COMPTE-RENDU, danse. PARIS, Opéra Garnier, le 11 février 2019. Cherkaoui / Goecke / Lidberg – Ballet de l’Opéra de Paris

goecke-dogs-sleep-danse-ballet-opera-de-paris-garnier-crtiique-ballet-classiquenewsCOMPTE-RENDU, danse. PARIS, Opéra Garnier, le 11 février 2019. Cherkaoui / Goecke / Lidberg – Ballet de l’Opéra de Paris. Rentrée 2019 pleine de promesses et d’écritures diverses pour le Ballet de l’Opéra de Paris : ce programme en 3 signatures chorégraphiques est une sorte de talisman contemporain qui concentre le génie masculin de la danse actuelle, tel qu’il s’incarne à travers le belge Sidi Larbi Cherkaoui  (reprise de Faun, créé en 2009 au Sadler’s Wells de Londres) ; l’allemand Marco Goecke (création de Dogs Sleep) ; enfin le suédois Pontus Lidberg qui « ose » mettre en danse Les Noces de Stravinsky. Le format du spectacle est pourtant resserré : 1h10 de spectacle au total pour les 3 écritures.
Sidi Larbi Cherkaoui souligne avec une certaine puissance érotique la sensualité du poème de Mallarmé : son Faun est effectivement voluptueux, l’emblème du désir juvénile (ainsi que l’a magnifiquement exprimé Debussy dans sa musique). Marc Moreau (le faune qui s’éveille au désir et à la lumière d’une nature printanière, ici, muée en forêt de septembre) affirme sa personnalité de premier danseur. Le torse nu du danseur capte et saisit la lumière comme l’animalité très terrestre du Faune saisit depuis le sol, les racines de sa libération émotionnelle. De viscéral et animal, le danseur allège sa danse au contact de sa partenaire Juiette Hilaire, plus élégante et ciselée encore, en un pas de deux qui canalise peu à peu l’irruption de vaillance primordiale.

Même sorte d’évidence visuelle et rythmique dans la réalisation des Noces de Pontus Lidberg, la précision de son écriture s’épanouit dans la syncope lyrique d’Igor le terrible. Le geste est globale et collectif et ne se limite pas à deux prouesses de solistes. Les 18 danseurs confirment la grande unité et cohésion qui fondent le niveau global du corps de ballet parisien. Lidberg reprend la chorégraphie de la sœur de Nijinsky, Bronislava Nijinska, qui en 1923, chorégraphie la musique de Stravinsky, lequel avait aussi écrit le texte s’inspirant de mélodies populaires russes chantées pour lors de mariages par les paysans russes. Le mouvement des corps est permanent et fluide, véritable hymne à la vitalité collective d’un groupe qui se régénère en continu. La narration se déduit de la rose rouge colossale qui finit par se flétrir, triste annonce qu’après la noce et les illusions premières, tout mariage se finit mal. L’œuvre a le charme des comédies badines et profondes, égrainant mine de rien, un cynisme parfaitement assumé et jamais appuyé. Jubilatoire première sur la scène du Palais Garnier.

On reste infiniment moins convaincu par la séquence de Marco Goecke dont l’éparpillement pour ne pas dire la confusion peine à établir une vision et une direction cohérente, vis à vis des deux autres chorégraphies qui elles tiennent la route, pourtant confrontées à deux piliers des Ballets Russes. Dogs Sleep associe sur la scène 7 danseurs « dogs » (3 danseuses : Ludmilla Pagliero, Marion Barbeau, Muriel Zusperreguy ; et quatre danseurs : Stéphane Bullion, Mathieu Ganio, Marc Moreau, Arthus Raveau). Pas facile de discerner le sens de gestes saccadés, bruts, guère aboutis et qui au final, dans un pénombre qui se veut allusive, ne racontent ni n’expriment… RIEN. Pourtant musicalement, il y avait à argumenter et à débattre à partir d’un montage qui regroupe Ravel et Debussy puis le chant irrésistible de l’immense Sarah Vaughan (April in Paris). 1/2 heure d’ennui agacé. Dans la fosse, rien à reprocher de la direction fine et efficace de Vello Pähn pilotant avec naturel, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, danse. PARIS, Opéra Garnier, le 11 février 2019. Cherkaoui / Goecke / Lidberg – Ballet de l’Opéra de Paris.

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