Brahms: Gardiner, nouveau prophète? Gardiner dépoussière Brahms…

Gardiner dépoussière Brahms

Chez SDG (Soli Deo Gloria), le label qu’il a fondé, John Eliot Gardiner édite un programme dédié à Johannes Brahms. Le dialogue des pièces chorales sélectionnées avec la riche texture de la Symphonie n°3, précise une nouvelle compréhension sonore de l’univers brahmsien: plus limpide et transparent, plus instrumental et nuancé, le geste du chef britannique offre une alternative convaincante aux approches plus épaisses des chefs du passé… Lecture événement.

En soulignant combien il y a chez le Brahms symphoniste, une pensée chorale, le hef britannique Gardiner dépoussière notre perception de la sonorité brahmsienne. Vitalité et nervosité des textures, attention portée à la clarté de la polyphonie, à la progression harmonique comme à l’assise rythmique, le geste du maestro se révèle capitale, d’autant plus nouvelle, que la tradition d’un Brahms dense, pâteux voire dense a toujours été la règle depuis Karajan, entre autres.
L’idée de mêler dans un même programme pièces chorales et symphonie a été richement démontrée et explicitée lors d’un cycle thématique à la salle Pleyel à Paris en novembre 2008.

Les bénéfices d’une telle approche éclaircissent le dramatisme flamboyant voire lyrique de Gesang der Parzen opus 89 (1882), pour choeur mixte et choeur, dont l’activité chorale (d’après Goethe) demeure captivante du début à la fin.
Même enthousiasme pour la lecture de la Symphonie n°3 d’une limpidité articulée, plus équilibrée instrumentalement que beaucoup d’autres versions. De surcroît, Gardiner dans ce programme regroupant des live parisien et londonien 2007 et 2008, allège et fait palpiter la riche texture brahmsienne avec un souci du timbre souvent superbe et cette “vocalità” instrumentale dont il est le nouveau champion. Son engagement “ose” même en live la tenue des cors naturels (on sait combien Brahms réprouvait l’usage de cors chromatiques), d’une justesse admirable: le grain cuivré et d’une netteté revivifiée du cor, fusionné aux autres pupitres (lisibilité des bois et des vents) est l’apport le plus louable de l’entreprise. D’autant que tout le programme entre pièces chorales et symphoniques illustre aussi un fil rouge autour d’un thème automnal du cor de chasse.

Le paysage sonore qui en découle est convaincant, et l’image musicale qui gagne en relief et en caractère, plus équilibrée. D’une limpidité naturelle irrésistible. Evidemment les partisans d’une approche plus traditionnelle, plus dense, trouveront ce geste doctrinal, ses effets et options systématiques voire réducteurs. En vérité, Gardiner, moins magistral que visionnaire, souvent poétique (respirations tendres sans appui de l’andante célébrissime de l’opus 90), nous offre une alternative indiscutablement légitime. A écouter en priorité.

Johannes Brahms (1833-1897): Pièces chorales dont Gesang der Parzen opus 89 (1882), Symphonie n°3 opus 90 (1883). Nänie, opus 82 (1880-81). Orchestre Révolutionnaire et romantqiue. the Monteverdi choir. John Eliot Gardiner, direction.

Lire aussi la critique complète du cd SDG: Johannes Brahms (1833-1897): Pièces chorales dont Gesang der Parzen opus 89 (1882), Symphonie n°3 opus 90 (1883). Nänie, opus 82 (1880-81). Orchestre Révolutionnaire et romantqiue. the Monteverdi choir. John Eliot Gardiner, par notre collaborateur Hubert Stoecklin.

Dépêche CD rédigée par Carter Chris Humphray sous la direction de Anthony Goret, directeur de la Rédaction Cd de classiquenews.com

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