jeudi 29 octobre 2026

ENTRETIEN AVEC Gérard BEKERMAN, Président de La Fondation Long-Thibaud à propos de l’édition 2026 du Concours Long-Thibaud / violon

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Depuis plus de 80 ans, le CONCOURS LONG-THIBAUD, créé en 1943, cultive l’excellence musicale, sait distinguer les tempéraments les plus convaincants, transmettre ses coups de cœur. Fleuron des Concours internationaux, la compétition occupe une place remarquable tant par le niveau artistique, à chaque édition préservé, que dans sa capacité à se renouveler… Cette année, une vingtaine de jeunes violonistes concourront dans l’émulation et la bienveillance. Modalités de recrutement, profils des candidats, anciens lauréats justement distingués, évocation des deux artistes fondateurs, nouveautés, accompagnement des primés… autant de sujets qu’aborde et éclaire pour classiquenews, Gérard Bekerman, président de la Fondation Long-Thibaud

 

 

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Photo : Gérard Bekerman, Président de la Fondation Long-Thibaud

 

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Depuis sa création en 1943, comment expliquez-vous que le Concours ait pu se maintenir à un tel niveau d’excellence et de prestige ?

Gérard Bekerman : Pour au moins trois  raisons :  le prestige de ses Fondateurs, la qualité des lauréats et le renom des jurys. Regardez : Marguerite Long, élève de l’illustre Marmontel, qui croisait les Chopin ou Liszt, amie de Ravel,  de Debussy, qui la sauvera de sa tentative de suicide en apprenant la mort de son jeune mari, le Capitaine Joseph de Marliave, tué par les premières balles allemandes en 1914, et dédicataire  du Tombeau de Couperin, et son acolyte Jacques Thibaud. Il faut garder en mémoire que ces deux artistes brillaient, telles deux étoiles, dans le monde musical de leur époque. Leur rayonnement  embrassait le monde des arts et de la politique avec l’Empereur du Japon, Charly Chaplin, Aragon, Cocteau, le Général de Gaulle,  Chagall, puis Maria Callas, la Reine Elisabeth de Belgique, élève de Thibaud,  Arthur Rubinstein, Yehudi Menuhin, Henryk Szeryng, Darius Milhaud. Veuve, Marguerite Long consacrera sa vie à la pédagogie et au Concours. Elle qui n’en avait aucun, en aura plus de 100,  les tout jeunes comme Aldo Ciccolini, Alfred Brendel, qui âgés de 18 ou 19 ans au moment du Concours lui écriront pour subvenir à leurs « besoins d’étudiant sans argent » Paul Badura Skoda ou Bruno Leonardo Gelber. Le concours s’illustrera aussi avec ses lauréats tels Samson François, Michèle Auclair, Brigitte Engerer, Mihaël Rudy, Elisabeth Leonskaya, Vladimir Feltsmann et tant d’autres. Le renom de ses fondateurs ouvrira aussi toutes les portes des salles de concert, des orchestres, des ministères et des médias. Nous avons conservé les archives de la Fondation Long Thibaud, des mots de Monsieur Tchaïkovski, des enregistrements de cadences du ré majeur de Beethoven écrites par Jacques Thibaud, de belles lettres de Maurice Ravel, de photos de la jeune Marguerite Francfort, la très fortunée épouse de Thibaud qui,  en cadeau de noces,  offrira à son mari  si séducteur, le Stradivarius de Baillot avec l’archet Pique de Viotti, et enfin, ses dernières photos à Saint Tropez avec …Gilbert Bécaud et Bourvil. L’excellence du Concours Long Thibaud tient , je pense, à toute cette histoire, la belle époque d’une France des arts et de la culture. Il  ne faut pas se méprendre sur cette date 1943. La France vit sous l’occupation, la pire année. Certains artistes auront été ambivalents, rendant , certes, parfois mais rarement,  des services à des proches de la résistance ou de confession israélite. Mais Marguerite Long, dont l’époux, je l’ai dit, fut fusillé en 1914, ne nourrissait  aucune sympathie à l’égard des Allemands. En pleine guerre,  le premier Concours ne fut pas ouvert aux pays étrangers.  Sa mission fut de donner aux jeunes artistes français, consolation et espérance.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment se déroule le recrutement des candidats ? Selon quels critères ?

