Alexandre Tharaud, Chopin: Journal intime 1 cd Virgin Classics

Alexandre Tharaud joue Chopin
Journal intime

Il a fait toute sa carrière discographique chez Harmonia Mundi. Fin 2009, c’est pourtant pour Virgin classics, récemment adopté que l’artiste atypique, vrai “nature pianistique” réalise son album le plus personnel, nouveau sommet de la confession pudique et sincère. L’année Chopin commence déjà fort.
Ce joyau intime dévoile l’affinité communicante et suggestive d’un immense Chopinien qui relit ici des morceaux connus, souvent joués mais totalement investis, grâce à la force mystérieuse du souvenir lié à chaque mélodie. Dans cet opus se livre Tharaud/Chopin: le premier soulignant chez Chopin, une délicatesse dédiée au sentiment; le second soulignant combien il y a de la fraternité d’âme et une disposition toute proustienne, dans le geste du premier.
Le profil est hors cadres: Alexandre Tharaud vit une nouvelle maturité, celle où l’artiste prend du recul sur son métier; il ne s’agit plus de surprendre le public et gravir la montagne du jeu; de nouveaux paysages musicaux se dessinent devant le musicien: performances interdisciplinaires (collaboration avec le théâtre équestre de Bartabas en 2006 avec les Concertos italiens de Bach), ou comme aujourd’hui Leif Ove Andsnes (autre artiste maison signé chez Emi), dialogue avec des plasticiens… Il convient aussi en homme de goût et de culture, qui réfléchit sur chaque engagement de répertoire, de trouver à s’épanouir. Les champs de ce disque sont ancrés dans une identité forte: en jouant Chopin, Tharaud nous dévoile ce qui lui évidemment très cher.

Pari tenu et réussi dans ce Chopin intime et personnel qui lui permet de réaliser (enfin) une sorte de journal intime: le pianiste nous tend la main (visitez son site internet. Adresse indiquée en fin d’article) et nous fait pénétrer dans son jardin secret, serti de pièces précises et somptueuse qui sont les écrins d’une pensée et d’une sensibilité admirables.
Quel toucher (énoncé simple et naturel, précision perlée qui rapprochent Chopin de la grâce baroque de Couperin, Bach ou Rameau…), quelle cohérence dans l’approche stylistique, autant que dans la conception du programme. L’auditeur retrouve les qualités d’un geste unique: fluidité et tension, clarté et articulation, richesse des voix souterraines, tendresse et mesure d’une approche vocale… Sur un Steinway à la fois clair et chaud, idéal pour Chopin, l’interprète décrypte le chant hypnotique de la Contredanse (1827), “petit bijou si rarement enregistré”, l’ivresse exaltée et retenue de la Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur (1833-1834), l’espérance et le désir intérieur du Nocturne en mi bémol majeur… Il confesse que les deux Ballades (1831-1839), la Fantaisie (1841), les Ecossaises (1826-1830), plusieurs Mazurkas ont “marqué” sa vie. Déjà plébiscité et récompensé pour des Valses surprenantes, et des Préludes plus anciens, Alexandre Tharaud reprend les oeuvres de Chopin avec une gourmandise renouvelée: réitération, réappropriation, recréation. Le pianiste convainc car son Journal Chopinien révèle la connivence fraternelle qui le lie au compositeur romantique: ici se mêlent les souvenirs d’une vie de musicien: les personnalités qui l’ont mené à la musique (Mireille, Carmen Taccon-Devenat qui fut son “génial” professeur, …), la présentation au concours d’entrée au Conservatoire, la dernière trace des amis disparus… Album événement, enregistré en mai 2009 à Paris (Ircam).

alexandre Tharaud, journal intime, chopin, cd, virgin classicsAlexandre Tharaud, piano: Journal intime. Parution annoncée chez Virgin
classics en novembre 2009. Prochaine critique développée dans le mag cd de classiquenews.com

Visitez le site d’Alexandre Tharaud

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