros pour les conseils aux adultes que savent souvent dispenser les enfants. Le brutal Monostatos, traditionnellement trahi par une voix faiblarde et crispante, est dotĂ© par Olivier Trommenschlager d’une vraie voix charnelle qui fait comprendre son dĂ©sir si naturel de chair et l’immĂ©diate comprĂ©hension de son texte en français, lĂ©gitime revendication contre son exclusion par le malheur de sa couleur raciale, l’arrache Ă  l’habituelle caricature du mĂ©chant noir d’ñme et de peau.
Le Temple impĂ©nĂ©trable de la Sagesse, en-deçà ou au-delĂ  de la maçonnerie, ne peut avoir pour nous que la logique savante d’une superbe bibliothĂšque de tous les savoirs, tous ces livres, en tas ou en tranche. Mais c’est la mĂ©diation de la Parole humaine qui en donne les modalitĂ©s d’accĂšs et l’Orateur de Matthieu LĂ©croart a dans la voix autant de fermetĂ© que d’humanitĂ©. De mĂȘme, l’apparente raideur des deux Hommes d’armes, Matthieu Chapuis et Jean-Christophe LaniĂšce, s’attendrit de l’élan et l’allant vital du choral luthĂ©rien plein d’espĂ©rance de leur duo d’une chaleureuse puissance virile. La dĂ©ception vient du Sarastro campĂ© par Tomislav Lavoie, belle allure un peu carnavalesque en son habit de gĂ©nĂ©ral d’Empire au chapeau outrĂ© de Guignol, qui a toutes les notes larges et rondes mais un grave insuffisant, ou dĂ©timbrĂ© pour cause de rhume et allergie, pour la noblesse vocale du personnage.

 

 

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EngagĂ©e en remplacement de la chanteuse prĂ©vue au programme, on ne dira pas que, pour Lise Mostin, la Reine de la Nuit est une prise de rĂŽle : c’est une conquĂȘte, immĂ©diate, Ă©vidente et audible, et qui conquiert d’emblĂ©e le public puisque, assagi dĂ©sormais, n’interrompant plus que rarement les reprĂ©sentations par des applaudissements qui rompent l’action, elle est applaudie en reconnaissance de sa prĂ©sence et de sa rĂ©ussite. Le redoutable premier air par la tessiture plus grave et large, est dĂ©livrĂ© avec une gĂ©nĂ©rositĂ© vocale splendide sans faire craindre pour les aigus qui, dans le cĂ©lĂšbre second, hĂ©rissĂ© de contre fa redoutables, sont pris Ă  plein, d’une pleine voix rageuse, haineuse pour l’expression, mais sans aciditĂ© ni crispation, avec une aisance diabolique. InvitĂ©e deux jours avant en catastrophe, dont elle sauve le spectacle, elle n’a pas eu le temps d’apprendre le texte français et le chante dans l’original allemand, ce qui ne dĂ©range en rien pour un personnage malĂ©fique venu d’ailleurs.
La Pamina de Florie Valiquette, fleur en cage, d’abord poupĂ©e mĂ©canique Ă  la Hoffmann des contes, voix parlĂ©e Ă  la naĂŻvetĂ© enfantine qui convient, devient lentement femme dans les Ă©preuves de la vie, le harcĂšlement libidineux de Monostatos, l’arrachement Ă  la mĂšre, la dĂ©couverte de l’amour et l’abandon oĂč sa voix, joliment timbrĂ©e, aisĂ©e, s’épanouit dans la douleur et plonge dans le grave ombreux mais pas alourdit, du dĂ©sir de mort.
Prince surpris dans son sommeil d’enfant, enfantin par sa tenue de chambre l’espace d’une nuit de cauchemar et songe, dĂ©marche de petit soldat rĂ©solu, Mathias Vidal est un Tamino de rĂȘve, Ă©lĂ©giaque dans son premier air, mais capable d’affirmer l’hĂ©roĂŻsme d’homme attendu de lui avec une voix pleine, ronde, douce et puissante Ă  la fois. La derniĂšre scĂšne, retour au dĂ©but, au sommeil qui engendra le rĂȘve, nous montre un enfant endormi Ă  son image africainement frisotĂ©e, (peut-ĂȘtre un petit mulĂątre exonĂ©rant le racisme latent contre Monostatos), Prince redevenu l’enfant qui se sera rĂȘvĂ© adulte, veillĂ© amoureusement par les personnages, dont la Reine et Sarastro, grands-parents bienveillants puisqu’ils sont pĂšre et mĂšre de Pamina : le jour et la nuit rĂ©conciliĂ©s, le binarisme misogyne de l’opposition masculin/fĂ©minin dĂ©passĂ©, l’antithĂšse lumiĂšre/tĂ©nĂšbres, l’apartheid blanc et noir assumĂ© mais subsumĂ© par l’amour.

