Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplĂ© avec Amour et PsychĂ© de Mondonville. Emmanuelle HaĂŻm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’OpĂ©ra de Lille, le ThĂ©Ăątre de Caen, l’OpĂ©ra de Dijon et les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idĂ©e qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et PsychĂ© (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thĂšme de l’amour.

 
 

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La premiĂšre piĂšce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. TirĂ© du dixiĂšme livre des MĂ©tamorphoses d’Ovide, le livret reprend la lĂ©gende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-mĂȘme sculptĂ©e. L’Amour anime la statue et le chƓur chante les louanges du dieu qui rĂšgne sur les cƓurs. La deuxiĂšme piĂšce est la troisiĂšme entrĂ©e du ballet hĂ©roĂŻque intitulĂ© Les FĂȘtes de Paphos qui est formĂ© en fait de trois ballets autonomes (VĂ©nus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et PsychĂ©), composĂ©s entre 1747 et 1758, et reliĂ©s a posteriori sous le titre de FĂȘtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une mĂȘme thĂ©matique amoureuse, ils diffĂšrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche Ă  Ă©mouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques prĂ©cises, clartĂ© des pupitres, osmose avec un plateau quasi idĂ©al
 Emmanuelle HaĂŻm, Ă  le tĂȘte de son Concert d’AstrĂ©e, fait des merveilles !
Las, la mise en scĂšne/chorĂ©graphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procĂ©dĂ© qui est de rĂ©aliser des vidĂ©os en live pour les projeter au mĂȘme moment sur des Ă©crans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variĂ©es parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contĂ©es dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La sĂ©rie de clichĂ©s sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyĂ©s pour ce qui est de la partie visuelle

La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirĂ©e !), avec d’abord un hommage appuyĂ© pour le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour Ă  tour fine et puissante, Ă©lĂ©gance du style et diction parfaite du français. Statue puis PsychĂ©, la jeune soprano colorature française Magali LĂ©ger vit les Ă©mois du sentiment amoureux sans affĂ©terie, et nous gratifie de son beau timbre dĂ©licat. Avec une voix beaucoup plus corsĂ©e, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempĂ©rament Ă  revendre en CĂ©phise puis VĂ©nus. Dans le rĂŽle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle KhourdoĂŻan fait preuve autant de sĂ©duction que d’autoritĂ©, avec des aigus aisĂ©s et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rĂŽle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en dĂ©esse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulĂ©e.
Grùce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

György Vashgyi, maßtre du Baroque Français

Artisan d’un Mondonville plus dĂ©taillĂ©, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence rĂ©jouissante de son geste : un nouvel accomplissement Ă  Budapest.

 

 

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LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clartĂ© semblable aux pionniers indĂ©modables
 Il se passe Ă©videmment plusieurs Ă©vĂ©nements intĂ©ressants en Hongrie et Ă  Budapest : depuis quelques annĂ©es, chacun de ses enregistrements est attendu et lĂ©gitimement saluĂ© (Ă©ditĂ© par Glossa : son dernier Rameau, un inĂ©dit Les FĂȘtes de Polymnie, a remportĂ© le CLIC de classiquenews 2015 pour l’annĂ©e Rameau, de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble ZaĂŻs / Paul Goussot et BenoĂźt Babel, autre CLIC de classiquenews Ă©ditĂ© par PARATY)
 Mais ici, aprĂšs la furie intensive et sensuelle de rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsRameau, le chef et ses Ă©quipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque Ă  un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIĂš, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration, un dramaturge nĂ©, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuositĂ© Ă  tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son Ă©criture fulmine, tempĂȘte, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une Ă©lĂ©gance instrumentale inouĂŻe propre aux annĂ©es 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinĂ©s aux cĂ©lĂ©brations purement liturgiques Ă  Versailles, ont Ă©tĂ© ensuite repris Ă  Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particuliĂšrement applaudie par les auditeurs du XVIIIĂš (virtuositĂ© ciselĂ©e du rĂ©cit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidĂ©o Györgyi Vashegyi ressuscite Les FĂȘtes de Polymnie Ă  Budapest (2014, avec Mathias Vidal et VĂ©ronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 Ăšme anniversaire).
Ici, György Vashegyi s’attaque Ă  4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais dĂ©fis en expressivitĂ©, Ă©quilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inĂ©dits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la rĂ©vĂ©lation du prĂ©sent double album). Le chef hongrois complĂšte astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dĂ©voilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis
 dĂšs 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitĂ©e, personnelle particuliĂšrement convaincante qui touche par son Ă©tonnante cohĂ©rence et sa suavitĂ© comme son dramatisme millimĂ©trĂ©s.

 

 

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Evidemment d’emblĂ©e cette lecture n’a ni la classe ni le souffle Ă©lĂ©gantissime d’un William Christie, – artisan inĂ©galĂ© pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscitĂ© les Grands Motets il y a donc 20 ans dĂ©jĂ . Pourtant
 ce que rĂ©alise le chef hongrois György Vashegyi relĂšve du 
 miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets Ă  laquelle il nous invite :  une interprĂ©tation qui convainc par sa sincĂ©ritĂ© et aussi sa franchise, Ă©vitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal prĂ©parĂ©s : instabilitĂ©, maniĂ©risme, sĂ©cheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possĂšde une Ă©loquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des Ă©quilibres et des Ă©tagements entre les parties qui rĂ©vĂšle et confirme une Ă©tonnante pensĂ©e globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque sĂ©quence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avĂšrent spĂ©cifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes rĂ©surrection baroques Ă  Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilitĂ© humaine, passionnante Ă  suivre ; le tĂ©nor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frĂ©mir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, Ă©blouit littĂ©ralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisĂ© et le souci de l’éloquence, est un modĂšle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilitĂ©s : il serait temps enfin qu’on lui confie des rĂŽles dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition.
Le chƓur Purcell dĂ©montre Ă  chaque production ou enregistrement initiĂ© par le chef, une science de la prĂ©cision collective, Ă  la fois autoritaire, des plus sĂ©duisantes
 sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inĂ©galĂ©s dans ce sens).
Souvenons nous de leur IsbĂ©, somptueux opĂ©ra du mĂȘme Mondonvile, ressuscitĂ© en mars dernier (2016), dĂ©couverte absolue et rĂ©jouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu Ă©couter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalitĂ© (qui prĂ©figure comme chez Rameau, la comĂ©die musicale française Ă  venir
). L’opĂ©ra donnĂ© en version de concert a Ă©tĂ© l’une des grandes rĂ©vĂ©lations de ces derniĂšres annĂ©es.

