CD, compte rendu critique. FAURE : Philippe Cassard, Jacques Mercier (1 cd La Dolce Volta).

visuel Cassard-ONL-Faure cd dolce volta-1CD, compte rendu critique. FAURE : Philippe Cassard, Jacques Mercier (1 cd La Dolce Volta). Le programme mĂȘle piĂšces pour piano seul (Nocturnes n°2, n°4 et 11), pour orchestre sans piano (Suite de PellĂ©as, ouverture de PĂ©nĂ©lope) et Ă©videmment, partitions concertantes rĂ©unissant les deux (Ballade et Fantaisie). Soit plus d’une heure de pure FaurĂ© dont toujours quelque soit la durĂ©e et l’orchestration, quelque soit la ligne mĂ©lodique et la parure harmonique-, l’élĂ©gance, suprĂȘme, souveraine, s’impose Ă  nous.
CLIC_macaron_2014Il faut bien toute la dĂ©licatesse digitale et cette fluiditĂ© enivrĂ©e dont est gĂ©nĂ©reux le pianiste Philippe Cassard, pour exprimer la profonde vitalitĂ© des Nocturnes (en particulier la fougue schumannienne de l’épisode central du n°2), et plus encore, ce qui fait basculer le n°4 dans l’onirisme suspendu du Tristan de Wagner, 
 rien de moins. Connaisseur, praticien de longue date d’un FaurĂ© Ă  la fois complice et conteur, Philippe Cassard qui doit cette passion faurĂ©enne Ă  ses professeurs de piano (Lazare-LĂ©vy, puis Dominique Merlet, lui-mĂȘme disciple de Roger-Ducasse, un proche de FaurĂ©), s’épanouit en terres d’élection, restituant dans ce terreau Ă©lĂ©gantissime, toutes les rĂ©fĂ©rences et le bouillonnement inventif, ce goĂ»t des climats sensuels et Ă©thĂ©rĂ©s qui sont la marque de FaurĂ© l’aristocrate. RaffinĂ© mais jamais superficiel ; racĂ© sans ĂȘtre artificiel. L’inspiration du pianiste exprime au contraire tout ce qu’ont d’intĂ©rieur, de profond voire de grave et d’inquiĂ©tude rentrĂ©e et polissĂ©e, les 3 sublimes Nocturnes sĂ©lectionnĂ©s parmi un catalogue abondant (sur les 13 Nocturnes laissĂ©s par le compositeur, Ă©lĂšve et ami de Saint-SaĂ«ns).

ÉlĂ©gance FaurĂ©enne

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSAu nombre des riches rĂ©vĂ©lations de ce recueil monographique, distinguons surtout l’énergie irrĂ©sistible et visionnaire de la Fantaisie, composĂ©e par un septuagĂ©naire quasi sourd, encore inspirĂ© par une imagination fĂ©conde et sans limite portĂ©e par le chant Ă©tincelant du piano : ni effet, ni bavardage, mais l’essence de la musique. Rien de narratif ici, mais une pensĂ©e qui expĂ©rimente dans la forme concertante, oĂč la musique jamais narrative, devient temps, espace, action. SimultanĂ©ment Ă  son unique Quatuor qui recueille l’expĂ©rience et la rĂ©flexion de la maturitĂ© ultime, la Fantaisie opus 111 est Ă©crite Ă  la fin de la guerre (Ă©tĂ© 1918). Il n’est guĂšre que les Concertos pour piano de Saint-SaĂ«ns qui atteignent cette libertĂ© Ă  la fois concise et directe ; en 3 mouvements (Allegro molto moderato, Allegro vivace, Allegro molto moderato),  sa coupe Ă©nergique, sa dĂ©termination mesurĂ©e, cet Ă©lan viscĂ©ral sont d’autant plus poignants de la part d’un auteur physiquement diminué 

METZ. Philippe Cassard dĂ©voile la clartĂ© de FaurĂ© et RavelPhilippe Cassard en restitue la santĂ© active, une bonhommie voire une insouciance qui cible la plĂ©nitude avec une orchestre prĂȘt Ă  rĂ©pondre et Ă  jouer. Le piano danse, caresse l’opulente soie orchestrale  et semble dialoguer avec elle. Jacques Mercier dĂ©taille, Cassard stimule et trouve un juste Ă©quilibre oĂč rayonne l’instinct de plus en plus enivrĂ© du compositeur. Sa vitalitĂ© lumineuse affirme dans la vieillesse une Ă©nergie sans faille, la plĂ©nitude de ses forces vitales. Belle rĂ©vĂ©lation. Comme l’est, Ă  l’extrĂ©mitĂ© opposĂ©e de la carriĂšre, la Ballade et son naturel souple et coulant jusqu’à l’extase finale, traversĂ© de chants d’oiseaux (1881).

