Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie 2, cité de la musique. Le 4 février 2015. Ibrahim Maalouf : Au pays d’Alice…

Maalouf Ibrahim-Maalouf-330x300La définition de « Merveille » concerne à la fois l’admirable, le rare, le précieux et la perfection des la forme et du fond. Un travail remarquable en somme. Retrouver du merveilleux dans le commun tient parfois du rêve ou même de l’impossible. Finalement, le cœur de la narration de Lewis Carroll dans « Alice aux pays des Merveilles » est le prodige du quotidien qui en devient surnaturel et merveilleux. Dans l’esprit, faire une production de théâtre musical avec des intervenants classiques et des interprètes des styles jazz et rap sont une belle initiative. Néanmoins, ces cercles qui s’ignorent parfois, mais qui ont comme centre une belle énergie peuvent être un cocktail détonnant.

Le 4 février à la Philharmonie 2, ancienne Cité de la Musique, Alice apparaissait sous un aspect étrange. La narration dans la musique de Ibrahim Maalouf semblait se déliter dans un univers brumeux, sans suite véritable et les étapes du texte d’Oxmo Puccino avaient du mal à porter le spectacle dans un objectif précis. La question s’est posée sur le véritable sens de cette œuvre de théâtre musical : Est-ce une création ou bien un trip entre amis qui s’est bien déroulé grâce au soutiens des structures ? Cette question porte en elle la problématique qui inquiète tant d’interprètes : sommes nous dans une époque qui confond spectacle vivant et divertissement ?

Nous n’écornerons pas ici Oxmo Puccino, dont le livret manque de souffle, étonnant pour un narrateur aussi brillant dans ses chansons. Non plus nous égratignerons Ibrahim Maalouf dont le talent d’interprète n’est surtout pas en cause. Mais sa musique tient plus de l’anecdotique que de l’inspiration, tout comme une battue improvisée et incompréhensible. Face à eux, les phalanges de l’Orchestre du CRR et l’incroyable Maîtrise de Radio France réussissent à porter les quelques beautés de cette Alice. Malgré l’improvisation des figures de proue de ce spectacle, les jeunes ont tenu bon et offert, avec beaucoup de professionnalisme, le meilleur de leurs formations. « Au pays d’Alice » demeure un coup de bluff, mais aussi un signal inquiétant de la place que prend le divertissement dans les cœurs de ceux qui auraient pu aimer la musique.

Au Pays d’Alice

Oxmo Puccino, récitant, livret
Maîtrise de Radio-France
Orchestre des jeunes du CRR de Paris
Ibrahim Maalouf, composition, trompette, direction

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