Compte-rendu : Toulouse. La Halle aux Grains, le 24 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Airs, mélodies et extraits d’opéra. Rolando Villazon, ténor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov…

rolando villazon portrait faceRolando Villazon, ténor auréolé d’un succès planétaire, s’est lancé dans une tournée européenne. Il interprète  plusieurs airs d’opéra verdiens pour rendre hommage au compositeur et lui a consacré son dernier CD chez DG. Il a rencontré à Toulouse le même succès, tant le charme de l’homme, sa générosité, son engagement forcent l’admiration.
Le succès public est là, indiscutable. Les moyens employés ne sont pas toujours musicaux. Certes, la voix reste solaire, homogène sur toute la tessiture avec un vibrato maitrisé. Le souffle est immensément long permettant de dessiner de belles lignes. Le ténor ne résiste pas aux effets d’alanguissement discutables en fin de phrase. Le texte est parfaitement dit, avec une intelligence inhabituelle dans ces rôles de ténors du premier Verdi.

 

 

Romance divine de Rolando Villazon

 

Le choix des airs est extrêmement prudent. Jamais aucune sollicitation de la quinte aiguë, des graves ménagés par une orchestration encore rudimentaire, évitent toute mise en danger. Oronte, Corrado, Riccardo (Oberto), Rodolfo (Luisa Miller)  et Macduff (Macbeth) dans les airs choisis ne sont pas, loin s’en faut, des rôles écrasants. Le charme de Rolando Villazon a donc pu opérer.
Vocalement, le timbre n’a plus les harmoniques fauves qui en début de carrière évoquaient le Grand Domingo. Où sont passées les couleurs variées et les nuances que nous lui connaissions ? Dans ces airs, héritage du « bel canto », les vocalises sont un peu savonnées et les appuis vocaux pas toujours subtiles. Seuls les airs de Luisa Miller et de Macbeth, mieux connus du public, permettent une comparaison ; pas toujours à l’avantage du ténor franco-Mexicain. Sans parler des enregistrements avec Carreras, Domingo et Bergonzi des opéras de jeunesse de Verdi… Du point de vue purement vocal, le bilan est donc assez mitigé.
Les pièces d’orchestre ont inévitablement rempli le temps, comme il est d’usage lors d’un récital de petite dimension, permettant au soliste de récupérer. L’agacement ou l’ennui n’ont pu être évités. Le manque de nuances et de couleurs orchestrales ont été bien trop assorties au chant du ténor…. sans sa musicalité dans les phrasés.
Une vraie découverte inattendue est venue des mélodies de jeunesse de Verdi orchestrées avec intelligence et malice par Luciano Berio. Le charme de la romance agit et Rolando Villazon y est exquis. Le texte ainsi détaillé, l’orchestration surprenante de Berio, relancent toujours l’intérêt. Berio ira jusqu’à suggérer l’orchestre de Lohengrin ou d’Otello dans ces modestes mélodies de salon qui ici atteignent un niveau d’intérêt insoupçonnable.  Les bis offerts ont complété cette découverte, car Luciano Berio en a orchestré huit en 1991. C’est là que se situe le plus bel hommage à Verdi et la réussite de cet étrange récital.
Je ne détaillerai pas le dernier bis, où une choppe de bière à la main, le ténor vante les joies de la boisson… avant de la vider d’un trait…!

Toulouse. La Halle aux Grains,  le 24 juin 2013.  Giuseppe Verdi (1843-1901) ; Nabucco : Ouverture ;  I Lombardi : La mia letizia infondere (Oronte) ; I masnadieri : Prélude ; Il corsaro : Eccomi prigioniero! (Corrado) ; Luisa Miller : Overture ; Quando le sere al placido (Rodolfo) ; Otello : Prélude ;  Oberto : Ciel, che feci!… Ciel pietoso (Riccardo) ; Macbeth : Baletti ; O figli, o figli miei! ( Macduff)… Ah! la paterna mano (Macduff) ;  I vespri siciliani : Ouverture ; Mélodies orchestrées par Luciano Bério en 1991: Il mistero - Deh, piestoso o addolorata - L’esule  ; Rolando Villazon, ténor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov, direction.

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