Plus donc que par une mise en exergue des symboles maçonniques trop souvent soulignĂ©s, il me semble que ces fĂ©es finales qui se penchent sur le berceau de l’enfant, de l’humanitĂ©, suffisent Ă  traduire l’humanisme de la franc-maçonnerie, son utopie sociale. C’est la rĂ©ussite de cette magnifique mise en scĂšne cohĂ©rente et conjointe de CĂ©cile Roussat et Julien Lubek qui signent aussi la scĂ©nographie et les lumiĂšres d’une grande beautĂ©, dans un fourmillement de trouvailles incessantes, comme, entre autres, ces graphismes de silhouettes dans le goĂ»t du XVIIIe et ces ombres chinoises de la fin des Ă©preuves. dans le respect toujours de la musique. On sent aussi le travail complice avec la costumiĂšre Sylvie Skinazi.

Mais que serait la scĂšne sans la fosse ? Hors du mĂ©rite incommensurable d’avoir exhumĂ© et donnĂ© vie Ă  tout un continent musical perdu ou en dĂ©shĂ©rence, l’un des apports des baroqueux aux autres musiques, c’est d’avoir apportĂ© Ă  des rĂ©pertoires encrassĂ©s, alourdis par la tradition un autre regard et souffle, les revivifiant, les renouvelant. À la tĂȘte du ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon et de l’Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence, qu’importe alors instruments anciens ou pas, HervĂ© Niquet Ă©tait exemplaire. Il n’était que de le voir, sans baguette, souplement donner les entrĂ©es et d’indiquer les fins de sons aux chanteurs et instrumentistes, attentif Ă  tout, pour goĂ»ter aussi visuellement ce renouveau sensible donnĂ© Ă  cette musique que nous savons par cƓur : un bonheur
On adressera aussi des compliments au texte français de Françoise Ferlan. Il est plus facile de mettre en musique un texte que de mettre des paroles sur une musique. Que dire alors de le traduire quand il s’agit de respecter la mĂ©lodie et le sens ? MĂȘme quand il n’y a pas d’erreur, d’approximations, souvent Ă©normes dans les traductions d’opĂ©ras baroques dont la langue ancienne prĂ©cieuse n’est souvent pas bien connue des traducteurs, les traductions des surtitres sont souvent forcĂ©ment rĂ©ductrices, devant caser un maximum dans l’espace minimum de l’écran. Ce qui oblige le spectateur Ă  un regard doublĂ© d’une Ă©coute, avec les doutes quand on connaĂźt la langue qui se chante sur scĂšne. Certes, ceux qui ne connaissent pas l’allemand ont tendance Ă  magnifier le mystĂšre et la beautĂ© d’un texte inconnu. Or, le texte de Schikaneder n’est pas du Da Ponte, il est simple, simpliste, naĂŻf : l’entendre et l’écouter en français, magnifiĂ© par Mozart, en rend le charme encore plus touchant.

 

 
 

  

 

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LA FLÛTE ENCHANTÉE
Opéra en deux actes de
Wolfgang Amadeus Mozart
Livret d’Emanuel Schikaneder‹Version intĂ©gralement française

Opéra Grand Avignon Confluence,
A l’affiche les 27, 29, 31 dĂ©cembre 2019

‹Mise en scĂšne, scĂ©nographie et lumiĂšres : CĂ©cile Roussat et Julien Lubek.
Costumes Sylvie Skinazi : Assistante
DĂ©cor :Élodie Monet
Pamina : Florie Valiquette
‹La Reine de la Nuit : Lisa Mostin
‹Papagena Pauline Feracci
PremiÚre Dame : Suzanne Jerosme
‹Deuxiùme Dame : Marie Gautrot‹
TroisiÚme Dame : Mélodie Ruvio
Tamino : Mathias Vidal
‹Papageno : Marc Scoffoni
‹Sarastro : Tomislav Lavoie
‹Monostatos : Olivier Trommenschlager
‹L’Orateur : Matthieu LĂ©croart
‹Premier PrĂȘtre, Homme en armure : Matthieu Chapuis.
DeuxiĂšme PrĂȘtre, Homme en armure : Jean-Christophe LaniĂšce
Trois enfants : Tanina Laoues, Emma De La Selle, Garance Laporte Duriez
(Chef de chant Vincent Recolin)
Acrobates : Mathieu Hibon, Antoine Helou, Alex Sander Da Neves Dos Santo,Sayaka Kasuya.

ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon
Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence
Production OpĂ©ra Royal de Wallonie – LiĂšge‹
En corĂ©alisation avec l’OpĂ©ra Royal de Versailles
Direction musicale : Hervé Niquet
‹Continuo : Elisabeth Geiger 

 
Photos : CĂ©dric Delestrade/ACM-Studio 

 
 

 

DVD, critique, événement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS Chùteau de Versailles Spectacles)

150 ans de la mort de BERLIOZDVD, critique, Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS ChĂąteau de Versailles Spectacles)  -  AprĂšs avoir affiner, Ă©trenner, poli son approche de l’opĂ©ra de Berlioz, Ă  Linz et Ă  Bonn, le chef François-Xavier Roth prĂ©sente sa lecture de La Damnation de Faust Ă  Versailles, sur la scĂšne de l’OpĂ©ra royal, mais dans des dĂ©cors fixes empruntĂ©s au fonds local.

