Compte rendu, festival. 21è Festival de Pâques de Deauville 2017. Les 15 et 16 avril 2017.

DEAUVILLE festpaq2017_500x700Compte rendu, festival. 21è Festival de Pâques de Deauville. Les 15 et 16 avril 2017. IMMERSION 2 jours durant au sein du XXIème FESTIVAL DE PAQUES DE DEAUVILLE. 3 concerts que nous avons suivi témoignent de la très haute technicité des jeunes talents qui tiennent l’affiche de Deauville en ce printemps 2017, comme de l’intelligence du Festival à savoir les marier… L’évocation de Deauville au début du printemps préjuge des promesses des villégiatures mondaines de l’Ouest Parisien et des courses et divertissements qui naguère ravirent les jeunes filles en fleur d’un Balbec voisin. Mais en 2017, si les embruns racés de cette Normandie balnéaire perdurent avec un chic inégalé, il est une manifestation qui ne cesse de surprendre sachant faire fructifier un terreau de jeunes artistes aux talents prometteurs et passionnants.

 

 

 

Samedi 15 avril 2017
Centre International de Deauville : LE REVE et LA SIRENE

 

LE REVE ET LA SIRENE… Pour sa 21eme édition le Festival ouvre ses week-ends avec audace. Le programme fait la part belle au lyrisme avec la soprano Julie Fuchs et Le Balcon & Maxime Pascal. Le programme est centré sur les adaptations formidables d’Arthur Lavandier. Nous avons remarqué au disque son incandescente adaptation pour Le Balcon de la Symphonie Fantastique de Berlioz (LIRE notre compte rendu critique du cd Lavandière : réécrire la Fantastique de Berlioz, 2013). Pendant ce concert, c’est une belle fresque de son langage qui perce à travers les musiques aussi diverses que Handel, Mahler, Debussy. Chaque incursion est une redécouverte. Arthur Lavandier, en parfait alchimiste sait doser les expressions : il met en avant l’originalité et les couleurs les plus vives de chaque compositeur. Multipliant les rencontres entre instrumentarium d’aujourd’hui et musiques d’hier, on tient à saluer son adaptation de l’air “Credete il mio dolore” (Morgana) de l’acte III de l’Alcina de Handel, un bijou qui nous pousse à souhaiter qu’un directeur d’opéra éclairé programme tout un opera ancien avec la vision splendide d’Arthur Lavandier.
On a aussi l’occasion d’entendre une mélodie de sa plume, nous plongeant dans le monde interlope et ambigu des eaux siréniennes, magnifiquement interprété par Julie Fuchs au sommet de son art!
Julie Fuchs nous cueille au cœur des émotions par un phrasé raffiné et un timbre richement ciselé. Du lamento simple mais déchirant de Morgana dans Alcina aux accords empreints de mystère de la complainte d’Arthur Lavandier, Julie Fuchs développe chaque air comme un livre aux images merveilleuses. La fabuleuse soprano aux nuances envoûtantes nous emmène dans des contrées diverses, des étoiles céruléennes d’une Nuit calme aux profondeurs des silences recueillis de Mahler.

Dirigé avec l’énergie et la finesse de Maxime Pascal, les musiciens du Balcon posent chaque note et chaque accord avec le soin des orfèvres. En première partie, avec les œuvres vocales dans les mondes les plus divers ou encore mieux dans la Fantastique 4G qui pourrait aisément retrouver ainsi le chemin de l’hymne de la jeunesse en 2017! Le Balcon plus qu’un orchestre ou un ensemble, c’est un concept, un discours, un théorème… où la jeunesse démontre sans cesse la sincérité et la force de son talent. Nous suivrons encore et toujours la voie ouverte par de tels artistes, à l’instar de Berlioz en 1830, Maxime Pascal et Le Balcon sont les hérauts de l’avenir!

 

 

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Claude Debussy (1862-1918)
Nuit d’étoiles pour soprano et orchestre

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Alcina : Credete al mio dolor pour soprano et orchestre

Rodgers & Hammerstein : Sound of Music
Last rose of summer, air traditionnel irlandais pour soprano et orchestre

Gustav Mahler (1860-1911)
Ruckert lieder : Ich bin der welt abhanden gekommen pour soprano et orchestre

Arthur Lavandier (1987-)
Complainte pour la sirène pour soprano et orchestre (création)
Poème de Charles Roudaut
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Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie Fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste
Libre adaptation pour orchestre de chambre d’Arthur Lavandier
Julie Fuchs, soprano
Le Balcon
Harmonie de Lisieux-Pays d’Auge
Maxime Pascal, direction

 

 

 

