Compte-rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 15 octobre 2017. MOZART : La Clémence de Titus. Vargas, d’Oustrac… Dan Ettinger / Willy Decker

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartCompte-rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 15 octobre 2017. MOZART : La Clémence de Titus. Vargas, d’Oustrac… Dan Ettinger / Willy Decker. Le dernier opéra (seria) de Wolfgang Amadeus Mozart est à l’affiche cet automne et cet hiver 2017 à l’Opéra National de Paris. Le Palais Garnier accueille la production de la Clémence de Titus de Willy Decker. 20 ans après sa création, elle caresse toujours les sens et inspire la réflexion. En effet, le metteur en scène allemand, réussit à révéler les profondeurs et l’humanité de l’oeuvre en apparence sérieuse et froide. La distribution est rayonnante de talent comme d’engagement. L’orchestre de la maison dirigé par Dan Ettinger représente l’autre facette glorieuse du joyau tripartite qu’est cette production.

La clémence : le concert des sentiments

Le livret de Métastase, mis en musique par au moins 6 compositeurs d’envergure au XVIIIe siècle, est en l’occurrence fortement remanié par le librettiste Caterino Mazzolà, et ce, avec la collaboration du compositeur. C’est grâce à cette bonne entente et au désir partagé des créateurs (pour la réalisation d’un ouvrage d’intérêt musical et philosophique) que l’œuvre se distingue ; rompant avec le modèle désuet de l’opéra seria, notamment avec les nombreux duos, trios et ensembles, mais aussi avec les récitatifs abrégés, les airs raccourcis, le nombre d’actes, etc… Ici, Titus, à nouveau célibataire après l’exil de sa bien aimée Bérénice, est victime d’un complot mené par Vitellia. Elle veut devenir impératrice et se sert de l’amour de Sextus, meilleur ami de Titus, pour y arriver. Sextus est déchiré entre passion et amitié, mais finit par trahir son ami. Malgré tout Titus survit et demeure clément.

Le rideau se lève sur un immense bloc de marbre qui se transforme progressivement en buste impérial, tandis que Titus évolue…, de l’incertitude préromantique vers la quiétude résignée non sans amertume. Les décors et beaux costumes de John MacFarlane s’accordent à la dignité et la profondeur, mais aussi à l’économie de l’opus et de sa mise en scène. Nous trouvons quelques traits caractéristiques de Willy Decker : comme la structure semi-circulaire encerclant le buste et un penchant pour les contrastes chromatiques. La présentation de Bérénice pendant l’ouverture, portant une robe rouge qui rappellera un des habits impériaux de Titus, comme le jaune partagé par le couple d’Annius/Servilia témoignent d’une vision profonde et intellectuelle, mais jamais prétentieuse, avec le but de rehausser l’intérêt théâtral de l’œuvre.

La distribution engagée est rayonnante de talent et d’investissement dramatique et musical. Notamment les femmes. La Vitellia d’Amanda Majeski faisant ses débuts à l’Opéra de Paris, est tout simplement superlative. Incarnée, tourmentée, ma non troppo : son jeu d’acteur est saisissant ; elle réussi à humaniser davantage le personnage quelque peu douteux. Bien sûr, le bijou est dans le chant. Son rondo avec cor de basset concertant « Non più di fiori » est un sommet d’excellence interprétative et de musicalité.
Qualités qu’on peut attribuer également au Sextus de Stéphanie d’Oustrac, habituée du rôle. Cet automne 2017, la cantatrice rennaise,
rayonne d’humanité et de véracité dramatique comme jamais ! Sa ligne vocale est sublime, la maîtrise de l’instrument est impressionnante ; son chant, un heureux mélange de tendresse et de gravité : magistral, tout simplement. Son rondo à la fin du deuxième acte « Deh per questo istante solo » demeure un sommet d’expression, avec les plus beaux piani de la représentation.
Le couple Annius et Servilia interprété par Antoinette Dennefeld et Valentina Nafornita respectivement, est quant à lui, … délicieux. Elles sont superbes dans leur duo du premier acte « Ah, perdona il primo affetto », et aussi individuellement ; la première par son agilité et ses habiles interventions sur la partition ; la dernière avec un chant d’une beauté qui caresse les coeurs. Marko Mimica (faisant ses débuts à l’Opéra) dans le court rôle de Publius, ministre de Titus, est tout brio.
Son excellent jeu donne envie de le voir et de l’entendre davantage.

Que dire du Titus de Ramon Vargas ? Nous trouvons sa performance tout à fait bouleversante de fragilité. Il incarne parfaitement le rôle de l’Empereur ; en permanence trahi, avec parfois un je ne sais quoi de comique qui sied bien à l’opéra seria de fin de siècle. Félicitons les choeurs de l’Opéra dirigés par Alessandro di Stefano, qui nous offrent une interprétation maestosa d’un des plus beaux choeurs mozartiens « Che del ciel » à la fin de l’opus. L’orchestre dirigé par Dan Ettinger est à la hauteur de la production. Bien sûr, les bois mozartiens sont d’une justesse et d’un candeur à fondre les coeurs ; comme les cordes solennelles sont édifiantes et les cuivres martiaux, tout à fait exaltants !

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Spectacle fortement recommandé à tous nos lecteurs, à l’affiche au Palais Garnier de l’Opéra National de Paris (dans deux distributions alternatives), les 20, 23, 25, 28 et 30 novembre ainsi que les 3, 5, 8, 11, 14, 17, 21 et 25 décembre 2017. De quoi fêter Noël d’excellente façon.

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 15 octobre 2017. La Clémence de Titus. Mozart, compositeur. Ramon Vargas, Amanda Majeski, Stéphanie d’Oustrac… Choeurs et orchestre de l’Opéra de Paris. Dan Ettinger, direction. Willy Decker, mise en scène.

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