VoilĂ  une version allĂ©gĂ©e, Ă©claircie, volontiers dĂ©taillĂ©e (et d’aucun diront trop lente), mais dont l’apport principal est – instruments historiques obligent- la clartĂ©.

faust-berlioz-vidal-antonacci-courjal-dvd-cvs-roth-critique-opera-annonce-annonce-classiquenews-ROTHAu format particulier des instruments d’époque (Les SiĂšcles), rĂ©pondent trois voix qui se rĂ©vĂšlent convaincantes tant en intelligibilitĂ© qu’en caractĂ©risation : Mathias Vidal en Faust, Anna Caterina Antonacci (Marguerite), Nicolas Courjal (MĂ©phistofĂ©lĂšs)
 ComplĂšte le tableau, le ChƓur Marguerite Louise (direction: GaĂ©tan Jarry) pour incarner les paysans dĂšs la premiĂšre scĂšne, puis la verve des Ă©tudiants et celle des soldats, avant la fureur endiablĂ©e des suivants de MĂ©phisto dans le tableau final, celui de la chevauchĂ©e, avant l’apothĂ©ose de Marguerite entourĂ©e d’anges thurifĂ©raires et cĂ©lestes
 Roth prend le temps de l’introspection, fouillant la rĂȘverie solitaire de Faust au dĂ©but, l’intelligence sournoise et manipulatrice de MĂ©phisto; le maestro rappelle surtout combien il s’agit d’une lĂ©gende dramatique, selon les mots de Berlioz : peinture atmosphĂ©rique et orchestrale plutĂŽt que narration descriptive. Le fantastique et les Ă©clairs surnaturels s’exprimant surtout par le raffinement de l’orchestration
 laquelle scintille littĂ©ralement dans le geste pointilliste du chef français (Ă©clatant ballet des Sylphes). En 1846, soit 16 annĂ©es aprĂšs la Symphonie Fantastique, l’écriture de Berlioz n’a jamais aussi directe, flamboyante et intĂ©rieure.

Le point fort de cette lecture sans mise en scĂšne, demeure l’articulation du français : un point crucial sur nos scĂšnes actuelles, tant la majoritĂ© des productions demeurent incomprĂ©hensibles sans le soutien des surtitres.
Bravo donc Ă  l’excellent Brander de Thibault de Damas (chanson du Rat, aussi rythmique et frĂ©nĂ©tique que prĂ©cisĂ©ment articulĂ©e : un modĂšle absolu en la matiĂšre). On le pensait trop lĂ©ger et percussif voire serrĂ© pour un rĂŽle d’ordinaire dĂ©volu aux tĂ©nors puissants hĂ©roĂŻco-dramatiques : que nenni
 Mathias Vidal relĂšve le dĂ©fi du personnage central : Faust. Certes la carrure manque d’assurance et d’ampleur parfois (nature immense, un rien Ă©troite), mais quel chant incarnĂ©, nuancĂ©, dĂ©clamĂ© ! Le chanteur est un acteur qui a concentrĂ© et densifiĂ© son rĂŽle grĂące Ă  la maĂźtrise de phrasĂ©s somptueux qui inscrit ce profil dans le verbe et la puretĂ© du texte. La comprĂ©hension de chaque situation en gagne profondeur et sincĂ©ritĂ©. La ciselure d’un français intelligible fait merveille. On se souvient de son Atys (de Piccinni) dans une restitution en version de chambre : l’ñme percutante et tragique du chanteur s’était de la mĂȘme façon dĂ©ployĂ©e avec une grĂące ardente, irrĂ©sistible.

 

 

 

Berlioz Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
FAUST exceptionnel :  textuel et orchestral

 

 

 

Sans avoir l’ñge du personnage, ni sa candeur angĂ©lique, Anna Caterina Antonacci, aux aigus parfois tirĂ©s et tendus, « ose » une lecture essentiellement ardente et passionnĂ©e.
elle aussi diseuse, au verbe prophĂ©tique, d’une indiscutable excellence linguistique (Ballade du roi de ThulĂ©). Capable de chanter la cantate ClĂ©opĂątre avec une grandeur tragique souveraine, la diva affirme sa vraie nature qui embrase par sa vibration rayonnante, la loyautĂ© du Faust lumineux de Vidal (D’amour l’ardente flamme).
Aussi impliquĂ© et nuancĂ© que ses partenaires, Nicolas Courjal rĂ©ussit un MĂ©phisto impeccable d’élĂ©gance et de diabolisme, profĂ©rant un verbe lyrique lĂ  encore nuancĂ©, idĂ©al. C’est sĂ»r, le français est ici vainqueur, et son articulation, d’une intelligence expressive, triomphe dans chaque mesure. La maĂźtrise est totale, sachant s’accorder au scintillement instrumental de l’orchestre, dans la fausse voluptĂ© enivrĂ©e (Voici des roses), comme dans le cri sardonique final de la victoire (Je suis vainqueur ! lancĂ© Ă  la face d’un Faust Ă©reintĂ© qui s’est sacrifiĂ© car il a signĂ© le pacte infernal).
Comme plus tard dans ThaĂŻs de Massenet, Berlioz Ă©chafaude son final en un chiasme dramatique contraire et opposĂ© : Ă  mesure que Faust plonge dans les enfers (comme le moine AthanaĂ«l saisi par les affres du dĂ©sir), Marguerite gagne le ciel et son salut en une Ă©lĂ©vation miraculeuse (comme ThaĂŻs qui meurt dans la puretĂ©). VoilĂ  qui est admirablement restituĂ© par le chef et son orchestre authentiquement berliozien. Il est donc lĂ©gitime de fixer par le dvd ce spectacle hors normes qui dĂ©poussiĂšre orchestralement et vocalement une partition oĂč a rĂ©gnĂ© trop longtemps les brumes du romantisme wagnĂ©rien.

