CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon).

pires-maria-joao-400CLIC_macaron_2014CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon). Né en 1944 à Lisbonne, – la même année que son confrère brésilien Nelson Freire-, Maria Joao Pires fête donc en 2014 ses 70 ans... L’occasion était trop forte pour Deutsche Grammophon de célébrer cet anniversaire en éditant un coffret réunissant ses nombreux récitals comme solistes, à partir de 1989 quand débute ses enregistrements pour le label jaune; l’enfant prodige portugaise qui fit son apprentissage à Lisbonne puis en Allemagne (Munich, Hanovre), s’installant ensuite au Brésil, après s’être fâché avec son Portugal natal, puis se fixant en Suisse, se livre ici en ses champs d’élection et d’accomplissements : Chopin, Schubert, Schumann. Trilogie sacrée d’un parcours façonné comme un questionnement jamais interrompu, une quête conduisant aux constructions intimes… Malgré des dispositions limitées (petites mains), la pianiste d’une simplicité exemplaire et d’une humanité profonde, s’est taillée cette fluidité qui semble surgir de l’enfance, à force de travail, d’apprentissage, d’assiduité sur le clavier résistant. Autre voie de libération pour l’interprète autodisciplinée : Mozart dont elle exprime la claire urgence de l’enfant foudroyé. La mozartienne traverse et porte les rêveries miroitantes de Wolfgang depuis son enfance : ses premiers concerts sont mozartiens et c’est avec Claudio Abbado qu’elle joue aussi les Concertos pour piano. Révélée par la compétition du bicentenaire Beethoven de Bruxelles en 1970 (Premier prix), la pianiste n’ a cessé de travailler sa sonorité personnelle qui est d’abord une écoute intérieure. Toute sa démarche rétablit la relation du jeu pianistique avec le chant du corps et le développement intime de la personne, c’est pourquoi Maria Joao Pires développe aussi une pédagogie originale qui fondée sur la transmission, apporte aux jeunes musiciens la connaissance croisée d’autres disciplines que la musique : philosophie, histoire de l’art, danse et théâtre. Son approche se concentre sur le temps mystérieux, l’équilibre fondateur de l’être le plus intime. Ecouter ses Schubert (écouter la petite musique du cÅ“ur de l’andante sostenuto de la D 960) permet de mesurer cette quête au long cours qui fonde une éthique personnelle, tout un chemin de vie. Une vocation.

 

 

Mozart, Schubert, Chopin transfigurés

Maria Joao Pires en majesté

 

Mais croire que cette économie du geste reste à la surface : au contraire, la digitalité experte fait surgir de vertigineux bouillonnements, des aspirations lyriques à l’activité irrésistible, toujours d’une articulation à l’éloquence faussement discrète.
L’élégance tragique de ses Schubert, la nostalgie tendre de ses Mozart, sans omettre, l’ivresse crépusculaire de ses Chopin et la versatilité hallucinante de ses Schumann n’ôtent rien de leurs gouffres amers, de leurs plongées troubles, ou de leurs divagations funambules. Outrepasser les ténèbres, traverser l’ombre pour faire jaillir la lumière.
pires maria joao schubert sonates maria joao pires deutsche grammophonL’anthologie réunie par Deutsche Grammophon fait la part belle aux solos de la Portugaise mais aussi à quelques duos à quatre mains (avec Ricardo Castro dans Schubert). Le connaisseur retrouve ses Bach (1994, 1995) et Beethoven (200,2001), surtout ses Chopin (24 Préludes, 1992; les envoûtants Nocturnes, 1995-1996, et les plus récentes : Sonate n°3 opus 58, Sonate pour violoncelle opus 65 avec Pavel Gomziakov, Mazurkas enregistrées en 2008). L’intégrale des oeuvres pour piano seul de Mozart occupe les années 1989 et 1990, éclairées toutes par cette clarté intérieure d’une infinie pudeur.Ses Schubert profonds, jaillissants suspendent le temps, emprunts d’un rituel qui touche par sa couleur murmurée, sa profonde pudeur là aussi : Moments musicaux et Scherzi, Sonate D 784 de 1989, surtout les Impromptus D 899 et D 915 enregistrés en 1996 et 1997 dont la simplicité d’élocution confinant au dénuement  le plus sobre atteignent souvent une grâce noire, une ivresse sombre qui révèle les capacités puissamment originales de l’interprète. Maturité et approfondissement s’expriment chez Schubert dans le recueil le plus récent enregistré en 2011, avec des accents nets taillés en diamants : Sonates D 845 et D 960 où la pianiste aiguise une sensibilité plus contrastée, riches en nouvelles aspérités, comme un balancement liquide aux brumes définitivement enfouies et pourtant toujours pleinement vivaces, de cette activité qui sous le sommeil et la langueur, révèle à pas feutrés à peine perceptible, ce feu primitif, cette vitalité première, celle du temps de l’innocence qui a conservé son or originel : ses rubatos et ses phrasés y sont d’un ciselé superlatif. La D 960 reste l’offrande la plus aboutie et la plus personnelle. Un sommet. Le temps qui diffuse Pires est celui de la lente reconstruction, une régénération de l’intérieure. Que ce Schubert est salvateur… un baume pour l’âme comme Vermeer nous l’indique dans Leçon de musique. Coffret événement.

Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon)

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