Gérard Bekerman : Spontanément. Les candidats s’inscrivent par voie électronique, nous adressent leur programme, leur biographie et doivent avoir entre 16 et 33 ans. Ils viennent d’un grand nombre de pays. Cette année, au violon parmi les 20 candidats qualifiés, sur les quelque 200 candidats, il y a dix hommes et dix femmes dont la moitié d’Europe.  Au piano,  Certaines œuvres sont imposées, comme les mouvements 1 et 4 de la Sonate n°2 de Chopin, une exigence de Marguerite Long, un autre morceau imposé,  par exemple le Scherzo opus 12 n°10 de Prokofiev, car il faut aussi des doigts solides pour passer le Long Thibaud. Mais pas uniquement. Les doigts doivent servir une âme. Nous aimons bien imposer le 2e Impromptu en fa mineur de Fauré.   J’ai, dans les archives , des commentaires très intéressants et parfois comiques, notamment sur ce candidat, dont je suis obligé de taire son nom, tant sa carrière deviendra prestigieuse : «  ce jeune hommes a plus de doigts que d’esprit… », dira un juré.  A vrai dire, le critère est double et cette dualité se retrouve dans les morceaux imposés. Par exemple, à la prochaine édition violon du Concours, du 10 au 14 novembre 2026, tous les candidats devront jouer et un Caprice de Paganini et l’Andante et l’Allegro de la 2e Sonate en la mineur de J.S. Bach. Un Caprice, comme son nom l’indique, peut être libre. Avec Bach, me semble t-il, on sait à qui on a « affaire » tout de suite, la grammaire, l’esprit, qui sait, une vérité qui vient de haut  et nous emmène loin…   Les doigts sont une morphologie pour servir. La musique doit rester la priorité, le but.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Concernant le profil des candidats, avez vous constaté des évolutions, des éléments marquants (âge, nationalité, répertoire,…) ?

Gérard Bekerman : Peu d’asiatiques  se présentaient au Concours il y a quelques décennies. Les choses ont bien changé. La domination des Coréens, des Chinois et des Japonais  illustre la nouveauté. Curieusement, cette année, la moitié des candidats qualifiés viennent aussi des Etats-Unis, Russie, Ukraine,  Norvège, Italie, Hongrie, et même de France ! Nous saluons cette diversité géographique. Mais il ne faut pas se méprendre sur cette présence des asiatiques. Avec qui travaillent-ils à vrai dire ? Souvent avec des professeurs issus de nos Conservatoires, formés ici, en France, respectant le style, l’élégance, l’esprit du piano que chérissait Marguerite Long et Jacques Thibaud au violon, et qu’ils importent maintenant dans leur propre pays. Nombreux sont les artistes français, les pédagogues qui assurent ou ont assuré  des classes de maître en Asie où ils jouissent d’une véritable renommée. Je pense hier à Germaine Devèze, Sabine Lacoarret, Eric Heidsieck et, aujourd’hui à Marc Laforet , Yves Henri ou Jean-Marc Luisada. Quelque chose me frappe. Regardez Saehyun Kim, 1er grand prix du Long Thibaud 2025. Il  était invité par le Festival de La Roque à jouer en récital à 21h. Votre consoeur, Marie-Aude Roux, avait pris sa plume dans le journal Le Monde. Quelle plume ! On eût dit du Boileau dans L’art poétique pour louer en des termes élogieux le jeune prodige. Et, quelle reconnaissance pour la France lorsque Saehyun gravera  chez Warner son premier CD  où il n’oubliera pas  Fauré, si proche de Marguerite Long.   Au fond, la musique n’a pas vraiment de nationalité. Elle est un langage universel.  Elle n’a pas besoin de passeport pour voyager. Quant à la performance « digitale » , elle est parfois séductrice, mais rarement séduisante. Elle peut plaire un moment, distraire, une prouesse  dont on voit bien qu’elle  s’arrête à partir du point où on attend autre chose. Ecoutons l’immense Cziffra dans l’Etude en tierces ou la Révolutionnaire. Il transcende la technicité, s’en moque, la tourne en dérision, tel un apprenti sorcier, car sa vision était bien la musique, l’art dans sa beauté. Seule,  l’intelligence artificielle  sera prochainement capable d’égaler la justesse et la puissance de ses doigts. Jamais elle n’approchera de son âme. Quand Cziffra joue cette Etude  Révolutionnaire, le sang, le feu, les barricades, le déchainement d’un peuple révolté, si fragile et si puissant,  jaillissent de son âme ! Qui sait, le Long Thibaud pourra-t-il un jour découvrir un 1er Prix qui se rapprochera de son génie.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : quels grands artistes ont marqué depuis l’Après-guerre le Concours (comme membres du jury ou comme lauréats) ?

