CD, coffret. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Annonce

gulda friedrich mozart the mozart tapes concertos sonatas deutsche grammophon complete recordings 10 CD presentation review critique classiquenews juin 2015 4822418_Gulda_Mozart_PackshotCD, coffret. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Friedrich Gulda. Né en 1930, décédé en 2000, à 70 ans, le pianiste est passé de la scène glorieuse des théâtres de prestige à une carrière plus chaotique marquée par des engagements contestataires moins lisses et conformes que l’excellence de son jeu et sa prodigieuse musicalité le font paraître. Légende vivante, l’artiste suscite un tel engouement que le public s’enthousiasme comme s’il s’agissait de Dieu le père donnant un récital, réservant illico sans savoir au juste ce que la star allait jouer : Bach, Mozart, Debussy… ou du jazz. Selon ses humeurs. Le tempérament destructeur et volontiers libertaire du pianiste est à chercher du côté de ses origines viennoises, dans ce berceau certes mélomane mais si rétrograde et bourgeois qu’il s’est plu à en fustiger les tensions réactionnaires, le conformisme étriqué. Avec son petit bonnet vissé sur le crâne qui lui donnait un air de gourou hindou venu de son Ashram régénérateur, Gulda a toujours aimé cultiver sa différence, son unicité dans/contre le système.

 

 

 

Etre libre

 

Jamais la liberté d’un artiste n’a plus compté que depuis l’insolent Mozart quittant ce Salzbourg honnis et méprisant pour son génie : Gulda fait de même vis à vis de Vienne et du bon public bourgeois, l’insoumis n’entendait jamais pactiser avec la tentation de l’impérialisme hitlérien, ce facisme si facilement exprimé dans les années 1930, qui prenait source dans l’antisémitisme qui fit démissionner Mahler de la direction de l’Opéra d’état en 1907… Voilà ce qu’incarne le geste impertinent mais libre de Gulda le magnifique à la face des mélomanes nantis viennois. Mozart est un dieu pour Gulda qui se délectait à jouer ses Å“uvres et est mort le même jour que lui, un 27 janvier…
GULDA friedrich piano classiquenews Friedrich+Gulda+guldaIconoclaste certes, Gluda interroge l’obligation viscérale de l’artiste dans la société et vis à vis du monde : jouer comme un divertissement sans esprit critique n’a pas de sens. L’art sans la conscience et la critique ne vaut rien : voilà la clé pour comprendre la démarche d’un Gulda toujours sur le fil de la dénonciation, d’un débordement critique et minutieusement ciblé : ainsi paraît-il nu à la télé autrichienne, avec sa femme, toute aussi nue que lui, pour interpréter Schumann (L’amour et la vie d’une femme), ainsi surtout refusa-t-il l’anneau du bicentenaire de Beethoven proposé en 1970 par l’Académie de Vienne, l’équivalent de la Légion d’honneur : une distinction que Gulda se plut à écarter car il n’estima jamais assez le goût des Viennois : s’il acceptait, c’était reconnaître que les Viennois avaient bon goût… S’il y eut des Viennois qui avaient la haine des juifs, Gulda le viennois prit soin de démontrer qu’il pouvait lui aussi avoir la haine… des Viennois.
Musicien prodigieux, Gulda apprit du maître Bruno Seidlhofer (à l’Académie de musique de Vienne), lequel eut ensuite comme élèves, Martha Argerich et Neilson Freire… les deux jeunes pianistes ne faisaient que suivre l’exemple de leur idole. En dépit de ses frasques et débordements souvent excessifs ou abusifs, Gulda éblouissait par son intelligence musicienne, un jeu solaire qui dépassait largement les petites provocations de l’homme.
L’intelligence, la douceur badine et pourtant sincère et si juste de ses Mozart éblouissent ici dans ce coffret Deutsche Grammophon de 10 cd regroupant toutes les gravures réalisées pour la marque jaune, de 1948 à 1999. 51 années d’une carrière où le pianiste pose clairement l’enjeu d’une vie d’interprète : jouer c’est exprimer et aussi provoquer. Contre la tiédeur et la quête uniforme asséchante, désincarnée de la performance au nom de la musique, Friedrich Gulda affirme une autre dimension, celle du sens et de la finalité de chaque proposition musicale.  Contemporain d’un autre dieu du piano, Glenn Gould, Gulda à l’inverse ne cesse d’interroger son rapport au public dans un questionnement parfois tendu mais si communicatif que son confrère avait d’emblée écarté en ne se consacrant très vite qu’à l’enregistrement en studio. L’art de Gulda est demeuré attaché au concert en public quitte à le remettre toujours en question (et à détruire ou rejeter ce qu’il avait accompli précédemment) : un paradoxe érigé en moteur d’avancement. Il est resté depuis sa disparition un phénomène inégalé, le pur artiste défiant l’ordinaire, le conforme, le normé. Or en art, il n’est pas de règle, seule la liberté et la passion priment, au prix d’une discipline de fer : c’est la clé des grands inégalés.

CD, coffret. Compte rendu critique. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Tracklisting / sommaire du coffret Mozart par Friedrich Gulda

CD1-5 : l’intégrale des enregistrements Mozart (Sonates et Fantaisie K475)

CD2 6 : les Sonates enregistrées par Deutsche Grammophon et les derniers enregistrements (K331,457,570,576)

CD 7-8: les Concertos pour piano (Wiener Philharmoniker, Claudio Abbado)

CD 9-10: les premiers enregistrements depuis 1948

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