CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (Nézet-Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (Nézet-Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et piloté par le chef Yannick Nézet-Séguin et le ténor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le déjà quatrième opus sur les 7 ouvrages de maturité initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinités mozartiennes du chef québécois né en 1975,et qui poursuit son irrépressible ascension : il vient d’être nommé directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques réserves, la tenue générale, vivace, qui exprime et la vérité des profils et l’ivresse rythmée de cette journée étourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod à Baden Baden (Festival de Pentecôte 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvénile et adolescente irrésistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune épouse mariée trop tôt et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine….). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en révélant l’essence adolescente avec une grâce et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en délicatesse d’une aube tendre et angélique à jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrémédiablement évanoui : déchirante prière d’une âme à la mélancolie remarquablement énoncée. Ce seul air mérite les meilleures appréciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement à la plupart de ses consÅ“urs, le charme, la noblesse, la subtilité et… surtout le caractère et l’âge du personnage. Inoubliable incarnation (même charme à la langueur irrésistible dans le duo à la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses côtés, deux autres chanteuses sont du même niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mûre) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilité de son ultime air avec récitatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella… »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempérament de feu dans le rôle travesti de Chérubin. Les 3 artistes éblouissent à chacune de leur intervention et dans les ensembles. Même Regula Mühlemann fait une Barberine touchante (cherchant son épingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semés tout au long de l’action) au début du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick Nézet Séguin respecte l’ordre originel des airs et séquences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : épatante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est éraillé), et le grand récit de Basilio (sur l’art bénéfique de se montrer transparent : « In quagli anni », chanté par un Rolando Villazon, malheureusement trop outré et maniéré, cherchant a contrario de tout naturel à trouver le détail original qui tue ; cette volonté de faire rire (ce que fait le public de bonne grâce) est étonnante puis déconcertante ; dommage (rien à voir avec son chant plus raffiné dans l’Enlèvement au sérail, précédemment édité). Face à lui, le Curzio de Jean-Paul Fauchécourt est mordant et vif à souhait, soulignant la verve de la comédie sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sérieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgré la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une précision à peine audible (même si l’orchestre est placée derrière les chanteurs selon le dispositif du live à Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant à lui, trop peut-être avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policés, mieux nuancés (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journée à perdre haleine avec la couleur trépidante, ronde du pianoforte dans récitatifs et airs ; pourtant jamais précipitée, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick Nézet-Séguin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivité souple assure le liant de ce festival enfiévré qui marque en 1786 la première coopération entre Da Ponte et Mozart, inspirés par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties féminines, – le sommet en étant la subtilité adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grâce à la vivacité nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mérite tous les éloges. Au regard des accomplissements ainsi réalisés, les réserves émises ne sont que broutilles face à la cohérence d’ensemble. Saluons donc la réussite collective de ce 4è Mozart à ranger au mérite du duo d’initiateurs Nézet-Séguin et Villazon à Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula Mühlemann, Jean-Paul Fauchécourt, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon… Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick Nézet Séguin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pétaradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du Montréalais Yannick-Nézet Séguin récemment nommé directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncées ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistré de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le ténor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opéras de la maturité. Villazon on l’a vu, se refait une santé vocale au cours de ce voyage mozartien, réapprenant non sans convaincre le délicat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivité des inflexions, l’art des nuances et des phrasés souverains… une autre écoute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes à Baden Baden sont placés derrière les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’Enlèvement au sérail (qui a révélé le chant millimétré du jeune ténor Paul Schweinestet dans le rôle clé de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intérieur et suave porté par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clôt ainsi la trilogie des opéras que Mozart a composé avec l’écrivain poète ?
La distribution regroupe des tempéraments prêts à exprimer l’esprit de comédie et ce réalisme juste et sincère qui font aussi des Nozze, l’opéra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rôle clé de Susanna… les rôles masculins promettent d’autres prises de rôles passionnants à suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maître de musique, et Jean-Paul Fouchécourt, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilités invitées à sublimer l’expressivité de deux rôles moins secondaires qu’on l’a dit…).
Quelle cohérence vocale ? Quelle réalisation des situations psychologiques à travers les 4 actes ? Quelle conception à l’orchestre ? On sait combien l’opéra de Mozart et da Ponte a transfiguré la pièce de Beaumarchais dans le sens d’une libération des individualités, dans l’esprit d’une comédie réaliste parfois délirante où perce la vérité des caractères. Yannick Nézet-Séguin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces défis ? Réponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par Nézet-Séguin et Villazon, à paraître dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncée le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complètes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement. Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle.