Samson François, 1er prix du premier Concours en 1943 , la même année que Michèle Auclair au violon.  Il y en aura tant d’autres par la suite. J’ai peur d’oublier une célébrité. Je pense à : Aldo Ciccolini, Peter Frankl, Gérard Jarry,  Pascal Rogé, Vladimir Feltsman, Mikhaël Rudy, Alexandre Brussilovsky, Jorge Luis Prats, Stanislas Bounine, Christophe Boulier, Cédric Tiberghien, Hyuk Lee, Masaya Kamei , Bohdan Luts et Saehyun Kim. Je voudrais aussi citer d’autres artistes qui, sans avoir eu le 1er prix ont connu une si grande carrière : Alfred Brendel, Elisabeth Leonskaya , Frédéric Aguessy , François-René Dûchable ou Bruno Leonardo Gelber.

 

 

CLASSIQUENEWS : Notez-vous une nouveauté cette année ?

Beaucoup d’Européens sont candidats et le jury réunit d’éminents artistes tels que Maxim Vengerov, Gidon Kremer, Silvia Marcovici, Gérard Poulet, Boris Kuschnir, Mihaela Martin, Corina Belcea, Pavel Vernikov, Vera Weiling Tsu et Nathan Mierdl. Une  autre nouveauté : le système de vote que j’ai mis en place. Il n’y a pas de moyenne. Chaque juré remet un nom. Nous comptabilisons les réponses de chacun, sans parler et je me limite à annoncer celui qui a reçu le plus de voix, puis le second, le troisième etc. Je me souviens d’une expérience où Van Cliburn m’avait invité à un jury,  en 2000 je crois. Le modèle me semblait très approprié pour une agrégation de latin, mais pas pour un concours de piano. A la fin, c’était tout un système assez sophistiqué de notation qui permettait de départager les candidats. La musique n’adoucit pas toujours les mœurs. Elle les extrémise. Les musiciens jouent avec leur individualité, leur sens de la vie, leur conception du beau, du style. Je ne pense pas que Bach ou Chopin auraient accepté un système de notation avec des chiffres. Le mieux est de ne pas parler et de dire je suis pour cette candidate et contre ce candidat. De toutes façons, il est bien difficile de convaincre un musicien quand il n’est pas convaincu… J’espère, prochainement, pouvoir convaincre la Fédération mondiale des concours du nouveau modèle que le Long Thibaud a su mettre en place pour le bien de la musique, la neutralité, la sincérité  et, finalement,  le respect de tous les candidats. On a le droit de chérir un élève. Mais on a surtout le devoir de chérir tous les candidats. Une autre nouveauté est sans aucun doute la participation active de la Ville de Paris au Concours Long-Thibaud. Le Maire de Paris, Emmanuel Grégoire y tient. Il préface le programme officiel cette année. Ses 22.000 élèves des 18 Conservatoires de la Ville voteront (on aime bien voter en France) pour leur Prix qui sera remis à l’un des quatre finalistes dans leur épreuve de concerto en présence de l’Orchestre symphonique de la Garde Républicaine dirigé par Bastien Stil. Oui, le Concours renoue avec ses grands moments, du temps d’un Georges Auric, Tony Aubin, Darius Milhaud ou Roger Boutry.  C’est exactement dans l’esprit du Long Thibaud : l’engagement des jeunes. J’ajoute que l’illustre Maxim Vengerov, membre du Jury cette année,  assurera, pour eux,  une classe de maître au CRR de la rue de Madrid. Vous imaginez l’effervescence parmi ces élèves. Merci, Monsieur le Maire, cher Emmanuel ! Et partageons ce Merci avec Séverine Féron, grand serviteur de la musique à la Ville de Paris. Enfin, le Concours bénéficie aussi du soutien de France Télévisions, de Radio Classique, qui diffusera le « Best of » et la finale. Une porte vient aussi de s’entrouvrir avec Radio France qui invite le lauréat  à son célèbre Festival d’Occitanie.  Sous l’impulsion de Michel Orier et du nouveau directeur de France Musique, Stéphane Grant, et suis convaincu qu’elle sera bientôt totalement ouverte…Et je n’oublie pas la bienveillance de la Caisse des Dépôts qui a mis à disposition du Concours Long-Thibaud une des plus belles salles de spectacle au monde : le Théâtre des Champs Elysées.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pour les lauréats, vous avez à cœur de les accompagner après le Concours et la remise des prix. De quelle manière ?

