CD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019).

ELLE cd critique review cd classiquenews - rebeka-marina-riga-cd-opera-critique-cd-classiquenewsCD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019). On l’avait quittĂ©e au disque depuis un prĂ©cĂ©dent rĂ©cital intitulĂ© « Spirito » (dĂ©jĂ  CLIC de CLASSIQUENEWS)
 « Elle », diva cĂ©lĂ©brĂ©e de la Baltique, chante les grands airs de l’opĂ©ra romantique français. Un dĂ©fi linguistique pour la chanteurse lettone : Marina Rebeka (“Artist of the Year” ICMA award) dont on salue ici la prise de risque assumĂ©e : chanter le français alors qu’elle est au sommet de ses possibilitĂ©s. Sa Louise est extatique mais charnelle ; son HĂ©rodiade, plus articulĂ©e encore, digne et pleine de langueur amĂšre vis Ă  vis du ProphĂšte Iokaanan (« ProphĂšte bien aimĂ©, puis-je vivre sans toi ? »), un personnage idĂ©al pour la voix de Marina Rebeka, soprano ample, dramatique, qui ne manque pas de puissance. Tout se joue ici selon sa facultĂ© Ă  nuancer, Ă  phraser et Ă  colorer chaque intonation du texte, riche en connotations liĂ©es Ă  la situation dramatique et psychologique de chaque sĂ©quence. Reconnaissons l’autoritĂ© franche avec laquelle la diva sait incarner, sachant aussi canaliser son formidable instrument.

Marina Rebeka : le tempérament romantique et français

Plus douce et tendre encore, l’admirable ChimĂšne de Massenet (Le Cid), « prĂ©parĂ©e » par le solo de clarinette, impose une hĂ©roĂŻne tout aussi meurtrie, Ă  l’ñme brisĂ©e dont le chant exprime le dĂ©sespoir lacrymal. Les couleurs de la diva sonnent justes et trĂšs affinĂ©es (  » et souffrir sans tĂ©moins. »). De toute Ă©vidence, la soprano nĂ©e Ă  Riga, cultive ici une couleur fauve et fĂ©line, sombre et caverneuse qui rappelle la tragĂ©dienne Callas (dĂ©jĂ  observĂ©e dans son dernier cd « Spirito »), offrant une vision Ă  la fois sincĂšre et exacerbĂ©e de ChimĂšne ; Massenet atteint un sommet d’extase tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e qui fait de son hĂ©roĂŻne cornĂ©lienne, la sƓur de Werther : une Ăąme ardente et maudite, condamnĂ©e Ă  souffrir. VoilĂ  donc un nouveau disque qui couronne la cantatrice rĂ©vĂ©lĂ©e en 2009, il y a plus de dix ans, au festival de Salzbourg sous la direction de Muti.

AprĂšs les 3 premiers airs, denses et tragiques, l’air de Marguerite de Faust offre une insouciance qui fait contraste oĂč la diva plus lĂ©gĂšre, rĂ©ussit ce tour de force entre coquetterie et insouciance. A la diffĂ©rence de nombre de ses consƓurs, « La Rebeka » concilie agilitĂ©, clartĂ© et
 puissance. Sa Carmen, plus fantasque et capricieuse encore, confirme une nette proximitĂ© avec Callas : de la chair, du texte, une puissance sans appui, et un style direct qui font ici mouche. La sirĂšne dragone, dĂ©esse de l’Amour lascif et libĂ©rĂ©e, captive.

Autre sirĂšne, mais celle conçue avant par Bizet, enivrĂ©e par la douceur de la nuit, la berceuse de Leila des PĂȘcheurs de perles, – avec cor obligĂ© : voici Carmen, assagie, en extase. La diva de Riga excelle grĂące Ă  son attention aux nasales françaises, Ă  sa ligne, au soutien (aigus souverains et derniĂšre note). Le chant berce et captive lĂ  encore par la justesse de son approche.

