Compte–rendu, concert. Toulouse, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Angelich. Orch Capitole de Toulouse. Sokhiev

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte–rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Nicolas Angelich, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. A nouveau l’alchimie complexe entre les musiciens de l’orchestre, son chef et l’organisation de la saison apporte un moment de pur bonheur au public toulousain puis parisien. Les concerts de l’Orchestre du Capitole de Toulouse à Paris sont depuis plusieurs années les plus prisés avec un taux de réservation parmi les plus précoces. Le succès est au rendez vous chaque fois, et n’en doutons pas un instant ce sera avec un tel programme, la même fête de beauté qu’à Toulouse.

Sommet musical à Toulouse et Paris

Les parisiens auront la chance de bénéficier de la fabuleuse acoustique de la vaste salle de la Philharmonie de Paris. Ce concert est marqué par une occasion particulière. Bruno Montovani qui connaît très bien l’Orchestre du Capitole comme compositeur en résidence ou chef a répondu de manière fort singulière à la commande de l’Orchestre et de la Philharmonie de Paris. Son Quasi lento que les toulousains ont entendu en création mondiale est une pièce dédiée à l’un des instrumentistes les plus subtils de l’Orchestre du Capitole, le clarinettiste David Minetti. Ses sonorités suaves ou mordantes sont appréciées dans les soli orchestraux à chaque fois, mais nous avons eu la chance également d’entendre à plusieurs reprises son interprétation sublime de délicatesse du concerto pour clarinette de Mozart, il est également un chambriste très apprécié.  La pièce de Montovani est donc une sorte de rhapsodie pour clarinette et orchestre dans une liberté formelle proche du Debussy du Prélude à l’après midi d’un faune.

Montovani avec beaucoup d’humour évoque un oiseau qui folâtre puis trouve un compagnon de jeu tous deux résistant à plusieurs reprises à quelques dangers figurés par des fortissimi brutaux de l’orchestre. Le dialogue avec l’orchestre n’est pas harmonieux, comme forcé. Tugan Sokhiev est très attentif à la perfection rythmique. Les sonorités incroyablement colorées de David Minetti, son sens du phrasé et ses nuances extrêmes trouvent matière à s’épanouir. Cette courte pièce est comme une mise en bouche piquante, comme stimulant l’appétit avant un repas de chefs d’œuvre d’une grande richesse.

Le troisième concerto pour piano de Prokofiev est un magnifique moment de co-construction entre le soliste et le chef (Il débute d’ailleurs par un beau solo de clarinette). Prokofiev a voulu regagner les faveurs du public en adoptant une écriture moins révolutionnaire que dans le deuxième concerto. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le troisième est classique et sage… La partition est gorgée de rythmes complexes et de pièges pour tous, que ce soit le super soliste ou l’orchestre. Les mélodies slaves sont facilement repérables mais comme diffractées dans les développements. Ce qui fascine dans un concerto si complexe à mettre en place, c’est le degré de complicité et de familiarité qui existe ce soir entre le soliste, le chef et les musiciens. La virtuosité est brillamment réalisée avec des sourires de part et d‘autre dans une co-construction organique de chaque instant.
Nicholas Angelich est souverain. La virtuosité est magnifiée par une musicalité royale et comme une distanciation pleine d’humour. Le toucher peut être délicat comme d’une puissance tellurique. Et que de subtiles colorations et nuances au sein de toutes ces notes rapides ! Tugan Sokhiev dirige à main nue veillant aux équilibres, au moindre départ et couvant le soliste des yeux. Angelich est souvent comme en apesanteur semblant jouer sans aucun effort. Il ne semble faire que jeu des affrontements avec l’orchestre.
Après un tel moment de bravoure le public obtient avec fracas un bis, avec il faut le dire un brin de vulgarité. N’avait t-il pas eu assez de notes ?

La deuxième partie de concert associait Debussy et Ravel dans des moments orchestraux puissants et émouvants. Le triptyque la Mer de Debussy est une oeuvre à la beauté renversante, aux couleurs et aux évocations picturales. Jamais le lien entre images et sons ne peut être aussi subtil. Tugan Sokhiev et son orchestre ont à présent mêlés en une symbiose unique la tradition française héritée de Michel Plasson avec une opulence de sonorités et de nuances, une précision rythmique et une assurance dans les attaques, toutes qualités qui importent tant au chef épris de tradition russe et qui font merveille ici comme dans tout le répertoire. Il serait bien pingre de parler de recherche d’un son français devant une telle évidence de beauté. La Mer de Debussy est un océan à la puissance inébranlable comme à la suavité colorée avec chaleur. La direction de Tugan Sokhiev est théâtrale devant les éléments mouvants. Tout vit et change, lumière solaire, air furieux ou eau délicate selon les instants du nycthémère. Les gestes à main nue de Tugan Sokhiev sont un ballet d’une beauté et d’une suavité inouïe. De ses mains diffuse toute la musique, avec autorité et bienveillance il obtient de l’orchestre tout ce qu’il veut. La beauté
de cette Mer restera dans les mémoires. Mezzo qui a capté le concert et nous en donnera en Replay des reflets précieux.
Mais le concert admirablement construit en une richesse toujours croissante nous amène au plus incroyable moment de musique. Les trois extraits de Daphnis et Chloé dans une orchestration sublime de Ravel particulièrement inspiré ont été une véritable apothéose. Chaque instrumentiste porte à l’incandescence son jeu, et la direction de Tugan Sokhiev atteint des sommets d‘élégance et de puissance expressive. Que de beauté pour les yeux, les oreilles et de plénitude pour l’âme éprise de beauté et d’absolu. Le théâtre, la danse sont présentes dans ces trois instants de pur bonheur. Les nuances sont profondément creusées et les couleurs irisent toute la Halle aux grains. Le public exulte et chef et musiciens épuisés ont des sourires épanouis. Un Grand, un immense Concert pour des moments de musique partagés dans un bonheur total.

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Compte–rendu concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 2 juin 2018.
Bruno Montovani (né en 1964) : Quasi lento, création mondiale pour
Clarinette et orchestre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour
piano et orchestre n°3 en ut majeur, op.26 ; Clause Debussy
(1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques ; Maurice Ravel
(1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 pour orchestre ; Nicholas
Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan
Sokhiev, direction musicale.

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