Je ne vote pas, j’arbitre quand on me le demande. Les  candidats sont l’âme du Concours. Les jurés ne sont pas des juges. En 1949, lorsque le jeune Aldo Ciccolini remportera le Long Thibaud, Marguerite Long lui organisera quelque 150 concerts qui lanceront sa carrière. A l’époque il y avait des organismes dévoués, par exemple les JMF, qui apportaient une extraordinaire promotion à la carrière des jeunes artistes. C’était la belle époque. Aujourd’hui, la Fondation aide comme elle peut les lauréats. Nous avons organisé une trentaine de concerts pour chacun de nos 1ers Prix , et le plus souvent dans des salles prestigieuses. Je pense à Hyuk Lee, Bohdan Luts (qui vient de remporter également le Concours Wienavsky en Pologne), Masaya Kamei, qui sillonne le monde, ou Saehyun Kim : l’Opéra Royal de Versailles, le Concert du 14 juillet, devant des millions d’auditeurs, La Roque d’Anthéron, la Fondation Cziffra à Senlis,  Radio France, le TCE et tant d’autres. Nous pouvons également les aider pour financer leur perfectionnement à Salzburg, à Lausanne, à Paris…

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Le nombre et la fidélité de vos partenaires sont constants d’édition en édition. A quoi sont-ils attachés, quel.s élément.s du Concours les séduit/séduisent particulièrement ?

Un mécénat doit être réciproque, apporter aux deux parties. L’un des tout premiers mécènes fut Fuji Sankei. Son soutien fut décisif. Hélas, je conjugue au passé car, après quelque 30 ans, son engagement prendra sans doute fin.  Notre premier mécène est le puissant groupe  Abeille, intégré à une grande famille mutualiste de 12 millions de Français dont je fais partie.  Il est fidèle et nous sommes fidèles. Introduire dans l’entreprise les notions de qualité, de socialement responsable, le goût du beau, la vérité  du patrimoine culturel, le sens, surtout quand il est bon, de la relation à autrui, est un atout pour le monde de l’entreprise. J’ai en mémoire cette expérience si fructueuse de L’Oréal , initiée par François Dalle, au Couvent des Capucins à Montfort-l’Amaury. Il avait pour vocation d’intégrer la culture au profit des salariés d’entreprises les plus modestes jusqu’aux dirigeants : Auchan, Thomson, Rhône Poulenc. Nous parlions Montesquieu, Beethoven,  Picasso, qualité, finance (le plus ennuyeux !) ou écologie. Bruno Lussato, un ami, professeur au CNAM, estimait que la culture favorisait l’aptitude du personnel au changement et à la productivité. Des groupes de cadres, des caissières, des employés, des dirigeants, tous réunis pour faire prospérer, par l’éveil à l’art, leur propre entreprise. Nous rencontrions des Edgar Morin, Henri Dutilleux, Pierre Boulez, la petite fille de Wagner, Friedelin, de jeunes inconnus (comme moi), des célébrités,  Jean-René Fourtou, ancien PDG de Rhône Poulenc,  ou Madame Mitterand qui, à minuit, en plein diner,  devait  nous quitter   « car François l’attendait à l’Elysée » ! Pour bien diriger une entreprise, mieux vaut  ne pas être trop insensible à cette réalité.  Abeille, en est convaincu…J’aimerais bien que ce grand assureur fût imité par ses confrères. L’Etat est accablé de dettes. Les collectivités n’ont pas beaucoup de deniers. Nous n’avons plus de reines, de rois ou de marquises protectrices des Liszt ou Chopin. Stimulons le monde de l’entreprise. En nous donnant 1, nous lui rapporterons 2. Je suis sûr que les  entreprises comprennent  ce langage…

 

Propos recueillis en octobre 2026

 

Gérard Bekerman, président de la Fondation Long-Thibaud (DR)

 

 

 

 

Concours Long-Thibaud 2026 violon du 10 au 14 nov 2026

LIRE aussi notre annonce présentation : https://www.classiquenews.com/concours-long-thibaud-2026-violon-paris-les-10-11-12-13-nov-2026-sam-14-nov-finale-au-tce-paris-avec-lorchestre-symphonique-de-la-garde-republicaine-bastien-stil-direction/

En 2026, le CONCOURS LONG THIBAUD met à l’honneur le VIOLON. La compétition est l’une des plus convoitée au monde : elle est devenue depuis plus de 80 ans, un événement artistique majeur grâce à la fidélité de ses partenaires comme à l’implication des artistes qui y ont participé, comme membres du jury ou comme lauréats.

 

 

 

 

TOUTES LES INFORMATIONS sur le site de la Fondation LONG-THIBAUD : https://www.long-thibaud.org/

 

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