Parmi les autres hĂ©roĂŻnes abordĂ©es : Manon, Juliette, avouons que la chair embrasĂ©e qui indique le poids de l’expĂ©rience passĂ©e et les Ă©preuves endurĂ©es, gagne un surcroĂźt d’évidence dans le rĂŽle charnel et mystique de ThaĂŻs de Massenet dont Marina Rebeka chante deux airs centraux : « Ah je suis seule », la courtisane seule dans une vie factice et vide ; puis « O messager de Dieu », rĂ©vĂ©lation divine pour la grande pĂȘcheresse d’Alexandrie qui reçoit et accepte l’opĂ©ration spirituelle qui la terrasse (« ma chair saigne. », symptĂŽme de la fameuse MĂ©ditation, prĂ©cĂ©demment jouĂ© au violon solo)
 La tension sous-jacente et le travail de la mĂ©tamorphose qui sont Ă  l’Ɠuvre dans l’esprit Ă©prouvĂ© de la jeune femme, sont idĂ©alement incarnĂ©s par le beau chant, expressif et sobre de la soprano. Dommage cependant que sa ThaĂŻs perde l’intelligibilitĂ© du français. Ne subsiste que la justesse des couleurs.
CLIC D'OR macaron 200TrĂšs pertinente inclusion dans ce condensĂ© d’opĂ©ra romantique français oĂč rĂšgnent surtout Gounod et l’incontournable Massenet : la cantate pour le Prix de Rome, L’Enfant Prodigue du jeune Debussy: « l’annĂ©e, en vain chasse l’annĂ©e » : le tragique harmoniquement rare du jeune Debussy s’inscrit dans la droite ligne du Massenet le plus mordant et Ăąpre, Ă  laquelle la double invocation : « AzaĂ«l, AzaĂ«l
 pourquoi m’as tu quittĂ©e? », apporte sa blessure mordorĂ©e maternelle que la diva incarne idĂ©alement. Mais lĂ  encore, malgrĂ© des moyens captivants en couleurs et intonations, malgrĂ© l’intelligence de la caractĂ©risation, on regrette en cette fin de rĂ©cital globalement excellent, la perte de la prĂ©cision linguistique. Vite un coach en français pour la diva au talent phĂ©nomĂ©nal : le dernier air de Juliette de Gounod (« Verse toi-mĂȘme ce breuvage, O Romeo, je bois Ă  toi ! ») saisit par son relief expressif, une couleur elle aussi mordante et mĂȘme vĂ©riste, d’une belle conviction chez Gounod dont l’hĂ©roĂŻne tragique, Ă©perdue, revĂȘt ici une incarnation trĂšs impliquĂ©e et charnelle
 Quel chien, quel tempĂ©rament : sa Juliette n’a rien de frĂȘle ; tout respire ici la fureur d’une hĂ©roĂŻne romantique que l’amour embrase jusqu’à la mort. Ses Carmen, Marguerite, ThaĂŻs promettent ici de prochaines prises de rĂŽles, sans compter ce que l’on propose Ă  la chanteuse manifestement passionnĂ©e par le français, un prochain rĂ©cital de mĂ©lodies françaises. A suivre
 de trĂšs prĂšs. Evidemment, comme son prĂ©cĂ©dent « Spirito », le CLIC de CLASSIQUENEWS pour « ELLE ». bravissima Rebeka !

 

 

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ELLE cd critique review cd classiquenews - rebeka-marina-riga-cd-opera-critique-cd-classiquenewsCD, critique. ELLE : MARINA REBEKA, soprano (french opera arias, 1 cd PRIMA classic, 2019) – Sinfonieorchester St.Gallen – Michael Balke, direction/ EnregistrĂ© en Suisse en mai 2019 – 1 cd PRIMA classic - CLIC de CLASSIQUENEWS de mars et avril 2020.

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https://marinarebeka.com/

 

 

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano (1 cd Prima classic, juillet 2018)
 Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

 

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