François-Xavier Roth (© Pascal le Mée Chùteau de Versailles Spectacles)

 

 

 

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BERLIOZ : La Damnation de Faust, 1846

Faust : Mathias Vidal
Marguerite : Anna Caterina Antonacci
MéphistophélÚs : Nicolas Courjal
Brander : Thibault de Damas d’Anlezy

ChƓur Marguerite Louise / Chef : GaĂ©tan Jarry
Les SiĂšcles
François-Xavier Roth, direction
Enregistré à Versailles, Opéra Royal, en novembre 2018

1 dvd ChĂąteau de Versailles Spectacles

 

 
 

 

La Damnation de Faust version 1846, sur instruments d’Ă©poque

berlioz Hector Berlioz_0FRANCE 2, lun 2 dĂ©c 2019, 00h55. BERLIOZ : La damnation de Faust. L’annĂ©e 2019 marque les cĂ©lĂ©brations du 150Ăšme anniversaire de la disparition d’Hector Berlioz. En lien avec la grande exposition sur Louis-Philippe donnĂ©e au ChĂąteau de Versailles, l’OpĂ©ra Royal de Versailles avait anticipĂ© cet Ă©vĂ©nement en programmant sur la saison 2018/2019, un cycle Berlioz, dont ce concert faisait partie.
Il y a  plus de 170 ans, prĂ©cisĂ©ment le dimanche 29 octobre 1848, dans une salle rĂ©novĂ©e et enfin ouverte au grand public, Hector Berlioz dirigeait l’un de ces immenses concerts dont il dĂ©tenait le secret : 400 musiciens sur scĂšne alternant les compositions de Gluck, Beethoven, Rossini, Weber et Berlioz bien entendu (“Grande fĂȘte chez les Capulet” du RomĂ©o et Juliette, “La Marche Hongroise” de La Damnation de Faust). Ce concert marquait avec faste l’avĂšnement de la Seconde RĂ©publique naissante.

François-Xavier Roth est un chef français dont la carriĂšre avec son propre orchestre Les SiĂšcles, mais aussi avec le GĂŒrzenich Orchester Ă  Cologne et le London Symphony Orchestra, connaĂźt un fort dĂ©veloppement. Ancien assistant de Sir John Eliot Gardiner, il cultive comme lui une passion pour Berlioz et la sonoritĂ© si « française » qui en est l’emblĂšme comme l’esprit.
Son interprĂ©tation de La Damnation de Faust en version de concert (comme pour la crĂ©ation de 1846) permet d’entendre cette Ɠuvre avec la force et les audaces du premier Berlioz : un chef-d’Ɠuvre sombre et resplendissant, cosmique aussi par l’ampleur de ses Ă©vocations orchestrales.

Opéra Royal de Versailles, le 6 novembre 2018
Direction musicale : François-Xavier Roth
La Damnation de Faust. Musique de Hector Berlioz (1803-1869)
Livret de Almire GandonniĂšre (1813-1863) et Hector Berlioz (1803-1869)
D’aprĂšs Faust de Goethe (1808)
PremiĂšre reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris le 6 dĂ©cembre 1846
Les SiĂšcles
ChƓur ChƓur Marguerite Louise
Chef des ChƓurs GaĂ«tan Jarry

Mathias Vidal : Faust
Anne Caterina Antonacci : Marguerite
Nicolas Courjal : MéphistophélÚs
Thibault de Damas d’Anlezy : Brander

L’action de situe au Moyen-Age, en Hongrie et en Allemagne. Faust accablĂ© par le dĂ©goĂ»t de la vie, veut  mettre fin Ă  ses jours en absorbant du poison. Les chants de PĂąques l’arrachent Ă  son dĂ©sespoir en lui rendant la foi de son enfance, mais cet Ă©lan mystique suscite l’apparition soudaine du dĂ©mon, MĂ©phistophĂ©lĂšs, qui lui promet tous les plaisirs de l’existence et l’entraĂźne dans une taverne au milieu d’une bruyante assemblĂ©e. Ces plaisirs vulgaires ne parviennent pas Ă  sĂ©duire Faust et MĂ©phistophĂ©lĂšs le transporte sur les bords de l’Elbe oĂč il lui fait dĂ©couvrir la jeune Marguerite dans un rĂȘve enchanteur. DĂšs que Faust et Marguerite se rencontrent, ils se reconnaissent et se jurent un amour rĂ©ciproque. Mais les deux amants doivent se sĂ©parer car MĂ©phistophĂ©lĂšs les avertit qu’ils ont attirĂ© l’attention du voisinage et de la mĂšre de Marguerite. Faust, malgrĂ© sa promesse de revenir dĂšs le lendemain, semble avoir oubliĂ© Marguerite pour s’abĂźmer dans la contemplation de la nature. MĂ©phistophĂ©lĂšs le rejoint pour lui apprendre que la jeune fille est condamnĂ©e Ă  mort pour avoir empoisonnĂ© sa mĂšre. Pour la sauver, il exige de Faust qu’il signe un pacte l’engageant Ă  le servir et il l’entraĂźne avec lui en enfer au terme d’une chevauchĂ©e fantastique. Seule Marguerite est sauvĂ©e et accueillie au ciel par le chƓur des esprits cĂ©lestes.

CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014)

CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014). L’auteur de cette dĂ©licieuse pochade satirique se moque et cĂ©lĂšbre Ă  la fois, les qualitĂ©s de la musique italienne, et les travers du milieu parisien prĂȘt Ă  l’idolĂątrer
HalĂ©vy excelle Ă  railler ce qui a fait justement le succĂšs de Rossini dans le Paris de la premiĂšre moitiĂ© du XIXù

Halevy opera annonce critique opera dilettante d avignon piquemal halevy KLARTHE records  cd opera critique KLA073couv_lowQuand le directeur de thĂ©Ăątre Maisonneuve devenu par passion Casanova s’émeut de la langue italienne, c’est comme si sur la scĂšne ressuscitait Mr Jourdain apprenant la langue française. NaĂŻf et touchant par la sincĂ©ritĂ© de son goĂ»t italien, Maisonneuve (excellent Renaud Marzorati) dĂ©sespĂšre car le français n’a pas d’accent mais sait s’enthousiasmer en invitant une troupe de chanteurs italiens sur les planches de son thĂ©Ăątre. La situation est cocasse : elle renvoie Ă  toute l’histoire de l’opĂ©ra et de la musique europĂ©enne, scandĂ©e par la rivalitĂ© des cultures et des styles et surtout comme ici, la volontĂ© de fusion des deux Ă©coles.
On ne louera pas assez cette initiative discographique : exhumer des pĂ©pites lyriques, qui allie une intrigue resserrĂ©e dans une mise en forme raffinĂ©e, subtilement dĂ©lirante ; c’est assurĂ©ment le cas de cette comĂ©die drĂŽlatique signĂ© d’un auteur qui fit l’ñge d’or du grand opĂ©ra Ă  l’OpĂ©ra de Paris : Fromental HalĂ©vy (Prix de Rome 1819), mentor d’Offenbach dans la Capitale.
La finesse se moque ici des styles italiens (Rossini) et français (couplets de Valentin) : ainsi le « duo Ă  trois voix », CD2 oĂč brillent aux cĂŽtĂ©s d’Arnaud Marzorati, Mathias Vidal (Dubreuil, compositeur parisien qui singe les italiens) et Virginie Pochon (Marinette), Ă  la fois sincĂšres et satiriques. Le jeu thĂ©Ăątral est finement polissĂ© et restitue Ă  ce mini opĂ©ra, sa nature de pochade enlevĂ©e, hyperĂ©lĂ©gante. Fromental HalĂ©vy s’y dĂ©lecte Ă  exprimer son amour du genre lyrique (le Dilettante c’est lui). Le compositeur tort le cou aux codes d’un systĂšme Ă©culĂ© : Ă  l’époque oĂč rĂšgne Rossini Ă  Paris, il suffit de se dire italien pour ĂȘtre jouĂ© dans les thĂ©Ăątres parisiens (c’est donc le cas de Dubreuil imposteur gĂ©nial, Ă  Paris et Ă  Avignon)

Dans ce joyau opĂ©ratique et comique, toutes les Ă©quipes de l’OpĂ©ra d’Avignon savourent les degrĂ©s mĂȘlĂ©s d’une partition souvent dĂ©lirante.

CLIC D'OR macaron 200Le label Klarthe jamais en reste pour la dĂ©fense duHALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-crop patrimoine français dĂ©voile ainsi une pĂ©pite lyrique qui succĂ©da de quelques mois au triomphe du Guillaume Tell de Rossini(1829). La rĂ©vĂ©lation est totale, nuançant l’hĂ©gĂ©monie de Rossini dans les annĂ©es 1820, servie par l’engagement gĂ©nĂ©rale d’une troupe allumĂ©e. La rĂ©ussite de cet enregistrement live (avec applaudissements, OpĂ©ra Grand Avignon, avril 2014), vĂ©ritable recrĂ©ation depuis l’époque romantique est assurĂ© par le choix des solistes et l’engagement des instrumentistes de l’orchestre choisi : Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence sous la direction, articulĂ©e, pĂ©tillante de Michel Piquemal. VoilĂ  une nouvelle rĂ©alisation majeure pour la redĂ©couverte de l’opĂ©ra romantique français. Qui connaĂźt cette veine comique du trĂšs sĂ©rieux HalĂ©vy, rĂ©putĂ© pour La Juive, ou Clari (ressuscitĂ© par Cecilia Bartoli) et rĂ©cemment La Reine de Chypre ?

