Pour leur deuxième concert de la saison à la Philharmonie de Paris, Les Arts florissants (qui y sont en résidence) ont choisi un des opéras de G. F. Haendel parmi les plus rares. Riccardo Primo, mieux connu de nos livres d’Histoire sous le nom de Richard Coeur de Lion, évoque l’Angleterre médiévale avec une partition qui n’a nullement à rougir devant une célèbre Alcina ou Giulio Cesare. Créé à Londres en novembre 1727, l’ouvrage réunissait alors les chanteurs les plus célèbres de leur temps : le castrat Senesino et les éternelles Rivales Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni. La distribution parisienne rendait parfaitement l’éclat de la distribution originale, portés par la direction énergique de Paul Agnew et le talent immense des musiciens qui constituent l’ensemble des Arts Florissants.
L’héroïque Riccardo, entre deux batailles de croisades, fait escale à Chypre pour y épouser une princesse qu’il n’a jamais vue, et la libérer du gouverneur de l’île qui la retient prisonnière. Hugh Cutting est le parfait preux chevalier britannique. Son chant transmet au public la noblesse et la force du personnage sans jamais négliger la tendresse qui se cache sous l’armure. Il est un de ces rares contre-ténors dont la sûreté vocale ne fait jamais défaut et où chaque son est d’un velouté superbe. Sur les pas de la Cuzzoni, ce fut la française Mélissa Petit qui incarne ici la princesse Costanza. Sa délicieuse voix donne à ce rôle à la fois tout le pathétique mais aussi la poésie qu’il requiert, comme dans l’arioso qui ouvre l’acte II. Juliette Mey est elle aussi une Faustina Bordoni toute trouvée (à ceci près que nous espérons qu’il n’y a aucune rivalité avec Mélissa Petit !). Pulcheria est une jeune fille coquette et légère que Juliette Mey interprète avec finesse et virtuosité. Ses impressionnantes vocalises semblent d’une facilité déconcertante, sans jamais négliger la diction et le sens du texte. Le cruel roi de Chypre, Isacio, est campé par l’impressionnant Andreas Wolf. Également très virtuose dans l’air “Nel mondo e nel abisso”, il incarne avec justesse le tyran amoureux si caractéristique de poètes de Haendel. En Oronte, Paul Figuier se distingue par une vocalité très naturelle, précise et délicate. Enfin, le plus modeste rôle de Berardo est interprété avec une précision remarquable dans la diction par Alex Rosen qui, malgré son jeune âge, correspond parfaitement au rôle de précepteur de la princesse.
On ne présente plus la magnificence de l’orchestre des Arts Florissants, constitué des meilleurs solistes du monde baroque international, toujours plus énergiques et enjoués sous la baguette de Paul Agnew. Le co-directeur des Arts Florissants connaît le répertoire lyrique comme sa poche et sait y apporter toute la théâtralité qu’on y vient chercher.
Ce concert sera donné cette semaine à Madrid, Valencia et Barcelone – puis le 26 décembre sur les antennes de France Musique !…
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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Philharmonie de Paris, le 18 octobre 2026. HAENDEL : Riccardo Primo. H. Cutting, M. Petit, J. Mey, A. Wolf, P. Figuier, A. Rosen. Les Arts Florissants, Paul Agnew (direction). Crédit photo (c) droits réservés