 

 

(1) Sony classical a publié Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncé courant dernier quadrimestre 2016

CD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon)

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon). Rolando retour au bel canto… prolongeant ou approfondissant son exploration récente dans Mozart, qui est, tous les grands chanteurs le savent, un baume pour les voix, Rolando Villazon éprouve les défis du bel canto : bellinien, verdien, donizettien, s’accordant aussi la légèreté érudite du dernier Rossini. Plus qu’une épreuve, ce récital libère un chant maître de ses effets : plus économes, plus précis aussi dont plus touchant. Timbre flexible, aigus couverts et timbrés, parfois serrés, mais l’intonation cherchant à servir le texte rien que le texte et pas l’expressivité… font ici la réussite totale de ce récital qui signe le grand retour du ténor mexicain. Nous l’avions quitté chez Mozart, dans L’Enlèvement au sérail où nouveau jalon de l’intégrale en cours avec son complice à Baden Baden, le chef Yannick Nézet-Séguin, il chantait la partie de Pedrillo, plutôt fort bien : les mêmes qualités se retrouvent ici dans le sens (méritant) de la mesure, de l’élégance, écartant tout clin d’oeil ou pochade dans un surjeu douteux : les quatre mélodies d’ouverture de Bellini permettent de chauffer en douceur et en intensité réservée, une voix qui sait se reconstruire dans le respect précis et sobre du texte (belle douceur mozartienne du mini drame Torna, vezzosa Filide… y compris dans sa dernière séquence plus passionnelle et dramatique où le berger trahi, crie et pleure l’absence du cher visage de Phyllis) : le chef et l’orchestre florentin savent se mettre au diapason de cet chant direct, sobre, sincère, sans effets factices.

Le récital enregistré en septembre 2014, il y a donc un an, après son Pedrillo précité, confirme donc une régénération salutaire et même prometteuse : que le chanteur reprenne le chemin des grandes prises de rôles, c’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Bellini, Verdi, Rossini, trois mélodistes pour une résurrection vocale

Grand retour de Villazon par le chant romantique

Comme s’il devait se ménager, le ténor retrouve une certaine candeur, une fraîcheur stylistique qui lui permet de phraser et de colorer avec un tact stimulant. Le pas vers une expressivité plus franche et sauvage (comparée à la distinction et la finesse du bel canto bellinien) est évidemment clairement réalisé dans les 4 Verdi, dont la première mélodie (Deh, pietoso, o Addolorata…) celle d’un coeur amoureux désespéré s’adressant à la Vierge miséricordieuse et compatissante permet un contrôle tout aussi intelligent des possibilités : expressif et proche du texte (d’après Goethe), plutôt que démonstratif et exclamatif. L’expérience du chanteur se ressent dans ce geste contrôlé en permanence qui évite les débordements du pathos. Le feu ardent, intérieur, lui aussi mesuré en surface mais dévorant, et culminant dans l’enfouissement reste l’emblème de ce récital très incarné, mais habité dans l’introspection : la dernière mélodie verdienne est à ce tire emblématique de cette acuité vocale, intensité incandescente qui pourrait se déverser mais sait grâce au style du ténor, mesurer, et canaliser son élocution : la maîtrise du nouveau Villazon s’expose avec vérité et sincérité dans la confession de l’amant qui avoue ainsi son terrible secret (le titre de la séquence) : un torrent de feu qui le consume de l’intérieur. Ce Mistero, sur un texte de Felice Romani, le librettiste de Bellini, assurant ainsi le passage de Bellini à Verdi) recueille tous nos suffrages pour son économie et son intensité rentrée qui dans une projection franche pourtant, reste toujours souple et phrasée. La classe qui révèle en Villazon, un grand diseur.