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CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (1829). 2cd Klarthe records – enregistrĂ© en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon) – CLIC de CLASSIQUENEWS

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LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du Dilettante d’Avignon de HalĂ©vy par Arnaud Marzorati et Mathias Vidal Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon (2014):
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-halevy-le-dilettante-davignon-piquemal-2-cd-klarthe-2014/

COMPTE-RENDU, CRITIQUE,opĂ©ra. DIJON, le 20 mars 2019. RAMEAU : Les BorĂ©ades. Vidal
  Haim, Kosky

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieCompte rendu, opĂ©ra, Dijon, OpĂ©ra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les BorĂ©ades. Emmanuelle HaĂŻm / Barrie Kosky. Les BorĂ©ades, ultime ouvrage d’un Rameau de 80 ans, jamais reprĂ©sentĂ© de son vivant, est un magistral divertissement, bien davantage que la « tragĂ©die lyrique » que son sous-titre affirme. Rameau Ă©nonce l’histoire par bribes, sĂ©parĂ©es par des danses ou des chƓurs qui suspendent l’action. L’intrigue, quelque peu dĂ©risoire, est un aimable prĂ©texte. Alphise, reine de Bactriane, est sommĂ©e de choisir son Ă©poux. La tradition lui impose un descendant de BorĂ©e, le vent du nord. Elle repousse les deux prĂ©tendants qui se prĂ©valent de cette filiation pour s’éprendre d’un Ă©tranger, d’origine inconnue : Abaris. On apprendra de la bouche d’Apollon que l’étranger est nĂ© de ses amours avec une nymphe de la lignĂ©e de BorĂ©e. Tout finira donc bien.

Les pĂ©ripĂ©ties liĂ©es Ă  la dĂ©convenue des prĂ©tendants – Calisis et BorilĂ©e -comme de BorĂ©e lui-mĂȘme, vont permettre au librettiste et au musicien de composer des tableaux fantastiques, correspondants aux conventions du temps : orage, sĂ©isme, vents furieux qui enlĂšvent l’hĂ©roĂŻne pour la retenir en un lieu obscur oĂč elle vit de multiples supplices. Ces Ă©preuves et celles imposĂ©es Ă  son amant seront surmontĂ©es grĂące Ă  la flĂšche enchantĂ©e qu’Amour lui avait donnĂ©e.

 
 
 
 
 
 

Les Boréades à Dijon


Réussite absolue et souffle du génie

 

 

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Trop souvent, il faut dĂ©plorer des mises en scĂšne qui s’approprient et dĂ©figurent l’ouvrage pour en faire quelque chose de neuf, sans rapport avec les intentions du livret et de la musique.  Barrie Kosky n’est pas de ceux-là : sa modernitĂ©, bien que radicalement novatrice, est une ascĂšse qui nous permet d’accĂ©der au sens profond. On se souvient du cube qui occupait la place centrale de Castor et Pollux. Ici, Barrie Kosky crĂ©e un dispositif scĂ©nique, d’une abstraction trĂšs esthĂ©tique : une immense boĂźte, sorte d’ingĂ©nieux Ă©crin, qui va s’entrouvrir, se fermer, s’ouvrir largement, emprisonner l’hĂ©roĂŻne, pour une happy end, aprĂšs les Ă©preuves auxquelles les amants seront soumis. Sa face avant servira de fond pour des jeux d’ombres, le plateau surĂ©levĂ©, autour duquel Ă©volueront le plus souvent danseurs et choristes, constituera le creuset d’une alchimie fĂ©conde. Un troisiĂšme niveau sera rĂ©vĂ©lĂ© aux finales des deuxiĂšme et cinquiĂšme actes. Le travail se concentre avant tout sur les corps, sur le geste : la chorĂ©graphie est constante et s’étend Ă  tous les acteurs, solistes, choristes comme danseurs, que seule la virtuositĂ© distingue.

Dans cette ascĂšse plastique, tout fait sens. Accessoire, mais essentielle, la flĂšche, vecteur de l’amour, plantĂ©e en terre au proscĂ©nium Ă  l’apparition du dĂ©cor. Les corolles de gigantesques fleurs, variĂ©es et colorĂ©es Ă  souhait, descendent des cintres dans une apparition admirable. Les costumes, l’usage parcimonieux de la couleur, les Ă©clairages appelleraient un commentaire : la rĂ©ussite est absolue.

Au commencement Ă©tait le souffle. BorĂ©e sera le grand ordonnateur, avant que Jupiter ne s’en mĂȘle. C’est par le souffle qu’il fera naĂźtre la musique. Christopher Purves est une des plus grandes basses baroques. Son Ă©mission et son jeu sont un constant rĂ©gal. Emmanuelle de Negri, qui incarne tour Ă  tour SĂ©mire, Polyymnie, Cupidon et une nymphe, en est le parfait contraire : on ne sait qu’admirer le plus, du jeu ou du chant, tant les personnages cocasses, dĂ©lurĂ©s qu’elle incarne et danse autant qu’elle les chante sont plus attachants les uns que les autres. HĂ©lĂšne Guilmette campe une Alphise Ă©mouvante, au chant exemplaire de clartĂ©. L’Abaris de Mathias Vidal, habitĂ© par son personnage, nous empoigne aux derniers actes. Edwin Crossley-Mercer donne toute leur noblesse Ă  Adamas, puis Ă  Apollon, chant lumineux, rayonnant. Le BorilĂ©e de Yoann Dubruque comme le Calixis de SĂ©bastien Droy sont tout aussi rĂ©ussis.

