Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 20 mars 2015. Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen ; Hans Rott (1858-1884) : symphonie n°1 en mi majeur ; Florian Sempey, baryton ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Marc Minkowski, direction

Mahler portrait sideCe concert placé par Marc Minkowski sous le signe de la jeunesse de deux élèves du Conservatoire de Vienne dans les années 1880, cherche à les rassembler quand tout, semble les opposer. Le cycle de quatre lieder de Gustav Mahler, sur des poèmes d‘Arnim et de Brentano tiré du recueil Le cor merveilleux de l‘enfant, est un véritable chef d‘oeuvre. L’émotion poignante qui se dégage des poèmes est ennoblie par une orchestration d’une subtilité inouïe. Récemment à Toulouse, le grand Jonas Kaufmann nous en avait proposé une version chambriste bouleversante. Ce soir c‘est une voix de baryton, et non de ténor, qui sera celle de Mahler. Car on ne peut oublier que le compositeur, amoureux éconduit, a mis tout le romantisme de sa jeunesse dans cette composition et a partagé les affres du héros, il avait 25 ans lorsqu’il débuta la composition de ces lieder.

Mahler / Rott : Génie de l’un, talent de l‘autre
Minkowski engagé, sans délicatesse…

Le jeune baryton Florian Sempey a su interpréter avec noblesse ces lieder dans un allemand fluide. La voix est très homogène, capable de belles nuances. L’art du chant du baryton est superbe et la ligne donne corps au texte. Marc Minkowski retrouve l’Orchestre du Capitole qu’il connaît bien, il en exploite toutes les richesses de timbres et couleurs, abusant de force et un peu avare de délicatesse. La lenteur des tempi, et un peu trop de pathos alourdissent l’oeuvre mélancolique de Mahler qui a cherché à mettre une sorte de distance avec la dimension romantique du mal d‘amour de jeunesse.

La découverte de la première symphonie de Hans Rott terminée 5 ans avant les Lieder eines fahrenden Gesellen n’a pas manqué de nous intéresser. Ce collègue et ami de Mahler, est surtout un brillant élève de Bruckner, un admirateur de Wagner et Brahms. Cette œuvre de jeunesse est intéressante mais ne se décolle pas des modèles des maitres. Les grands aplats de groupes d‘instruments comme chez Bruckner, crée un son compact. Les cuivres utilisés en force impressionnent souvent. Marc Minkowski très engagé cherche à donner puissance et force à cette partition fleuve.
L‘absence de recherche de délicatesse finit hélas par lasser. La longueur de la symphonie apparaît comme une marque de jeunesse, car certains moments manquent d’originalité. C’est peut être au niveau de l’utilisation des timbres et de l’association des instruments que le souvenir de la partition de Mahler entendue en première partie de concert s’avère cruel. La partition est puissante, l’effet du début de la symphonie est très prometteur avec l’appel des trompettes et des cors sur fond d‘arpèges des violons. Les grandes formes fuguées sont impressionnantes, les rythmes endiablés du Scherzo mettent tout l’orchestre en émoi. Pourtant peu de surprises nous permettent de croire au génie. La mort prématurée a certainement gâché le beau talent de Rott, mais en comparaison de Mahler, Bruckner ou Brahms, ce chainon manquant très intéressant reste scolaire dans cette œuvre un peu longue.
Marc Minkowski a semblé prendre beaucoup de plaisir à faire découvrir cette partition et a su en exprimer toute la puissance. L’orchestre du Capitole a été merveilleux, résistant à cette déferlante de puissance sonore demandée avec vaillance et sachant conserver son élégance.

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