Dimanche 16 avril 2017
Salle Elie de Brignac : Un portrait troublé

 

ligeti gyorgy par karol beffa editions fayard critique compte rendu annonce Classiquenews9782213701240-001-X_0PORTRAIT TROUBLÉ. Quand on évoque György Ligeti, l’esprit même de l’inventivité se manifeste. Le parti pris, pour ce deuxième concert du Festival de Pâques de Deauville d’offrir un portrait de la puissante plume du maître Hongrois, est une idée heureuse ; le concept s’annonçait réjouissant. De même l’introduction annoncée de Karol Beffa, récent biographe de Ligeti chez Fayard, présentait les meilleurs augures pour pénétrer dans l’intimité d’une musique aussi fascinante que complexe. Cependant, alors que l’on s’attendait à une introduction brève et concise pour donner place ensuite à la musique, Karol Beffa nous a fait un exposé aux ramifications techniques qui au lieu d’introduire … a perdu davantage les spectateurs.
Au bout de 45 minutes d’un véritable cours magistral sur Ligeti place à la musique avec de tout jeunes interprètes.  Le portrait fut exécuté avec un talent technique hors pair, les intentions étaient justes ; les articulations, sans accroc. Saluons la Maîtrise incroyable de Jonas Vitaud et de Guillaume Vincent au piano, notamment dans les pièces à quatre mains.  Mais dans l’ensemble, on remarque que la technique l’emporte sur la sensibilité. Et c’est un syndrome récurrent chez les jeunes générations, trop tôt propulsées sur le devant des scènes. L’exécution est parfaite mais laisse de marbre.
En glosant sur l’exposé de Karol Beffa qui nous révéla le rapport extrêmement important de la danse et de la musique de Ligeti, l’on ne retrouve fondamentalement que des tempi … taillés mathématiquement, au scalpel ni aucune véritable envolée dansante ni incursions dans le caractère ironisant et sarcastique qui caractérise Ligeti dès l’intitulé des pièces.
Regrettons cette implication toute technique mais vu la jeunesse des interprètes, nous sommes confiants qu’ils seront très bientôt en mesure de nous enthousiasmer ; ils ont Le tisonnier d’une flamme qui ne fera que grandir.

 

 

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CONCERT LIGETI… Présentation de Karol Beffa, compositeur et auteur de György Ligeti (Fayard 2016)

György Ligeti (1923-2006)
Trio pour cor, violon et piano (1982)
Étude polyphonique pour piano à quatre mains (1950)
Szonatina pour piano à quatre mains (1950)
Études pour piano
Cordes à vide (1985)
Automne à Varsovie (1985)
Der Zauberlerhling (1994)
Vertige (1990)
Six bagatelles pour quintette à vent (1953)
Quatuor à cordes n° 1 Métamorphoses nocturnes (1968)

Quintette Ouranos :
Mathilde Calderini flûte
Philibert Perrine hautbois
Amaury Viduvier clarinette
Nicolas Ramez cor
Rafaël Angster basson

Quatuor Hermès :
Omer Bouchez, Elise Liu violon
Lou Chang alto
Anthony Kondo violoncelle
David Petrlik violon

Jonas Vitaud, Guillaume Vincent piano

 

 

 

 

Dimanche 16 avril  2017
Salle Elie de Brignac : réunion des talents chambristes

 

CHAMBRISME ARDENT… Le dernier concert du premier week-end du Festival de Pâques de Deauville est surprenant par la beauté de son programme. Tout d’emblée, nous assistons à la réunion de certains des meilleurs interprètes de leur génération. On est saisi encore et toujours par la perfection technique de leurs exécutions respectives. Cependant tout comme le concert précédent nous demeurons quelque peu perplexes par une sensibilité en filigrane qui convient tout à fait à Brahms par son écriture solide mais qui demeure insuffisante dans Fauré. Saluons toutefois le toucher délicat de Guillaume Bellom, un pianiste qui promet de belles incantations à l’avenir. Les belles nuances des alti de Lise Berthaud et de Marie Chilemme ont révélé une maîtrise de leur instrument certaine.
C’est la magie spécifique à Deauville : réunir des jeunes tempéraments en ensembles pour rendre grâce à la musique. C’est un bel atout de ce festival. Néanmoins nous espérons que les talents qui aujourd’hui déploient la technique la plus chevronnée, seront ceux qui demain nous offriront les plus belles émotions au concert.

 

 

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Gabriel Fauré (1845-1924)
Quintette pour piano et cordes n° 2 opus 115

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Johannes Brahms (1833-1897)
Sextuor à cordes n° 2 opus 36
Pierre Fouchenneret, Guillaume Chilemme, violon
Lise Berthaud, Marie Chilemme, alto
François Salque, Victor Julien-Laferrière, violoncelle
Guillaume Bellom, piano

 

 

 

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