 
 

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Les chorĂ©graphies d’Otto Pichler, captivantes, pleinement abouties, et les danseurs professionnels – admirables – comme les chƓurs, d’une fluiditĂ© corporelle rarissime, nous rĂ©jouissent.
Emmanuelle HaĂŻm et son Concert d’AstrĂ©e rĂ©alisent lĂ  une magistrale interprĂ©tation, d’une vie constante, colorĂ©e Ă  souhait (ah ! ces flĂ»tes si chĂšres Ă  Rameau), qu’on ne peut dissocier de ce travail d’équipe, exemplaire. A quand un enregistrement et une prise vidĂ©o ? Cette rĂ©alisation superlative l’appelle.
 
 

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Compte rendu, opĂ©ra, Dijon, OpĂ©ra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les BorĂ©ades. Emmanuelle HaĂŻm / Barrie Kosky. CrĂ©dit photographique © OpĂ©ra de Dijon – Gilles Abegg

 
  
 

Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq-Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, … (2 cd 2015)

gounod cinq mars cd opera critique review account of classiquenews ulf schirmer mathias videl veronique gens cd 1507-1Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq-Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, … (2 cd 2015). DĂšs l’ouverture, les couleurs vĂ©nĂ©neuses, viscĂ©ralement tragiques, introduites par la couleur tĂ©nue de la clarinette dans le premier motif, avant l’implosion trĂšs wĂ©bĂ©rienne du second motif, s’imposent Ă  l’Ă©coute et attestent d’une lecture orchestralement trĂšs aboutie. Du reste l’orchestre munichois, affirme un bel Ă©noncĂ© du mystĂšre Ă©voquĂ©, Ă©clairĂ© par une clartĂ© transparente continue, qui quand il ne sature pas dans les tutti trop appuyĂ©s, se montre d’une onctuositĂ© dĂ©lectable. Tant de joyaux dans l’Ă©criture Ă©clairent la place aujourd’hui oubliĂ©e de Charles Gounod dans l’Ă©closion et l’Ă©volution du romantisme français. Et en 1877, Ă  l’Ă©poque du wagnĂ©risme envahissant, (le dernier) Gounod, dans Cinq-Mars d’aprĂšs Vigny, impose inĂ©luctablement un classicisme Ă  la française qui s’expose dans le style et l’Ă©lĂ©gance de l’orchestre (premiĂšre scĂšne : Cinq-Mars et le chƓur masculin). D’emblĂ©e c’est le style trĂšs racĂ© de la direction (nuancĂ© et souple Ulf Schirmer), des choristes (excellentissimes dans l’articulation d’un français Ă  la fois dĂ©licat et parfaitement intelligible) qui Ă©claire constamment l’Ă©criture lumineuse d’un compositeur jamais Ă©pais, orchestrateur raffinĂ© (flĂ»te, harpe, clarinette, hautbois toujours sollicitĂ©s quand le compositeur dĂ©veloppe l’ivresse enivrĂ©e de ses protagonistes).

 

 

 

Cinq-Mars Ă©claire le raffinement du dernier Gounod

 

 

Justesse immĂ©diate dĂšs la premiĂšre scĂšne et surtout la seconde entre De Thou et Cinq Mars : timbres suaves et naturellement articulĂ©s du tĂ©nor et du baryton ainsi fusionnĂ©s, Cinq-Mars et son aĂźnĂ© (paternel) De Thou, soit l’excellent Mathias Vidal et Tassis Christoyannis : vrai duo viril, l’Ă©quivalent français en effusion et tendre confession mĂȘlĂ©e, du duo verdien : Carlos et Posa, dans Don Carlo. Le mĂȘme duo revient d’ailleurs pour fermer l’Ă©pisode tragique, juste avant l’exĂ©cution de Cinq-Mars par Richelieu, Ă  la fin du drame en 4 actes.

TENOR EN OR : Mathias Vidal Ă©blouit chez MondonvilleForce vocale palpitante, liant tout le dĂ©roulement de l’action, la prise de rĂŽle de Mathias Vidal en Cinq-Mars engagĂ© et nuancĂ©, relĂšve du miracle lyrique et dramatique : un tempĂ©rament ardent et juvĂ©nile, au style impeccable qui renouvelle sa fabuleuse partie dans les Grands Motets de Mondonville rĂ©vĂ©lĂ©s par le chef hongrois Gyorgy Vashegy (LIRE notre critique du cd Grands Motets de Mondonville, CLIC de classiquenews de mai 2016).