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourDe toute Ă©vidence, la sensibilitĂ© du chef György Vashegyi dispose Ă  Budapest d’un collectif admirablement inspirĂ©, avec propre Ă  sa direction, une exigence quant Ă  la clartĂ©, Ă  une absolue sobriĂ©tĂ© qui fouille le dĂ©tail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension
 sans omettre la caractĂ©risation, moins contrastĂ©e moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque Ă©pisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrĂ©sistible, d’une gravitĂ© saisissante.
Cependant la lecture de György Vashegyi dĂ©ploie de rĂ©elles affinitĂ©s avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une prĂ©cision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivitĂ© juste. Les qualitĂ©s d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poĂ©tique : car ici la virtuositĂ© de l’orchestre est au moins Ă©gale Ă  celle des voix. ‹Les spectateurs et auditeurs Ă  la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient Ă  l’Ă©glise Ă©couter Mondonville comme on va Ă  l’opĂ©ra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fuguĂ©s : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublĂ©e, davantage exaltĂ©e du Gloria Patri dans le Motet de 1734.
Cependant Ă  Budapest, l’esthĂ©tique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scĂšne, se justifie pleinement, en cohĂ©rence comme en expressivitĂ©. Vashegyi sait construire un Ă©difice musical dont la ferveur, la cohĂ©sion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particuliĂšrement impliquĂ©s, soignant chacun leur articulation 
RĂ©serve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent dĂ©timbrĂ©s et tirĂ©s : Ă  cause de ses dĂ©faillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considĂ©rablement dĂšs son grand rĂ©cit avec choeur : Magnus Dominus, dĂ©but du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son rĂ©cit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale dĂ©route et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relĂšve de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient Ă  la supervision artistique de l’enregistrement.

vashegy gyorgyi 7564019_7dd0b09a6e13299277c488951c57b2a1_wmORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que rĂ©alise le chef Ă  l’orchestre saisit par sa prĂ©cision et lĂ  encore, son sens des Ă©quilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un dĂ©faut principal dĂ©jĂ  constatĂ© dans ses prĂ©cĂ©dentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – mĂȘme si ses vocalises sont aĂ©riennes et d’une fluiditĂ© toute miellĂ©e ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consƓur Daniela Skorva, ex laurĂ©ate du Jardin des voix de William Christie (sĂ»retĂ© idĂ©ale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dĂ©voile dans la rhĂ©torique maĂźtrisĂ©e du choeur spectaculaire « Ipsi videntes  » : acuitĂ© perçante du choeur et surtout agilitĂ© prĂ©cise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgrĂ© l’Ipsi videntes prĂ©cĂ©demment citĂ© et sa fureur chorale), ne dĂ©ployant pas ce souffle expressif d’une sĂ©quence Ă  l’autre.

DEFIS RELEVÉS. La plus grande rĂ©ussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose Ă  l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (dĂ©but du Nisi ; intĂ©rioritĂ© calibrĂ©e dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt
). Vocalement, il est heureux que le chef ait dĂ©fendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa dĂ©clamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhĂ©torique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque lĂ  instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvrĂ© dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime Ă©pisode de Cantate Domino. Le Trio du mĂȘme motet s’impose comme une autre rĂ©vĂ©lation : 3 voix tĂ©moins qui touchent par leur humanitĂ© terrassĂ©e (Ad Alligandos Reges – expression de la force des Ă©lus de Dieu-, dont l’expressivitĂ© Ă  trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inĂ©dite).

VIDAL Mathias haute contre tenor francais portrait critique presentation classiquenews accueilARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivitĂ© mesurĂ©e alliĂ©es Ă  un exemplaire sens du verbe apportent un Ă©clairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur rĂ©cit non pas une dĂ©claration/dĂ©clamation sophistiquĂ©e et pĂ©dante, mais un tĂ©moignage humain, fortement individualisĂ©, Ă©clat intĂ©rieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout fĂ©minins (autant de caractĂšre distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le rĂ©cit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maĂźtrise stupĂ©fiante de MATHIAS VIDAL dans la caractĂ©risation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrĂ©s, mordants d’une intensitĂ© admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprĂ©cions justement par sa singularitĂ© propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clartĂ© exemplaire (« merces fructus ventris » ), trouvant un Ă©quilibre idĂ©al entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence
 expression la plus juste d’un texte de certitude qui cĂ©lĂšbre la gĂ©nĂ©rositĂ© divine ; Ă  ses cĂŽtĂ©s, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, prĂ©cise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernitĂ© Ă©ruptive et spectaculaire de Mondonville Ă©clate littĂ©ralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sĂ»rs, lĂ  aussi d’une prĂ©cision collective parfaite) et orchestre. Plus habitĂ© et sĂ»r sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chantĂ© sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du prĂ©sent coffret), convainc davantage (moins exposĂ© dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du gĂ©nie du Rameau de PlatĂ©e. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette sĂ©quence oĂč ils se lĂącheraient presque, alliant souffle et majestĂ©, deux qualitĂ©s qui faisaient la rĂ©ussite des Arts Flo.

