CRITIQUE, LIVE STREAMING, BACHFEST Leipzig, Thomaskirche, 15 juin 2021. JS BACH : BWV 11, 34, 74, 127. Mields, … Rademann (direction)

CRITIQUE, LIVE STREAMING, BACHFEST Leipzig, 15 juin 2021. Thomaskirche / live – HIMMELFAHRT UND PFINGSTEN. JS BACH : BWV 11, 34, 74, 127. Mields, … Rademann (direction). Dernier concert du cycle en streaming du Festival Bach de Leipzig, dans l’église que connut le Cantor / Director musices et pour laquelle il a tant Ĺ“uvré… Le Festival quant Ă  lui se poursuit jusqu’au 20 juin. Saluons la grande cohĂ©rence du programme sur le thème de l’Ascension et de la PentecĂ´te. Chaque cantate est prĂ©alablement commentĂ©e par une citation du Nouveau Testament, contextualisant l’action sacrĂ©e. Il est juste d’articuler la rĂ©alisation musicale ainsi, Ă  l’appui du texte (dit par le comĂ©dien Ulrich Noethen), car il s’agit bien de textes mis en musique, oĂą le verbe incarnĂ© porte toute la tension et les enjeux spirituels de la musique.
Au cĹ“ur de cette nouvelle sĂ©quence de 4 Cantates, resplendit l’air pour soprano de la BWV 127 « Herr Jesu Christ, wahr’ Mensch und Gott », lamento intime qui concentre toute la compassion du croyant vis Ă  vis de JĂ©sus ; c’est un cheminement personnel, jalonnĂ© par la douceur des 2 flĂ»tes et du hautbois qui inscrit la mĂ©lodie dans la douceur la plus tendre. Dorothee Mields transcende l’air avec une intensitĂ© sobre et directe qui clarifie les Ă©carts harmoniques, jalons d’un parcours emblĂ©matique de chaque expĂ©rience spirituelle, entre inquiĂ©tude, souffrance, solitude et sĂ©rĂ©nitĂ© finale dans la comprĂ©hension profonde du SacrifiĂ©.

 

 

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Dorothee Mields (DR)

 

 

Le ton gĂ©nĂ©ral, PentecĂ´te oblige, est ce lui d’une cĂ©lĂ©bration conquĂ©rante et lumineuse. Randeman opte pour une nervositĂ© mĂ©diane soignant dans les tutti la partie des bois et des vents toujours sollicitĂ©s pas Bach avec une Ă©lĂ©gance naturelle. Cependant le chĹ“ur n’a pas le clair abattage ni la clartĂ© vivifiĂ©e de celui de Koopman Ă©coutĂ© prĂ©cĂ©demment, ni sa fraĂ®cheur (Amsterdam Baroque Choir), ni la juvĂ©nile fragilitĂ© des garçons du Thomanerchor Leipzig Ă©coutĂ© ici mĂŞme sous la direction de leur chef habituel Thomaskantor Gotthold Schwarz. Du chef on remarque son souci du dĂ©tail (ligne des trompettes festives doublĂ©es par les hautbois dans la BWV 10) ; son sens de l’espace et de l’ampleur architecturĂ©e dans le portique d’ouverture de la mĂŞme cantate, la tendresse noble mais naturelle de la basse (l’excellent Tobias Berndt dĂ©jĂ  remarquĂ© prĂ©cĂ©demment) Ă  laquelle rĂ©pond le chĹ“ur rĂ©joui, victorieux ; Ici Bach Ă©difie une cathĂ©drale miroir de la parole sainte qui se rĂ©pand et diffuse la lumière dans le monde ; autre soliste de poids, Ă©galement engagĂ©, soignant l’articulation du texte, le contre-tĂ©nor Alex Potter qui entonne son chant de cĂ©lĂ©bration (BWV 74 : »”Wer mich liebet, der wird mein Wort halten”) d’un timbre veloutĂ© et rond, parfois face camera, comme Ă©lectrisĂ© par le violon solo d’une Ă©poustouflante virtuositĂ©, presque facĂ©tieux et dĂ©liĂ©, en complicitĂ© avec les 2 hautbois. La vivacitĂ© est bien dans l’esprit de Vivaldi, air de jubilation que connaissait Bach pour recycler de nombreux airs du VĂ©nitien. Ainsi dans l’enchainement des sessions, quand rayonne la dimension spirituelle de la 127 et son aria miraculeux, perce la solitude du fidèle en communion avec JĂ©sus ; douĂ©e d’un legato infini, et d’une justesse intĂ©rieure remarquable, Dorothee Mields exprime l’ardente ferveur d’une âme qui espère seule et fait palpiter littĂ©ralement les cordes en un lamento d’une grande dĂ©licatesse, moment clĂ© de ce programme qui souligne quel peintre et poète est Bach quand il doit peindre l’intensitĂ© de la foi.