L’Orchestre national de Lorraine fait valoir ses qualitĂ©s de couleurs et de narration dans les deux incursions lyriques dont ici, la puissante ivresse de l’orchestre sĂ©duit immĂ©diatement : la Suite de PellĂ©as et MĂ©lisande opus 80, soit 16mn, concentre en 4 Ă©pisodes, le drame Ă©nigmatique des amants maudits conçu Ă  partir d’une adaptation londonienne d’aprĂšs Maeterlinck en 1898. Temps forts de ce cycle Ă  l’orchestration aussi transparente qu’éblouissante : la Fileuse (qui Ă©voque l’activitĂ© avĂ©rĂ©e de MĂ©lisande filant sa quenouille pour tuer son ennui dans le chĂąteau d’Allemonde : un aspect Ă©cartĂ© chez Debussy), et surtout la mort de MĂ©lisande, suggĂ©rĂ© par le Molto adagio final, 
 immersion dans la tendresse la plus mystĂ©rieuse. Car MĂ©lisande demeure une Ă©nigme, avant, pendant aprĂšs sa vie terrestre.

L’ouverture de PĂ©nĂ©lope (opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  Monte-Carlo en 1907) confirme et l’élĂ©gance naturelle du FaurĂ© inspirĂ© par HomĂšre, et les vertus expressives de l’orchestre lorrain sous la direction de Jacques Mercier. La tonalitĂ© de sol mineur, Ă  la fois amoureuse et introspective combine le portrait des amants sĂ©parĂ©s : la triste attente de PĂ©nĂ©lope, puis l’éclat viril d’Ulysse, avant leurs retrouvailles finales.

IdĂ©alement Ă©quilibrĂ©, entre les piĂšces intimistes, graves et profondes (Ă©clairs dissonants du funĂšbre Nocturne n°11 de 1913, de loin la piĂšce la plus impressionnante par son introspection calme, sereine) et les partitions dramatiques liĂ©es Ă  la scĂšne, le programme Ă©ditĂ© par La Dolce Volta est une entrĂ©e magistralement rĂ©ussie, parfaitement emblĂ©matique, pour mieux pĂ©nĂ©trer le gĂ©nie de Gabriel FaurĂ©. C’est aussi une rĂ©alisation Ă©ditoriale tout Ă  fait dans la ligne artistique du label français qui a choisi l’élĂ©gance et le raffinement comme qualitĂ©s affichĂ©es de sa marque. En ce sens, rien n’égale la classe de FaurĂ©. Fond et forme s’accordent donc.

 

——————————

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. GABRIEL FAURÉ : Nocturnes, Ballade, Fantaisie, Suite PellĂ©as et MĂ©lisande. Philippe Cassard, piano. Orch National de Lorraine. Jacques Mercier, direction (1 cd La Dolce Volta — 1h08mn — enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet 2016 Ă  l’Arsenal de Metz). CLIC de classiquenews, octobre 2017

CASSARD-Philippe-concert-METZ-vue-du-paradis-critique-par-classiquenews-Cyrille-Guir-Arsenal-Cite-Musicale-Metz-5866LIRE aussi notre critique complĂšte du concert FaurĂ©, Ravel Franck par les mĂȘmes inteprĂštes : Philippe Cassard et l’Orchestre Nat de Lorraine / Jacques Mercier, Ă  Metz, Arsenal, Grande Salle, le 13 octobre 2017 (Philippe Cassard y jouait la Ballade et en bis, le Nocturne n°2).

——————–

LIRE aussi notre critique du cd LA DOLCE VOLTA : Pascal Amoyel joue les Polonaises de Chopin — clci de classiquenews de mai 2016

VOIR aussi notre reportage vidéo PASCAL AMOYEL joue les Polonaises de Chopin / La Dolce Volta

Comments are closed.