vasgehyi gyorgy maitre du baroque francais review presentation critique classiquenews 7564039_49590ebf43acd665399c35834a4ee143_wmCOMPLEMENT ESSENTIEL. VoilĂ  donc un coffret qui complĂšte notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, rĂ©vĂ©lant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgrĂ© les petites rĂ©serves exprimĂ©es. De toute Ă©vidence, c’est le goĂ»t et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probitĂ©, sa passion de la clartĂ© expressive. DĂ©sormais Ă  Budapest rĂšgne une comprĂ©hension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spĂ©cifique dĂ©fendu par un connaisseur passionnant. Superbe rĂ©alisation qui rend justice au gĂ©nie de Mondonville. N’hĂ©sitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prĂ©texte pour un prochain sĂ©jour Ă  Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la citĂ© hongroise, nouveau foyer baroque Ă  suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – DurĂ©e : 43:20 + 52:47 – Enregistrement Ă  Budapest (BĂ©la BartĂłk National Concert Hall, MÜPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. TrĂšs bonne prise de son, claire, aĂ©rĂ©e, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre dĂ©fendu dans son geste et son esthĂ©tique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert Ă  Versailles est annoncĂ© au second semestre 2016, prochain Ă©vĂ©nement au concert prĂ©sentĂ© par ChĂąteau de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com

 

 

 

JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets

CD I
De profundis (1748)
01 ChƓur: De profundis clamavi
02 RĂ©cit de basse-taille: Fiant aures
03 RĂ©cit de haute-contre: Quia apud te propitiatio
04 ChƓur: A custodia matutina
05 RĂ©cit de dessus: Quia apud Dominum
06 RĂ©cit de dessus et chƓur: Et ipse redimet IsraĂ«l
07 ChƓur: Requiem éternam

Magnus Dominus (1734)
08 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Magnus Dominus
09 RĂ©cit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur
10 ChƓur: Ipsi videntes sic admirati sunt
11 RĂ©cit de dessus: Secundum nomen tuum
12 RĂ©cit de dessus et chƓur: LĂŠtetur mons Sion
13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus
14 ChƓur: Gloria Patri

CD II
Nisi Dominus (1743)
01 RĂ©cit de basse-taille: Nisi Dominus
02 Duo de dessus et basse-taille et chƓur: Vanum est vobis
03 RĂ©cit de haute-contre: Cum dederit dilectis
04 ChƓur: Sicut sagitté
05 Duo de basses-tailles: Beatus vir
06 Air de basse-taille et chƓur: Non confundetur

Cantate Domino (1742)
07 ChƓur: Cantate Domino
08 Duo de dessus: LÊtetur Israël
09 RĂ©cit de haute-contre: Adorate et invocate
10 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Laudent nomen ejus
11 RĂ©cit de dessus: Quia beneplacitum
12 RĂ©cit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria
13 ChƓur: Exaltationes Dei
14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges
15 ChƓur: Gloria Patri
16 Duo de haute-contre et basse-taille et chƓur: Sicut erat in principio

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Chantal Santon-Jeffery, dessus
Daniela Skorka, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Jeffrey Thompson, haute-contre
Alain Buet, basse-taille
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

 

 

 

Approfondir
Retrouvez le ténor Mathias VIDAL :

La Finta Giardiniera (Belfiore) Ă  l’OpĂ©ra de Rennes
30 mai – 7 juin 2016

Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon)
Ivor Bolton, direction
OpĂ©ra d’état de BaviĂšre, Munich
les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016

Le Carnaval de Venise, Campra.
Prague, le 4 août

MATHIS VIDAL en vidéo

Gala Lully Ă  la Galerie des Glaces de Versailles
Production ChĂąteau de Versailles Spectacles

Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollone (2013)

Atys de Piccinni : répétitions

Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012

LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grùce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

Compte rendu critique, opĂ©ra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : IsbĂ©, 1742. RecrĂ©ation (version de concert). Katherine Watson, Thomas DoliĂ©… György Vashegyi, direction.

koncert-20150115-13633-vashegyi-gyorgy-es-az-orfeo-zenekar-btf-original-61372Depuis presque 30 ans dĂ©jĂ , le chef hongrois György Vashegyi dĂ©fend l’interprĂ©tation baroque historiquement informĂ©e depuis Budapest ; une activitĂ© mĂ©connue ici en France et pourtant d’une acuitĂ© fĂ©conde qui compte dĂ©jĂ  de nombreuses rĂ©alisations plutĂŽt convaincantes. L’an dernier pour les cĂ©lĂ©brations Rameau, si le chef et ses troupes ne sont pas venus jusqu’Ă  Versailles, ils ont cependant ressuscitĂ© la pastorale hĂ©roĂŻque, Les FĂȘtes de Polymnie du Dijonais, grĂące Ă  un disque dĂ©sormais capitale, couronnĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS (parution de fĂ©vrier 2015). On y soulignait ce sens de la clartĂ© et de l’Ă©loquence articulĂ©e, un bel Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral (chƓur, orchestre et solistes) ; l’efficacitĂ© d’une direction soucieuse d’unitĂ© comme de cohĂ©rence. S’y dĂ©ploie le fonctionnement d’une “machine” collective, bien rodĂ©e dĂ©sormais : orchestre sur instruments d’Ă©poque (Orfeo Zenekar) et choeur formĂ© Ă  l’articulation baroque (Purcell Korus), deux effectifs complĂ©mentaires crĂ©Ă©s par le chef dĂšs ses premiers pas au concert au dĂ©but des annĂ©es 1990.

L’ex assistant de Gardiner, – celui qui fut confirmĂ© dans sa passion de Jean-SĂ©bastien Bach (il en connaĂźt chaque cantate) grĂące Ă  l’illustre Helmut Rilling (son autre mentor), prĂ©sente au MUPA, vaste concert hall de la capitale hongroise, une sĂ©rie de concerts, dans le cadre d’un festival de musique ancienne et baroque, dont mars 2016 marque la 2Ăš Ă©dition.
La France est Ă  l’honneur cette annĂ©e au MUPA (le nom du site culturel dont la gestion relĂšve de l’Etat hongrois, et qui compte en plus des cycles de musique ancienne et baroque, un musĂ©e d’art contemporain, et le lieu de rĂ©sidence du Ballet national et du Philharmonique hongrois) ; car aprĂšs l’Ă©tonnante rĂ©surrection lyrique Ă  laquelle nous venons d’assister, se tiendra en septembre 2016, un nouveau festival dĂ©diĂ© cette fois plus gĂ©nĂ©reusement Ă  la France.