 

Intriguant sombre, persifleur grave et insidieux, le pĂšre Joseph (Ă©minence grise de l’ombre, crĂ©ature Ă  la solde de Richelieu), Andrew Foster-Williams captive aussi par la vraisemblance de son incarnation ; mĂȘme Ă©paisseur psychologique pour la Marie de Gonzague de l’aĂźnĂ©e de tous, VĂ©ronique Gens, Ă  la diction idĂ©ale, creusant l’ambition de la princesse, immĂ©diatement saisie par son avenir de Reine… on note cependant une certaine tension dans les aigus vibrĂ©s mais comme c’est le cas de l’autre soprano française, d’une Ă©tonnante longĂ©vitĂ© – Sandrine Piau, VĂ©ronique Gens convainc ici par le contrĂŽle de son instrument; par son style sans effet, sa grande vĂ©ritĂ© directe et fluide : bel angĂ©lisme de son air “Nuit silencieuse” au caractĂšre d’ivresse suave Ă©perdue.

 

 

CLIC_macaron_2014La cohĂ©rence Ă©vidente de cette magnifique lecture rend hommage au gĂ©nie de Gounod inspirĂ© par le Cinq mars de Vigny (1826). 50 ans aprĂšs Vigny, Gounod conçoit ce Cinq Mars oĂč brille et scintille l’enchantement d’un orchestre dĂ©licat et raffinĂ© auquel la direction aĂ©rĂ©e et souple, globalement somptueusement suggestive de l’expĂ©rimentĂ© Ulf Schirmer, exprime les facettes irrĂ©sistibles, toutes sans exception, dramatiquement trĂšs efficaces. Avant Cinq-Mars, Gounod n’avait pas composĂ© d’opĂ©ras depuis 10 ans : son retour pour l’OpĂ©ra-Comique dirigĂ© par LĂ©on Carvalho, est traversĂ© par l’intelligence, cette limpiditĂ© (dont parle le critique et compositeur JonciĂšres pourtant trĂšs wagnĂ©rien), ce souci du coloris et une sensualitĂ© dont il a conservĂ© le secret. D’un opĂ©ra historique dĂ©ployant les intrigues politiques et courtisanes qui opposent Richelieu et les princes qui conspirent dont le Marquis de Cinq-Mars, Gounod fait un drame sentimental poignant qui touche par la justesse des sĂ©quences, tant collectives qu’intimistes et individuelles.
GOUNOD charles-gounod-2On s’incline devant une partition aussi bien ficelĂ©e, devant une lecture ciselĂ©e, attentive Ă  sa subtile texture, autant instrumentale que vocale. Superbe rĂ©alisation, de loin, l’une des mieux conçues de tous les titres jusque lĂ  parus dans la dĂ©sormais riche et fondamentale collection “OpĂ©ra français” (Ă©coutez aussi dans la mĂȘme tenue artistique et pour mesurer un autre chef d’Ɠuvre oubliĂ© : l’oratorio romantique La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, source de l’admiration sans borne de Berlioz, paru en 2010). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai / juin 2016. Si la publication au disque est opportune et tout Ă  fait lĂ©gitime, on regrette qu’aucun opĂ©ra en France ne prenne l’initiative de programmer ce sommet lyrique romantique français : les interprĂštes sont prĂȘts et l’orchestre, sur instruments d’Ă©poque, existe. Le dossier de presse accompagnant le titre mentionne  la prochaine production scĂ©nique de la partition Ă  l’OpĂ©ra de Leipzig (20, 27 mai puis 11 juin 2017). Quid en France ?  Le public français a toute compĂ©tence pour juger de la valeur d’un telle perle lyrique. On commet une grossiĂšre erreur Ă  l’en priver.

 

 

 

Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, … 2 cd Ediciones Singulares — Palazzeto Bru Zane, enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en janvier 2015

 

LIRE aussi notre dossier prĂ©sentation et synopsis de Cinq-Mars de Gounod, lors de sa recrĂ©ation en janvier 2015 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

 

 

Reportage vidéo : La 3Úme génération de musiciens au Festival de Saintes 2015

logoSaintes_A3_noirReportage vidĂ©o : La 3Ăšme gĂ©nĂ©ration de musiciens au Festival de Saintes 2015. En juillet 2015, le Festival de Saintes cultive aux cĂŽtĂ©s des tĂȘtes d’affiches et des vedettes cĂ©lĂ©brĂ©es, la diversitĂ© dĂ©fricheuse des jeunes tempĂ©raments. Cette annĂ©e, les 12 et 13 juillet 2015, CLASSIQUENEWS s’intĂ©resse Ă  trois interprĂštes qui portent l’Ă©lan enthousiaste de cette 3Ăšme gĂ©nĂ©ration de musiciens qui incarnent aussi la vitalitĂ© du festival estival. Entretien avec Stephan Maciejewski, Directeur artistique et Odile Pradem-Faure, Directrice gĂ©nĂ©rale mais aussi les musiciens concernĂ©s… tels Lionel Meunier (Vox Luminis), Adam Laloum (pianiste) et RaphaĂ«l SĂ©vĂšre (clarinette), HĂ©loĂŻse Gaillard (crĂ©atrice de l’ensemble Amarillis). © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham