Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théâtre, le 23 mai 2014. Giuseppe Verdi : Falstaff. Lionel Lhôte, Isabelle Cals, Enrico Marrucci, Delphine Haidan, Nona Javakhidze, Norma Nahoun, Sébastien Droy. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Gilles Bouillon, mise en scène

FALSTAFF-Opéra-de-Tours-mai-2014-©-François-Berthon-76961-362x240Pour achever dans la joie et l’allégresse cette saison 2013-2014, l’Opéra de Tours propose à son public une reprise de la production du Falstaff verdien imaginée par Gilles Bouillon, créée in loco en 2007.  La scénographie imaginée par le metteur en scène se révèle comme un hommage aux théâtre de tréteaux, utilisant pleinement portes et trappes, permettant toutes sortes d’entrées et de sorties pour les différents personnages. Une reproduction du tableau Ensor aux masques de James Ensor domine le fond de scène, alors qu’un cheval à bascule trône fièrement dans un coin et que le plateau est recouvert de gazon, le cadre dans lequel se déroulent les péripéties du pancione se veut plein de couleurs et de fantaisie. Le plateau réuni pour cette reprise rend pleinement justice à la vocalité si particulière du dernier ouvrage composé par le maître de Busseto. Dominant l’ensemble de la distribution, Lionel Lhote impressionne, pour son premier Falstaff, par sa maturité vocale et stylistique, éloignée de toute surcharge. Il déploie ainsi sa belle voix de baryton, richement timbrée et parfaitement placée, jamais grossie, aussi convainquant dans des aigus percutant que dans la demi-teinte, servant par cette solide technique une incarnation aussi élégante qu’attachante.

Tutto nel mondo è burla

A ses côtés, les joyeuses commères trouvent d’excellentes interprètes avec le trio formé par l’Alice d’Isabelle Cals, moins spectaculaire que dans le Tour d’écrou mais néanmoins parfaitement à sa place, la Meg Page de Delphine Haidan, roublarde et bien chantante, et la Quickly débonnaire de Nona Javakhidze, réussissant des « Reverenza » généreusement poitrinés et d’un impact réjouissant. Le Ford d’Enrico Marrucci demeure crédible de bout en bout, tandis que Sébastien Droy et Norma Nahoun se complètent idéalement en Fenton et Nanetta, lui manquant parfois de brillant mais d’un beau raffinement vocal, elle irrésistible de fraicheur et de charme.

Et on se doit de mentionner le Dr Caius incisif d’Eric Vignau et le Pistola ombrageux d’Antoine Garcin, la palme de l’humour revenant au Bardolfo d’Antoine Normand, hilarant de bout en bout.

Belle prestation des chœurs maison, toujours impeccablement préparés par Emmanuel Trenque. Galvanisant ses musiciens, Jean-Yves Ossonce connaît son Verdi sur le bout des doigts et sait donner naissance à la folie contenue dans la partition sans jamais perdre de vue l’architecture sonore, tenue d’une main de maître.

Une belle façon de terminer la saison, dans un tourbillon musical jubilatoire.

Tours. Grand Théâtre, 23 mai 2014. Giuseppe Verdi : Falstaff. Livret d’Arrigo Boito d’après William Shakespeare. Avec Falstaff : Lionel Lhôte ; Mrs Alice Ford : Isabelle Cals ; Ford : Enrico Marrucci ; Mrs Meg Page : Delphine Haidan ; Mrs Quickly : Nona Javakhidze ; Nanetta : Norma Nahoun ; Fenton : Sébastien Droy ; Dr Caius : Eric Vignau ; Bardolfo : Antoine Normand ; Pistola : Antoine Garcin. Chœurs de l’Opéra de Tours ; Chef de chœur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scène : Gilles Bouillon ; Décors : Nathalie Holt ; Costumes : Marc Anselmi ; Lumières : Michel Theuil ; Dramaturgie : Bernard Pico.

Illustration : le Falstaff de Lionel Lhote © F. Berthon – Opéra de Tours 2014

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