 

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourISBE DE MONDONVILLE, PASSIONNANTE REDECOUVERTE. Pour l’heure en cette soirĂ©e du 6 mars dernier, c’est un chef d’oeuvre oubliĂ© du languedocien Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville (1711-1772 : soit presque l’exact contemporain du napolitain Jommelli) qui s’offre Ă  l’Ă©coute, premiĂšre mondiale ou plus justement recrĂ©ation sur instruments d’Ă©poque. Violoniste virtuose, auteur adulĂ© pour ses Grands Motets (qui ont fait la fortune du Concert Spirituel, et aussi e sujet d’une prĂ©cĂ©dente rĂ©surrection orchestrĂ©e par William Christie), Mondonville affirme un superbe tempĂ©rament dramatique, d’une indiscutable originalitĂ©, alliant puissance thĂ©Ăątrale, vitalitĂ© rythmique, grande sĂ©duction mĂ©lodique; surtout vision architecturale que son contemporain, incontournable rival, Rameau, ne possĂšde pas avec autant de maĂźtrise (on imagine dĂ©jĂ  la rĂ©sistance outrĂ©e des puristes ramistes confrontĂ©e Ă  ce nouveau jugement). De fait, le concert de Budapest confirme ce que les opĂ©ras dĂ©jĂ  connus du compositeur (Titon et l’aurore de 1753, ou Les FĂȘtes de Paphos de 1758…) ont indiquĂ© Ă  leur Ă©poque : Mondonville est un gĂ©nie du drame lyrique dont on apprĂ©cie ainsi de mesurer Ă  sa juste valeur la cohĂ©rence et l’indiscutable originalitĂ© de l’Ă©criture.

A Budapest, le chef hongrois György Vashegyi ressuscite avec cohérence

Mondonville, génie lyrique enfin révélé

 

RSBA-ThomasDolie5(C)AlixLaveau_displayADAMAS, VRAI PROTAGONISTE DE LA PARTITION DE 1742. PĂ©pite surgissant d’un plateau aux profils convenus, c’est Ă  dire vrai personnage ayant de l’Ă©paisseur psychologique, le traitement d’Adamas (baryton) annonce tous les politiques porteurs de clĂ©mence et de pardon fraternel, tels que l’opĂ©ra de la fin du XVIIIĂš saura bientĂŽt les imposer Ă  la scĂšne, selon l’idĂ©al des LumiĂšres. Bien qu’il aime IsbĂ©, le grand prĂȘtre sait maĂźtriser ses passions et point culminant de la partition, accepte de laisser la belle dans les bras d’un autre (Coridon : articulĂ© mais un peu lisse Reinoud von Mechelen : on aurait mieux suivi ici le chant plus engagĂ© d’un Mathias Vidal, autrement plus nerveux et mordant, en particulier dans la scĂšne du sacrifice oĂč les deux jeunes Ăąmes rĂ©vĂ©lĂ©es Ă  l’amour s’offrent Ă  la mort pour Ă©pargner l’autre). Si tous les personnages restent dans le mĂȘme registre expressif, Adamas se montre Ă  diffĂ©rents angles, d’une force et d’une intensitĂ© rare, aux rĂ©citatifs en majoritĂ©s accompagnĂ©s d’une exceptionnelle beautĂ© ; c’est de toute Ă©vidence lui dont l’opĂ©ra aurait du porter le nom. La tempĂȘte aux cordes, d’une inspiration et d’une fougue toute vivaldienne, s’identifie alors aux tourments intĂ©rieurs de l’amoureux impuissant : on a rarement vĂ©cu une telle assimilation d’un personnage aux forces vives de l’orchestre. Certes les plus pinailleurs regretteront une orchestration infiniment moins raffinĂ©e que Rameau (quoique), mais le souffle de l’architecture, les choix poĂ©tiques privilĂ©giant nettement le chant de l’orchestre et ses aptitudes atmosphĂ©riques affirment le saisissant gĂ©nie d’un Mondonville, d’une vraie carrure dramaturgique, gĂ©nial dans sa caractĂ©risation psychologique, Ă  redĂ©couvrir d’urgence; la couleur mĂąle, l’intĂ©rioritĂ© subtile avec lesquelles le baryton Thomas DoliĂ© (photo ci dessus) saisit son personnage, demeurent Ă©poustouflantes : un chant semĂ© de naturel et d’impact Ă©motionnel qui savent rĂ©vĂ©ler et dĂ©ployer la profondeur comme la finesse du rĂŽle. Mais, dĂ©jĂ  dans Les FĂȘtes de Polymnie (SĂ©leucus), nous avions relevĂ© la finesse de son approche, alliant Ă  la diffĂ©rence de ses partenaires, intelligibilitĂ©, relief linguistique, exceptionnelle implication dramatique, le tout, – profil du personnage oblige-, avec une noblesse de style et une intensitĂ© qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es captivantes. Le protagoniste de cette rĂ©surrection admirable, c’est lui.

A ses cĂŽtĂ©s, dolente, languissante, possĂ©dĂ©e par un dĂ©sir qui lui fait peur, l’IsbĂ© de Katherine Watson (presque tous ses airs ouvrent chacun des actes) a l’Ă©lĂ©gance d’une fĂ©minitĂ© angĂ©lique, plus lumineuse qu’ardente, dont la douceur – tragique et intense du timbre s’impose naturellement. A contrario, en coquette dĂ©lurĂ©e / dĂ©jantĂ©e, la soprano Chantal Santon se distingue tout autant en une incarnation de l’amour plus dĂ©sinvolte et insouciante. Mais on avoue ĂȘtre plus Ă©mus voire troublĂ©s par l’excellente diction de l’Ă©cossaise Rachel Redmond qui dans cette arĂ©opage de cƓurs Ă©prouvĂ©s solitaires, sait enfin exprimer l’Ă©clat rayonnant d’un amour partagĂ© qui ne se cache pas : comme Thomas DoliĂ©, Rachel Redmond touche sans limite par son exquise tendresse articulĂ©e, un timbre qui sait trouver d’ineffable rondeur dans les aigus les plus perchĂ©s. De mĂȘme la mezzo Blandine Folio-Peres, engagĂ©e percutante, fait une sorciĂšre magicienne (CĂ©phise) qui impose piquant et personnalitĂ©. ImpliquĂ©e par l’enjeu dramatique de chaque situation, l’excellent Alain Buet confirme toujours ses affinitĂ©s avec le thĂ©Ăątre baroque français : il est en Iphis un caractĂšre toujours naturellement expressif, et bonus dĂ©lectable, intelligible.