CLIC D'OR macaron 200A mi chemin au sein du récital, que donnent ses Donizetti, apôtre d’un réalisme parfois sauvage ? L’amor funesto conserve un style impeccable : ni ports de voix impétueux, ni effets de gorge ni appuis surexpressifs… Le ténor nous gratifie de la Mère et l’Enfant chanté en français, une séquence conçue dans le registre larmoyant mais digne. Même si l’air semble trop grave pour le chanteur, sa gestion du souffle, la pureté de la ligne, l’expressivité très mesurée, et des aigus nets et perçants (Du pain, du pain pour mon enfant), avec certes un abattage très accentué (mais cela fait partie de son charme) font toute l’intensité de son interprétation, s’agissant de l’une des rares mélodies françaises de Donizetti, à écouter en urgence.

Les Rossini permettent de conclure ce récital avec toute la subtilité dont est capable le compositeur romantique épris de finesse et de subtilité : le chef et l’orchestre s’accordent et réservent un tapis instrumentalement raffiné qui porte de toute évidence le chant toujours sobre du ténor (L’éxilé) ; jouant de façon très efficace des registres poétiques, la noblesse et l’héroisme de façade n’étant jamais éloignés d’une certaine couleur facétieuse, Rossini excelle dans la mélange des genres, mine de rien : une érudition très inspirée qui sied idéalement à Villazon.

 

 

Villazon tresures of bel canto cd review critique compte rendu CLASSIQUENEWS  CLIC de classiquenews octobre 2015 Rolando-Villazón-720x400Plus exposé dans La Danza, mais sur un tempo allegro ma non troppo, le ténor soigne son articulation, évitant soigneusement les cracs, exprimant ce vertige de la danse la plus féline, essor d’une voluptueuse extase où la frénésie sait garder le cap. Propre aux délicieux Péchés de vieillesse, Villazon, empruntant les chausses du ménestrel enamouré à Elvira, se met au diapason de la verve toute en finesse d’un Rossini souvent imprévisible et toujours d’une séduction irrésistible. Villazon sans appuyer, sans forcer, sans démontrer nous offre ce sentiment d’abandon, d’ivresse, de plénitude voluptueuse (accordé à la harpe) là aussi avec un style simple, réellement délectable. Du grand art.
Presque moqueur pour son duo d’amoureux, pour lequel Villazon est rejoint par Cecilia Bartoli, La Tiranna pour deux voix : Les Amants de Séville, chanté en français, sonne très opéra comique. La finesse millimétrée des deux solistes qui soignent la fusion des timbres, éclairent cet humour insigne du dernier Rossini. On ne peut imaginer meilleurs diseurs en français dans cet épisode d’une finesse amusée, qui semble parfois railler le genre amoureux. La délicatesse et le souci de simplicité que préserve toujours Rolando Villazon font la réussite de ce récital admirable en tout point, vrai indice de sa nouvelle santé vocale, de son style d’une intelligence recouvrée. Bravissimo !

 

 

 

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto. Mélodies avec orchestre de Bellini, Verdi, Donizetti, Rossini. Avec Cecilia Bartoli, mezzo soprano (Rossini). Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino. Marco Armiliato, direction. Enregistré à Florence en septembre 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4959.

 

 

 

Compte-rendu : Toulouse. La Halle aux Grains, le 24 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Airs, mélodies et extraits d’opéra. Rolando Villazon, ténor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov…

rolando villazon portrait faceRolando Villazon, ténor auréolé d’un succès planétaire, s’est lancé dans une tournée européenne. Il interprète  plusieurs airs d’opéra verdiens pour rendre hommage au compositeur et lui a consacré son dernier CD chez DG. Il a rencontré à Toulouse le même succès, tant le charme de l’homme, sa générosité, son engagement forcent l’admiration.
Le succès public est là, indiscutable. Les moyens employés ne sont pas toujours musicaux. Certes, la voix reste solaire, homogène sur toute la tessiture avec un vibrato maitrisé. Le souffle est immensément long permettant de dessiner de belles lignes. Le ténor ne résiste pas aux effets d’alanguissement discutables en fin de phrase. Le texte est parfaitement dit, avec une intelligence inhabituelle dans ces rôles de ténors du premier Verdi.

 

 

Romance divine de Rolando Villazon

 

Le choix des airs est extrêmement prudent. Jamais aucune sollicitation de la quinte aiguë, des graves ménagés par une orchestration encore rudimentaire, évitent toute mise en danger. Oronte, Corrado, Riccardo (Oberto), Rodolfo (Luisa Miller)  et Macduff (Macbeth) dans les airs choisis ne sont pas, loin s’en faut, des rôles écrasants. Le charme de Rolando Villazon a donc pu opérer.
Vocalement, le timbre n’a plus les harmoniques fauves qui en début de carrière évoquaient le Grand Domingo. Où sont passées les couleurs variées et les nuances que nous lui connaissions ? Dans ces airs, héritage du « bel canto », les vocalises sont un peu savonnées et les appuis vocaux pas toujours subtiles. Seuls les airs de Luisa Miller et de Macbeth, mieux connus du public, permettent une comparaison ; pas toujours à l’avantage du ténor franco-Mexicain. Sans parler des enregistrements avec Carreras, Domingo et Bergonzi des opéras de jeunesse de Verdi… Du point de vue purement vocal, le bilan est donc assez mitigé.
Les pièces d’orchestre ont inévitablement rempli le temps, comme il est d’usage lors d’un récital de petite dimension, permettant au soliste de récupérer. L’agacement ou l’ennui n’ont pu être évités. Le manque de nuances et de couleurs orchestrales ont été bien trop assorties au chant du ténor…. sans sa musicalité dans les phrasés.
Une vraie découverte inattendue est venue des mélodies de jeunesse de Verdi orchestrées avec intelligence et malice par Luciano Berio. Le charme de la romance agit et Rolando Villazon y est exquis. Le texte ainsi détaillé, l’orchestration surprenante de Berio, relancent toujours l’intérêt. Berio ira jusqu’à suggérer l’orchestre de Lohengrin ou d’Otello dans ces modestes mélodies de salon qui ici atteignent un niveau d’intérêt insoupçonnable.  Les bis offerts ont complété cette découverte, car Luciano Berio en a orchestré huit en 1991. C’est là que se situe le plus bel hommage à Verdi et la réussite de cet étrange récital.
Je ne détaillerai pas le dernier bis, où une choppe de bière à la main, le ténor vante les joies de la boisson… avant de la vider d’un trait…!

Toulouse. La Halle aux Grains,  le 24 juin 2013.  Giuseppe Verdi (1843-1901) ; Nabucco : Ouverture ;  I Lombardi : La mia letizia infondere (Oronte) ; I masnadieri : Prélude ; Il corsaro : Eccomi prigioniero! (Corrado) ; Luisa Miller : Overture ; Quando le sere al placido (Rodolfo) ; Otello : Prélude ;  Oberto : Ciel, che feci!… Ciel pietoso (Riccardo) ; Macbeth : Baletti ; O figli, o figli miei! ( Macduff)… Ah! la paterna mano (Macduff) ;  I vespri siciliani : Ouverture ; Mélodies orchestrées par Luciano Bério en 1991: Il mistero - Deh, piestoso o addolorata - L’esule  ; Rolando Villazon, ténor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov, direction.

