CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

SubtilitĂ© d’un gĂ©nie europĂ©en

AprĂšs une ouverture finement ciselĂ©e, resplendissant grĂące Ă  l’engagement des interprĂštes en ces teintes haendĂ©liennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral Ă  la fois tendre et plaintif, l’approche dĂšs son dĂ©part convainc par sa grande finesse et son Ă©locution naturelle. Du reste, le dĂ©but de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumiĂšre les talents de la prima donna de la production mais aussi cet Ă©clectisme virtuose d’un compositeur europĂ©en capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistrĂ© en Autriche en aoĂ»t 2010, la rĂ©alisation de L’Orfeo Barockorchester dirigĂ© par Michi Gaigg captive littĂ©ralement par sa justesse Ă©motionnelle, la diversitĂ© des nuances, l’absence de tout systĂ©matisme rĂ©ducteur, si frĂ©quent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’OrphĂ©e resplendit sous la plume d’un Telemann, enivrĂ© et trĂšs inspirĂ© par la lyre du poĂšte de Thrace. Entre l’opĂ©ra premier de Monteverdi et celui aussi rĂ©formateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opĂ©ra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilitĂ© suave et souple dans l’esthĂ©tique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommĂ© directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opĂ©ras pour l’OpĂ©ra GĂ€nsemarkt. En fait partie son OrphĂ©e, vraie rĂ©ussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le tĂ©nor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dĂ©passĂ© par l’Ă©criture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermetĂ© comme de stabilitĂ©; le chanteur sauve les meubles dans les airs mĂ©dians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus rĂ©ussi mais sans guĂšre de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et trĂšs musicale. Le Pluton engagĂ© et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette rĂ©alisation trĂšs attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’OrphĂ©e: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’ĂȘtre les personnages titres (OrphĂ©e et Eurydice): Ă  l’Ă©coute de son air dĂ©veloppĂ© au dĂ©but du III qu’elle introduit Ă  son dĂ©but comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est Ă©poustouflant, Ă  la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, dĂ©clamĂ© sans affĂšterie, sur le souffle, mĂȘme justesse expressive dans le court air introspectif chantĂ© en français et qui a la tendre Ă©loquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” HĂ©las quels soupirs “… . On comprend dĂšs lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la crĂ©ation pour laquelle a composĂ© Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en rĂ©alitĂ© ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affĂ»tĂ©e, colorĂ©e et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractĂšres d’une partition versatile et trĂšs diversifiĂ©e. C’est une sĂ©rie de tableaux, de miniatures mĂȘme qui Ă©clairent chacun dans leur sĂ©quence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs Ă  son Ă©poque avait dĂ©voilĂ© la partition du Germanique, souligner son gĂ©nie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sĂ©cheresse son tempĂ©rament caractĂ©risĂ©; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalitĂ© de la lecture premiĂšre mais en demeurant d’une justesse Ă©motionnelle parfois plus fluide et vivante grĂące Ă  un relief pleinement assumĂ© c’est Ă  dire parfois Ăąpre et mordant de l’orchestre. GrĂące Ă  la suretĂ© de la distribution surtout fĂ©minine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du disque. RĂ©alisation trĂšs convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)

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