Le formidable choeur Purcell (Purcell KĂłrus) traduit la passion de son chef fondateur pour l’articulation d’un français fin, racĂ©, d’une ambition intelligible, souvent trĂšs juste.

L’orchestre de son cĂŽtĂ© (Orfeo Zenekar) en particulier les violons trĂšs exposĂ©s (Mondonville n’est pas violoniste surdouĂ© pour rien) affirme un tempĂ©rament taillĂ© pour le thĂ©Ăątre : pas d’altos mais un chƓur renforcĂ© de cordes aiguĂ«s dont l’unisson et la motricitĂ© font mouche dans toutes les vagues impĂ©tueuses d’une partition des plus vertigineuses. La tenue des bois et des vents (flĂ»tes omniprĂ©sentes) en revanche laisse clairement Ă  dĂ©sirer; la conception du drame lyrique, l’enchaĂźnement des sĂ©quences, l’agencement des scĂšnes chorales, des intermĂšdes orchestraux, l’intelligence d’une Ă©criture flamboyante mais pas creuse emporte les 3 derniers actes. Jusqu’au final amoureux, duo des deux amants enfin confessĂ©s (Coridon / IsbĂ©) qui mĂȘlĂ©s au choeur et Ă  tout l’orchestre, rejoint la fiĂšvre incandescente des Grands Motets. On peut certes regretter une direction parfois trop lisse et sage, mais le souci de l’Ă©loquence demeure l’argument le plus convaincant de cette recrĂ©ation.

 

 

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MĂȘme en version de concert (mais au juste, qu’aurait apportĂ© de plus – Ă  part la restitution visuelle des ballets et des divertissements, une production scĂ©nique?), l’ouvrage de Mondonville captive de bout en bout. IsbĂ© crĂ©Ă© en 1742 est contemporaine de la reprise d’Hippolyte et Aricie de Rameau (crĂ©Ă© en 1733), avec la restitution du fameux Trio des Parques aux impossibles vertiges harmoniques. Mondonville curieux et scrupuleux de ce que faisaient ses contemporains, met en scĂšne lui aussi un trio de voix masculines. InĂ©vitablement comparĂ© Ă  Rameau, Mondonville se distingue pourtant sans difficultĂ©s : son Ă©criture apporte un autre type d’Ă©clat, un autre point d’accomplissement d’une exceptionnelle cohĂ©rence. C’est cette unitĂ© de la vision globale qui fusionne mieux qu’ailleurs (Ballets, divertissements, intermĂšdes…) la continuitĂ© du drame, qui surprend et convainc totalement. En cela, Mondonville annonce Gluck, par son souci du drame, avant l’essor des tableaux pris sĂ©parĂ©ment.
Artistiquement cette recrĂ©ation fait mouche et montre encore l’ampleur des redĂ©couvertes possibles s’agissant du XVIIIĂš Français. C’est Ă©videmment un Ă©vĂ©nement baroque dans l’agenda 2016 et l’on attend avec impatience le disque qui prolongera cette formidable redĂ©couverte.

 

 

RecrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville (1742) au MUPA, Palais des Arts de Budapest, le 6 mars 2016.

Katherine Watson : Isbé
Reinoud Van Mechelen : Coridon
Thomas Dolié : Adamas
Chantal Santon-Jeffery : Charite
Alain Buet : Iphis, hamadryade 3
Blandine Folio-Peres : CĂ©phise
Rachel Redmond : Amour, Egy, ClymĂšne
Artavazd Sargsyan : Tircis, Hamadryade 1
KomĂĄromi MĂĄrton : Hamadryade 2

Orfeo Zenekar
Purcell KĂłrus
Vashegyi György, direction

Compte rendu, opéra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : Isbé. György Vashegy, direction. Coproduction Orfeo, CMBV.

VISITER le site du MUPA Budapest, Palais des Arts de Budapest

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigĂ©e en Hongrie par György Vashegyi

Isbé de Mondonville ressuscite à Budapest

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. IsbĂ© de Mondonville (1742, recrĂ©ation). Nouveau volet majeur des recrĂ©ations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi Ă  Budapest. Initiateur de la redĂ©couverte de Rameau Ă  Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opĂ©ra oubliĂ© du grand rival de Rameau sous le rĂšgne de Louis XV, IsbĂ© du provençal Joseph CassĂ©na de Mondonville, nĂ© languedocien (1711-1772) dont le caractĂšre flamboyant et raffinĂ© illustre aussi l’Ăąge d’or de la musique française des LumiĂšres.  En tĂ©moigne son opĂ©ra IsbĂ©, jouĂ©e en version de concert, et chantĂ© Ă  Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix Ă  suivre particuliĂšrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (IsbĂ©) et l’excellent baryton Thomas DoliĂ© (Adamas). CrĂ©Ă© en 1742, IsbĂ© est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement Ă©loquent et instrumentalement gĂ©nĂ©reux dont le gĂ©nie de la caractĂ©risation, la grande sĂ©duction orchestrale comme le sens des mĂ©lodies vocales devraient convaincre Ă  Budapest. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte d’IsbĂ© de Mondonville

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
BĂ©la Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont Ă©videmment dans le rĂŽle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le trĂšs naturel et souple baryton français Thomas DoliĂ© (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© Ă  Budapest dans Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergùre, Climùne, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Mårton Komåromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

BUDAPEST : György Vashegyi ressuscite Isbé de Mondonville (1742)