Télé,Arte. Rolando Villazon chante L’Elixir d’Amour de Donizetti, le 24 décembre à 20h50

Télé, Arte: R. Villazon chante Nemorino,le 24 décembre,20h50

Rolando Villazon chante Nemorino de l'Elixir d'amour de Donizetti, sur Arte

Ce soir: Noël sur Arte

Rolando Villazon chante et met en scène Nemorino

Pour Noël 2012, Arte joue la carte de la comédie sensible et subtile grâce à L’Elixir d’amour de Donizetti: ardeur, ferveur, passion amoureuse dont le sommet vocal est l’air célébrissime, pathétique et sincère: Una furtiva lagrima… toute la palette requise par le rôle de Nemorino, le fiancé éconduit, permet à Rolando Villazon de reconquérir les feux de la rampe. S’il n’en fait pas trop, ne sacrifiant pas la justesse et la finesse sur l’autel de la seule performance à tout craint, l’illustre rescapé du chant lyrique (de retour après une retraite vocale obligée due à l’usure de sa voix en 2009) devrait illuminer le personnage conçu par Donizetti et son libretiste Felice Romani.
Entre gags et citations hollywoodiennes pas toujours mesurées, la mise en scène est réalisée par le ténor lui-même: l’action se déroule sur le plateau d’un tournage, celui d’un western des années 1940, riche en référence à John Ford. Nemorino aime Adina, diva inacessible qui se joue des sentiments du jeune homme… La force de la partition tient au portrait très affiné des deux protagonistes: Nemorino/Adina: la tendresse voisine avec le cynisme en un marivaudage où les illusions feintes et les quiproquos éprouvent les cÅ“urs les plus sensibles… jusqu’au dénouement où triomphe la vérité des sentiments.

arteDonizetti: L’Elixir d’amour. Rolando Villazon, Miah Persson, Roman Trekel; Ildebrando d’Arcangelo… Mise en scène: Rolando Villazon. Balthasar Neumann ensemble. Pablo Heras-Casado, direction. Enregistré à Baden Baden, mai 2012.

Arte, ce soir: lundi 24 décembre 2012, 20h50. Soirée lyrique (Baden Baden, mai 2012)

Mozart: Don Giovanni, Nézet-Séguin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, Nézet-Séguin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement.Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-Séguin fait preuve d’une belle maturité; son intelligence, son hédonisme entrainant assure le liant général d’une distribution assez disparate mais néanmoins homogène ; si Rolando Villazon dérape et fait un Ottavio pâteux voire plébéien (pas très raccord avec son aimée Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent très nettement: Luca Pisaroni est énergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessée (mais digne) est éloquente et d’une chaleur de timbre très convaincante: la justesse du style et du caractère sont très percutants: en elle s’écoule la prière sincère de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrôle … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu à peu; tout aussi réfléchie, offrant un caractère exceptionnellement fouillé, jamais explicite, mais dévasté et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rôle taillé pour elle: fervente, éruptive, en mère la morale, la soprano accorde comme le chef à chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulée, d’une formidable intensité ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le désarroi et les vertiges silencieux de ces deux âmes féminines au gouffre abyssal… Les deux caractères sont bien les plus bouleversants de l’opéra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princières, Anna et Elvira, sont magistralement incarnées: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux âmes contraintes par les convenances mais dont le feu intérieur les pousse à exprimer la force du désir qui les aimante à l’infâme licencieux: elles sont bel et bien troublées par Don Giovanni. Le récit de son ” viol” par Anna à Ottavio si lâche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilité partagée autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : récitatif plein de fine progression expressive et d’accents millimétrés par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). Hélas, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans être particulièrement concernée par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiète, de désir conquérant… même distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto à la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien présents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicité pour un chant finalement carré et monolithique, plutôt lisse (qu’on est loin de l’arête carnassière d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons à l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimés dans l’ouverture et par éclairs dans récitatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystère dans une partition si juste sur le plan psychologique; la présence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littéralement délectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphériste, Yannick Nézet-Séguin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai désormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opéras au total que nous promet le chef si imaginatif et réfléchi: après Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la Clémence de Titus qui seront de la même manière donnés en concert non scénique, chaque été, à Baden Baden, enregistrés sur place et dans la foulée, publiés par Deutsche Grammophon: cycle mozatien à suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando Villazón, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick Nézet-Séguin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. Enregistré à Baden Baden en juillet 2007.