CD. Mozart : La Haffner embrasée de Nikolaus Harnoncourt (1 cd Sony classical)

CLIC_macaron_2014CD. Mozart : Marche K335, Sérénade K 320, Symphonie Haffner K385. Concentus Musicus. Nikolaus Harnoncourt, direction.  Porteur d’un feu intact,  Nikoalus Harnoncourt nous livre ici son meilleur Mozart. Voilà plus d’un an que le chef né à Berlin en 1929 dirigeait son cher Concentus Musicus dans un programme Mozart. La Marche K335 fonctionne ici comme une ouverture rugueuse et âpre, d’une mordante énergie qui rappelle aussi par son entrain saisissant le geste incisif et hautement dramatique du pionnier inspiré quand il révélait la puissante intensité symphonique d’Idomeneo, dans une gravure demeurée à juste titre légendaire. Chez Harnoncourt, tout Mozart se révèle essentiel : jamais édulcoré décoratif ; libertin, révolutionnaire, moderne.

Mozart_harnoncourt_haffner_sony_classicalOn retrouve le même esprit frondeur d’une percutante audace parfois aigre dès le début de la Sérénade K320 : hymne bouillonnant et aussi plein d’une gravité tendre : tout Mozart est synthétisé dans cet abandon magicien, cette science du fini tranchant et cet allant d’une incroyable intensité. Le spirito de l’allegro initial est magistralement exprimé : feu et audace d’une intacte brûlure, d’une superbe juvénilité. Harnoncourt nous surprendra toujours ; s’il avoue une certaine melancolia, teintant ses derniers Mozart, d’une couleur résolument sombre et tragique, la grâce du geste, l’écoute intérieure, la finesse des pianissimi emportent l’adhésion et retrouve ce Mozart d’un raffinement unique sous sa coupe et sa caresse (intériorité de l’Andantino : les accents déchirants calibrés des bassons…). Le résultat est prodigieux d’équilibre, d’activité, de nuances. La vision est globale et détaillée : une leçon de direction. On a peine à penser que le maestro est octogénaire ! Baignant dans Mozart, Harnoncourt retrouve sa jeunesse séditieuse, d’une intelligence critique passionnante.

 

 

 

Mozart subtil et trépidant : le feu mozartien régénéré

 

Composée à la demande de son père Leopold pour fêter l’anoblissement de son ami salzbourgeois Siegmund Haffner, La Symphonie qui porte désormais son nom est écrite dans le bouillonnement viennois de 1783. Emporté par le succès de l’Enlèvement au Sérail, Mozart construit rapidement selon le schéma des Sérénades salzbourgeoises, l’architecture de la Symphonie : toutes les facettes de son étonnante inspiration fourmillent ici en une danse trépidante dont la versatilité des climats est exceptionnellement restituée par les instrumentistes du Concentus Musicus. Le début est à la fois une formidable entrée solennelle et aussi son revers grave où perce la fragilité ; preste et vive, l’allure du premier Allegro laisse la place à l’abandon élégantissime et décontracté, -lui aussi murmuré, constellé de pianis irrésistibles, d’une éloquence rare -, de l’Andante ; volubile, Mozart se dévoile mieux encore dans les deux derniers mouvements dont Harnoncourt exprime la parenté (parodique) avec L’Enlèvement au sérail : dramaturgie contrastée fondée sur l’opposition forte-piano, mais aussi tragi-comique, une alliance caractérisant désormais le pur esprit viennois. Le Menuet semble opposer la truculence ridicule de Selim à la tendresse gracieuse de Constanze. Le Presto est une danse légère et impétueuse, d’une énergie juvénile et sauvage d’une force inouïe. Sa pulsation nous rappelle certes la pétillance de l’Enlèvement au Sérail ; son embrasement et son urgence annoncent déjà Les Noces… La conception même du programme est lumineuse : associer la Haffner avec une marche et la Sérénade 320 précise le lien entre les oeuvres purement instrumentales du jeune Mozart : connaissance des timbres éprouvés dans un jeu de plein air, (la Sérénade est traditionnellement jouée de places en places à Salzbourg), science personnelle des résonances particulières raisonnées à l’espace immédiat, de leur combinaison possible entre les timbres choisis…

 

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De ces alliances surgit une pensée musicale, une langue raffinée dont le chant et la séduction, permis par la pratique informée sur instruments d’époque, se révèlent ici irrésistible. Ce que nous dit Harnoncourt se révèle passionnant : options de tempi, carrures des épisodes expressifs d’une mesure à la suivante, surtout vivacité et imagination cisèlent une lecture superlative ; finie, détaillée, construite, généreuse et articulée. La science des couleurs, l’alchimie des timbres, le souci du détail serviteur de l’allant et de la tension permanente affirment le génie de la direction d’un Harnoncourt qui produit ce jaillissement de la matière orchestrale comme un orfèvre sait couler et ouvrager l’or. Echos des cors, clairs obscurs des bois comme dans la Sérénade… équilibre subtile des dynamiques, jamais un orchestre sur instruments d’époque n’a mieux sonné, rappelant l’expérience du jeune Mozart alors salzbourgeois, pour ses sérénades, réinventeur de la Symphonie à Vienne, mais avec une même hypersensibilité instrumentale. Tout cela Harnoncourt nous le fait vivre avec une clarté électrisante. Le chef semble renouer avec l’inventivité défricheuse de ses débuts. Ce disque est un miracle permanent. Un retour aux sources mozartiennes et pour le Maestro, un bain de jouvence dont il nous fait partager l’éclatante activité. Avec William Christie, Nikolaus Harnoncourt confirme son immense intelligence musicale, fondée sur une audace jamais perdue. Grâce à eux la révolution des Premiers Baroques initiée depuis 40 ans n’a rien perdu de ses éclairages éblouissants. A l’heure où leurs héritiers poursuivent la démarche sans atteindre une même évidence, voici un album événement.

 

 

Mozart : Symphonie n°35 ” Haffner ” K385. Serenade K320. Marche K335. Concentus Musicus Wien. Nikolaus Harnoncourt, direction. Enregistrement réalisé à Vienne en juin et décembre 2012

 

 

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