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. IsbĂ© de Mondonville (1742, recrĂ©ation). Nouveau volet majeur des recrĂ©ations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi Ă  Budapest. Initiateur de la redĂ©couverte de Rameau Ă  Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opĂ©ra oubliĂ© du grand rival de Rameau sous le rĂšgne de Louis XV, IsbĂ© du provençal Joseph CassĂ©na de Mondonville, nĂ© languedocien (1711-1772) dont le caractĂšre flamboyant et raffinĂ© illustre aussi l’Ăąge d’or de la musique française des LumiĂšres.  En tĂ©moigne son opĂ©ra IsbĂ©, jouĂ©e en version de concert, et chantĂ© Ă  Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix Ă  suivre particuliĂšrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (IsbĂ©) et l’excellent baryton Thomas DoliĂ© (Adamas). CrĂ©Ă© en 1742, IsbĂ© est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement Ă©loquent et instrumentalement gĂ©nĂ©reux dont le gĂ©nie de la caractĂ©risation, la grande sĂ©duction orchestrale comme le sens des mĂ©lodies vocales devraient convaincre Ă  Budapest. IsbĂ© est une partition contemporaine de l’ascension du compositeur, personnalitĂ© devenue incontournable du Versailles de Louis XV (comme Colin de Blamont ou Destouches, il compose aussi plusieurs ouvrages pour les Concerts de la Reine, ainsi IsbĂ© est jouĂ© devant la Reine dans ses petits appartement versaillais en juin 1742, aprĂšs les reprĂ©sentations Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique) : nommĂ© violoniste de la Chapelle et de la chambre, puis Intendant en 1744. IsbĂ© prĂ©cĂšde ses grands succĂšs lyrique tels que Le Carnaval du Parnasse (en rĂ©alitĂ© ballet hĂ©roĂŻque, 1749) et Titon et l’Aurore (1753).
On connaĂźt ses Grands Motets, rĂ©vĂ©lĂ©s par William Christie, Ă  la fois puissant et d’une bouleversante Ă©nergie funĂšbre, qui font surgir Ă  l’Ă©glise, la force expressive de l’opĂ©ra. Mondonville possĂšde le sens du drame, le sens de la grandeur et tout autant, la profondeur comme l’Ă©quilibre. MaĂźtre de chƓur de la Chapelle royale de Versailles, excellent violoniste (un portrait fameux de Maurice Quentin Latour datĂ© de 1747, fixe ses traits souriants avec l’instrument), Mondonville fournit aussi la plupart de la musique pour les concerts trĂšs prisĂ©s du Concert Spirituel. C’est une immense personnalitĂ© du monde musical de la France des LumiĂšres qui est ainsi rĂ©estimĂ©e grĂące au chef hongrois qui de rĂ©alisation en programme, ne cesse d’affirmer ses affinitĂ©s avec l’art baroque français.

 

 

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
BĂ©la Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont Ă©videmment dans le rĂŽle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le trĂšs naturel et souple baryton français Thomas DoliĂ© (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© Ă  Budapest dans Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergùre, Climùne, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Mårton Komåromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

Reportage vidĂ©o. RIO de JANEIRO (BrĂ©sil): Bruno Procopio jouer Mondonville avec l’orchestre baroque de l’UniversitĂ© (UNIRIO)

procopio-mondonville-rio-septembre-2015Reportage vidĂ©o. RIO de JANEIRO (BrĂ©sil): Comment jouer Mondonville Ă  RIO ?LES FRANCAIS BAROQUES A RIO… PĂ©dagogue et passeur hors-pair, entre deux mondes, le chef et claveciniste Bruno Procopio joue Mondonville avec l’orchestre baroque de l’UniversitĂ© (UNIRIO). Reportage vidĂ©o. En septembre 2015, le chef et claveciniste Bruno Procopio pilote la rencontre pĂ©dagogique entre le CMBV et les instrumentistes de l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio de Janeiro. Jouer Mondonville et Leclair Ă  Rio… les musiciens baroques français au BrĂ©sil. Une expĂ©rience transculturelle et pĂ©dagogique exceptionnelle. Reportage vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.COM 2016. RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham. Avec le soutien du Bureau Export

Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault à Rio

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014L’ADN des Arts Florissants. Dans un programme qui correspond Ă  l’ADN des Arts Florissants, William Christie, inĂ©galable, irremplaçable chez Rameau et dans le genre du Grand Motet français (car c’est lui qui en a proposĂ© en pionnier dĂ©fricheur les enregistrements les plus exaltants Ă  ce jour), offre ici un remarquable concert sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles. Le dĂ©cor pierre et or du vaisseau architectural, dernier chantier du chĂąteau de Louis XIV, s’accorde idĂ©alement aux oeuvres aussi spectaculaires et virtuoses que raffinĂ©es et intĂ©rieures, signĂ©es Rameau et Mondonville. Le premier Dijonais, le second Narbonnais permettent au XVIIIĂš, l’essor inouĂŻ du genre, crĂ©Ă© et enrichi au XVIIĂš comme l’Ă©quivalent français de la cantate germanique : mais avec Rameau, la forme saisit par sa dĂ©mesure, son Ă©lĂ©gance, sa majestĂ©, sa poĂ©sie exubĂ©rante, d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e qui montre, avant son premier opĂ©ra de 1733 (le fabuleusement scandaleux Hippolyte et Aricie), sa maturitĂ© musicale, dĂ©jĂ  prĂȘte pour traiter et rĂ©former l’opĂ©ra. De son cĂŽtĂ©, Mondonville, son cadet (nĂ© en 1711 quand Rameau est nĂ© en 1683), a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie en un disque lĂ©gendaire (enregistrĂ© en 1997) qui fut dĂ©cisif pour l’estimation juste du compositeur et qui dĂ©jĂ  regroupait ses 3 Grands Motets. De fait, alterner les deux compositeurs, montrent les secrets de leur rĂ©ussite toujours vivace (cf les applaudissements et l’enthousiasme du public Ă  la fin du concert) : flamboyance de la forme, extrĂȘme raffinement de l’orchestration, noblesse et humanitĂ© des mĂ©lodies, sans omettre un dramatisme thĂ©Ăątral dans l’illustration des images narratives imposĂ©es par le texte de l’Ancien Testament ainsi mis en musique. Ici, aux images des textes convoquant le miracle et le surnaturel divin rĂ©pond une musique idĂ©alement inspirĂ©e.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieL’opĂ©ra Ă  l’église. Entre spectaculaire surnaturel et audace stylistique, l’exemple le plus significatif en serait dans In exitu Israel (Psaume 113, 1753 de Mondonvile), l’Ă©pisode flamboyant de la fuite de la mer et de la remontĂ©e des eaux du Jourdain : une sĂ©quence qui convoque tous les effets de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise et exprime au plus prĂšs le spectacle impressionnant des phĂ©nomĂšnes surnaturels dĂ©crits par la Bible, eux-mĂȘmes signes de la volontĂ© divine : Mondonville s’y distingue nettement par son imagination fertile, intensĂ©ment dramatique, portĂ©e par l’Ă©loquence foisonnante de l’orchestre et surtout la parole exacerbĂ©e, agissante du choeur dont William Christie favorise en maĂźtre absolu de ce rĂ©pertoire, la fluiditĂ© mordante, l’engagement bondissant et dansant qui font du grand Motet, son immense succĂšs au Concert Spirituel (dont Mondonville Ă©tait le chef d’orchestre). La houle chorale convoque des effets qui pourraient ĂȘtre ceux d’une tempĂȘte ou d’un tonnerre Ă  l’opĂ©ra : le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments marins et fluviaux du Psaume 113 (moins de 3 mn de suractivitĂ© chorale inĂ©dite), sont d’ailleurs prĂ©figurĂ©s dĂšs le Motet de Mondonville que jouent prĂ©cĂ©demment Les Arts Florissants (Elevaverunt flumina du Dominus Regnavit). L’exultation collective accordĂ©e Ă  un remarquable souci du verbe, son intelligibilitĂ© comme sa couleur et son caractĂšre, laisse le public littĂ©ralement 
 sans voix. Et quand succĂšde aux accents choraux, le suave larghetto en rondeau pour haute-contre : “Montes exultaverunt”, d’une grĂące aussi Ă©lĂ©gante que naturelle, la sincĂ©ritĂ© Ă©lĂ©gantissime qu’y affirme Cyril Auvity, rappelle combien ici, alliance idĂ©alement rĂ©alisĂ©e, on verse constamment entre dramatisme Ă©pique et priĂšre individuelle. D’autant que dans cet Ă©pisode pour voix soliste, les images du texte ne manquent non plus d’intensitĂ© ni d’invention visuelle (“les monts sautĂšrent comme des bĂ©liers”)…

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieRameau superlatif. MĂȘme affinitĂ© superlative avec les deux Grands Motets de Rameau (Quam dĂ©lecta puis In convertendo) : si Mondonville bĂ©nĂ©ficie de la voie dĂ©jĂ  ouverte par son aĂźnĂ©, Jean-Philippe, de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, rĂ©invente dĂ©jĂ  tout un vocabulaire dont on a toujours pas bien mesurĂ© la modernitĂ©, l’insolente audace, le clair esprit d’expĂ©rimentation formelle… comme Monteverdi en 1611 quant il concevait le vaste laboratoire musical et sacrĂ©, et lui aussi si thĂ©Ăątral des VĂȘpres de la Vierge. Rameau n’est pas encore cĂ©lĂšbre et n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras mais comme organiste de nombreuses paroisses (Dijon, Clermont, Saint-Etienne, Lyon), il a l’occasion de faire valoir sous la voĂ»te, sa prodigieuse inventivitĂ© et un tempĂ©rament dĂ©jĂ  taillĂ© pour le thĂ©Ăątre.

L’argument de ce soir outre le trĂšs haut degrĂ© d’implication partagĂ©e par tous les interprĂštes, demeure la collaboration des jeunes chanteurs laurĂ©ats des derniĂšres promotions du Jardin des voix : preuve Ă©loquente que « Bill » (qui a toujours eu une longueur d’avance) a eu raison de dĂ©fendre Ă  Caen un projet unique en France : assurer la relĂšve du chant baroque français oĂč aux cĂŽtĂ©s de la beautĂ© du timbre, ne comptent que deux Ă©lĂ©ments essentiels : intelligibilitĂ© linguistique, souplesse vocale. Ici rayonnent en particulier deux voix ardentes, juvĂ©niles, d’une intensitĂ© miraculeuse (et si bien employĂ©e tout au long du programme) : le soprano angĂ©lique, comme touchĂ© par la grĂące de l’Ă©cossaise Rachel Redmond (irrĂ©sistible dĂšs le premier verset de Quam dilecta tabernacula tua… comme dans l’accomplissement du Testimonia tua du Domine Regnavit de Mondonville), et la jeune basse française, Cyril Costanzo (lequel fait aussi toute la rĂ©ussite du dernier cd des Arts Florissants intitulĂ© Le Jardin de Monsieur Rameau, aux cĂŽtĂ©s de sa consoeur mezzo, absente ce soir, mais aussi rĂ©vĂ©lation du disque : Emilie Renard. Le cd Le Jardin de monsieur Rameau est CLIC de classiquenews). La franchise du timbre (Domine Deus virtutum exaudi… du mĂȘme Quam dilecta ; puis Magnificavit Dominus agere nobiscum… le Seigneur nous a glorifiĂ©s…), l’Ă©lĂ©gance naturelle du style, la volontĂ© de s’exprimer vers le public, comme la complicitĂ© (In convertendo : Trio vocal du Qui seminant in lacrimis…), et le plaisir du chanter ensemble, sont exemplaires et hautement dĂ©lectables. Ces deux tempĂ©raments Ă  suivre, incarnent l’esprit de famille et cette excellence qui constituent aujourd’hui, comme depuis toujours, l’identitĂ© artistique des Arts Flo.