 

 

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Hans-Christoph Rademann (DR)

 

 

AccompagnĂ©e par la trompette ardente, la basse affirme ensuite son clair empressement Ă  diffuser la parole divine, soldat du Christ, au texte articulĂ© et sobre, engagĂ©, naturel : un modèle de chant intelligible. Tobias Berndt exprime l’ardeur du combattant avec une aisance souveraine et ses « FĂĽrwahr, fĂĽrwahr, euch sage ich » Ă©blouissent tout autant par leur douceur caressante (Wenn einstens die Posaunen schallen) inscrit au cĹ“ur d’une humanitĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e; revigorĂ©e. Le dernier chĹ“ur aussi court que profond, referme cette page mĂ©morable dans le mystère et le silence. Eloquente et très juste conclusion au cycle entier des live streamings orchestrĂ© cette annĂ©e par le Festival Bach de Leipzig. On ne pouvait vivre grâce Ă  la toile, une telle expĂ©rience en direct de Leipzig. Vite, l’annĂ©e prochaine, la nouvelle Ă©dition du BACHFEST LEIPZIG.

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CRITIQUE, LIVE STREAMING, BACHFEST Leipzig, 15 juin 2021. Thomaskirche / live : HIMMELFAHRT UND PFINGSTEN – J. S. Bach:

Lobet Gott in seinen Reichen, BWV 11;
O ewiges Feuer, o Ursprung der Liebe, BWV 34 (gekĂĽrzt);
Wer mich liebet, der wird mein Wort halten, BWV 74 (gekĂĽrzt);
Herr Jesu Christ, wahr’ Mensch und Gott, BWV 127.

Ulrich Noethen (Sprecher), Dorothee Mields (Sopran), Alex Potter (Altus), Benedikt Kristjánsson (Tenor), Tobias Berndt (Bass), Gaechinger Cantorey, Hans-Christoph Rademann (direction).

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

SubtilitĂ© d’un gĂ©nie europĂ©en

Après une ouverture finement ciselĂ©e, resplendissant grâce Ă  l’engagement des interprètes en ces teintes haendĂ©liennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral Ă  la fois tendre et plaintif, l’approche dès son dĂ©part convainc par sa grande finesse et son Ă©locution naturelle. Du reste, le dĂ©but de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumière les talents de la prima donna de la production mais aussi cet Ă©clectisme virtuose d’un compositeur europĂ©en capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistrĂ© en Autriche en aoĂ»t 2010, la rĂ©alisation de L’Orfeo Barockorchester dirigĂ© par Michi Gaigg captive littĂ©ralement par sa justesse Ă©motionnelle, la diversitĂ© des nuances, l’absence de tout systĂ©matisme rĂ©ducteur, si frĂ©quent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’OrphĂ©e resplendit sous la plume d’un Telemann, enivrĂ© et très inspirĂ© par la lyre du poète de Thrace. Entre l’opĂ©ra premier de Monteverdi et celui aussi rĂ©formateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opĂ©ra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilitĂ© suave et souple dans l’esthĂ©tique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommĂ© directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opĂ©ras pour l’OpĂ©ra Gänsemarkt. En fait partie son OrphĂ©e, vraie rĂ©ussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le tĂ©nor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dĂ©passĂ© par l’Ă©criture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermetĂ© comme de stabilitĂ©; le chanteur sauve les meubles dans les airs mĂ©dians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus rĂ©ussi mais sans guère de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et très musicale. Le Pluton engagĂ© et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette rĂ©alisation très attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’OrphĂ©e: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’ĂŞtre les personnages titres (OrphĂ©e et Eurydice): Ă  l’Ă©coute de son air dĂ©veloppĂ© au dĂ©but du III qu’elle introduit Ă  son dĂ©but comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est Ă©poustouflant, Ă  la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, dĂ©clamĂ© sans affèterie, sur le souffle, mĂŞme justesse expressive dans le court air introspectif chantĂ© en français et qui a la tendre Ă©loquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” HĂ©las quels soupirs “… . On comprend dès lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la crĂ©ation pour laquelle a composĂ© Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en rĂ©alitĂ© ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affĂ»tĂ©e, colorĂ©e et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractères d’une partition versatile et très diversifiĂ©e. C’est une sĂ©rie de tableaux, de miniatures mĂŞme qui Ă©clairent chacun dans leur sĂ©quence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs Ă  son Ă©poque avait dĂ©voilĂ© la partition du Germanique, souligner son gĂ©nie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sĂ©cheresse son tempĂ©rament caractĂ©risĂ©; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalitĂ© de la lecture première mais en demeurant d’une justesse Ă©motionnelle parfois plus fluide et vivante grâce Ă  un relief pleinement assumĂ© c’est Ă  dire parfois âpre et mordant de l’orchestre. Grâce Ă  la suretĂ© de la distribution surtout fĂ©minine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du disque. RĂ©alisation très convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)