Christie_William_dirigeant_rameau_faceD’une prĂ©sence habitĂ©e, chantant tous les textes avec ses musiciens et chanteurs, Bill renouvelle le miracle de ses disques pourtant antĂ©rieurs de plus de 10 ans
 Mais le Maestro dĂ©fend aussi un Mondonville d’une majestĂ© finement caractĂ©risĂ©e : qui saisit immĂ©diatement par la puissance trĂšs incarnĂ©e du choeur dont il obtient toutes les nuances expressives requises, ciselant l’articulation du texte au souffle impĂ©rieux comme l’intĂ©rioritĂ© du mystĂšre qui semble s’incarner dans le chant (trio masculin d’Etenim firmavit orbem terrae… “Car il a affermi le vaste corps de la terre”…).

Connaisseur depuis des annĂ©es de cette esthĂ©tique, entre opĂ©ra et intense ferveur, Bill se rĂ©vĂšle d’une absolue sincĂ©ritĂ© : articulant et ciselant la complexe architecture des Grands Motets, soulignant aussi tout ce qu’ils ont en commun. Rameau y laisse les traits dĂ©sormais inestimables de son jeune gĂ©nie musical ; Mondonville parfois plus sĂ©ducteur et donc plus dĂ©monstratif sait poursuivre le brio du MaĂźtre, dans la noblesse et la sincĂ©ritĂ©.

chapelle-concert-gauchePour conclure une soirĂ©e mĂ©morable, le chef fondateur des Arts Florissants joue un extrait de Castor et Pollux puis Tendre amour des Indes Galantes (par l’orchestre et le choeur) de Rameau : dernier geste nourri d’une exquise tendresse et qui rappelle la clĂ© de ce concert entre majestĂ© et sincĂ©ritĂ© : l’amour triomphant. Ce que rĂ©alise William Christie qui conquis par l’enthousiasme du public, lui adresse, bouquet en mains, un baiser imprĂ©vu, fraternel. Les concerts Ă  la Chapelle royale de Versailles sont parfois des expĂ©riences inoubliables. De toute Ă©vidence, celui ci en fait partie.

Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au XVIIĂšme en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du rĂšgne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un rĂšgne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumiĂšre la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe aprĂšs Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chƓur (si articulĂ©s et puissants) et instrumentistes (Ă©quilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intĂ©rĂȘt croissant du public, il est liturgique certes mais bientĂŽt jouĂ© pour les Ă©vĂ©nements religieux mais pas que (dynastiques et militaires
), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les acadĂ©mies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et mĂȘme symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirĂ©s par son langage et sa syntaxe : de la fin du rĂšgne de Louis XIV aux LumiĂšres, les enregistrements rĂ©alisĂ©s par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIĂšme : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre Ă©criture, spectaculaire, sincĂšre, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme Ă  l’opĂ©ra, une maĂźtrise remarquable des grands effectifs. NĂ©s en 1660, quinquas Ă  la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur trĂšs personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil Ă  Nancy, telle une formidable supplique au Souverain
 geste implorant et subtilement dĂ©monstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses VĂȘpres de la Vierge pour susciter l’intĂ©rĂȘt et la protection du Pape
 Pas de meilleur cadre fertile et Ă  fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacitĂ©s. De fait, Louis XIV les apprĂ©cia et Desmarets put ĂȘtre fier de gagner cette Ă©preuve musicale.

Campra, mort en 1744 succĂšde Ă  Lalande comme sous-maĂźtre de chapelle Ă  Versailles en 
 1723.  Il est dĂ©jĂ  sexagĂ©naire : il recycle alors nombre de grands motets initialement Ă©crits pour les CathĂ©drales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNĂ© en 1683, dĂ©cĂ©dĂ© il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et rĂ©formateur Rameau, en son gĂ©nie expĂ©rimental, « ose » le genre Motet avant l’opĂ©ra : de fait, ses Grands Motets, probablement composĂ©s pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des Ă©vĂ©nements encore imprĂ©cis, attestent de sa maestriĂ  alors mĂȘme qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixĂ© Ă  Paris (1722) : harmonie audacieuse, Ă©criture chorale Ă©poustouflante, airs italianisants d’une virtuositĂ© jamais vue jusque lĂ , les Grands Motets de Rameau Ă©tonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalitĂ©.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂȘtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire, quasiment oubliĂ© avant qu’il ne s’y soit penchĂ©, William Christie saisit ici par la cohĂ©rence d’une regard qui s’étend sur des dĂ©cennies et que le coffret dans son exhaustivitĂ© recouvrĂ©e met en lumiĂšre : Ă  partir des annĂ©es 1990, le fondateur des Arts Florissant se dĂ©voue de toute son Ăąme Ă  la restitution complĂšte des Motets Ă  grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise thĂ©Ăątral qui sait aussi prĂ©server la profondeur voire l’humaine sincĂ©ritĂ© des partitions. DĂšs 1994, ses Grands Motets de Rameau Ă©tonnent par leur dĂ©mesure flamboyante, leur autoritĂ© harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulĂ©s, cohĂ©rents, dĂ©clamatoires
 saisissants. MĂȘme rĂ©ussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville 
 dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les Ɠuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractĂ©risation qui ne dĂ©pare pas aux cĂŽtĂ©s de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualitĂ© des Ă©critures rĂ©vĂ©lĂ©es, Bill l’enchanteur ressuscite ce thĂ©Ăątre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les piĂšces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’Ɠuvre dĂ©cisive d’un chef de premier plan, sachant rĂ©unir autour de lui, une Ă©quipe inspirĂ©e, habitĂ©e, convaincante de bout en bout. Outre la majestĂ©, les Arts Florissants ici Ă  leur meilleur, ont la grĂące et l’humanitĂ© : une offrande interprĂ©tative qui Ă©blouit encore.  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournĂ©e en 2014 dans un programme mĂȘlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse lĂ  encore comprenant quelques uns des derniers laurĂ©ats du Jardin de Voix, l’acadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie et qui en rĂ©sidence tous les deux ans au ThĂ©Ăątre de Caen) : le 2 octobre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris, le 7 octobre Ă  la Chapelle royal de Versailles