lundi 21 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 20 septembre 2026. ROSSINI : le Barbier de Séville. J. Montague Rendall, L. Desandre, J. Swanson, N. Alaimo… Damiano Michieletto / Jader Bignamini

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Du Rossini cousu façon Almodóvar : tel est l’extraordinaire Barbier de Séville actuellement à l’affiche de l’Opéra national de Paris. Le metteur en scène Damiano Michieletto a installé l’action dans une pauvre rue du Séville d’aujourd’hui, quelque part entre linge aux fenêtres, appartements modestes et bars à tapas. L’inspiration de Pedro Almodóvar est évidente. Pas d’Espagne de folklore : la vie ordinaire.  

 

Devant nous, trois vieilles façades d’immeubles. Au rez-de-chaussée, le bar où se retrouvent les gens du quartier. La façade du milieu est montée sur un plateau pivotant qui, lorsqu’il tourne, nous fait voir l’intérieur des appartements, chambres, paliers et cages d’escalier sur trois étages. Et il tourne, ce plateau ! Il ne cesse de tourner ! Dans ce décor tournant, les chanteurs courent, grimpent, descendent, traversent les pièces et les appartements. Ils montent et descendent les escaliers avec autant de virtuosité que les vocalises de leurs airs. S’ils portent une montre connectée comptabilisant les pas de leur journée, elle doit demander grâce à la fin du spectacle !

Pendant son célèbre air du factotum, Figaro fait plusieurs fois le tour de l’immeuble, traverse les logements, attaque les escaliers,les monte et les dévale, apparaît ici, reparaît là. Figaro-ci ! Figaro-là ! Pendant les airs célèbres de Rosine, d’Almaviva, de Bartolo, de Basile, il se passe toujours quelque chose dans les appartements du dessus, et du dessous et aux fenêtres des deux immeubles sur le côté. On peut bien sûr choisir de ne pas se laisser distraire et de revenir à l’essentiel : Rossini et ses chanteurs. Car ils sont admirables. Au bout du compte, cette mise en scène possède une telle vivacité, une telle imagination, une telle insolence joyeuse qu’elle finit par nous emporter dans son tourbillon. Le public est heureux. On reprochera quand même la fanfare du début : les figurants font semblant de jouer avec des instruments qui ne correspondent pas à ceux entendus à l’orchestre !

 

 

 

La distribution est superbe. Le Figaro de Hugh Montague Rendall est magnifique. Il a tout : la voix, l’allant, le panache, l’énergie. Lea Desandre, notre Rosine française, nous régale. Musicienne, mutine, elle étire certaines fins de phrases comme si elle voulait ménager des suspens.  Nicola Alaimo confirme ce que l’on sait depuis longtemps : il est l’un des meilleurs Bartolo du moment. Jack Swanson, en Almaviva, possède les notes et le timbre rossiniens mais on aimerait davantage de liant dans ses vocalises. La voix d’Adolfo Corrado est belle et puissante. Il donne toutefois trop de solennité à l’air de la calomnie qui est pleine de malice. Le personnage de Berta qui apparaît, dans cette mise en scène, obsédée par les hommes, est joliment chanté par Isobel Anthony. Dès l’ouverture du rideau, on remarque également le très bon Fiorillo d’Amin Ahangaran. Et les chœurs de l’Opéra national de Paris se montrent brillants.  

Redoublons les bravos pour le chef Jader Bignamini. Il entraîne l’Orchestre de l’Opéra national de Paris avec autant de sûreté que d’esprit rossinien. Nous avons particulièrement admiré la finesse, la cohérence et l’élégance des violons. 

Voilà, au plus haut niveau, un Barbier… « di qualità » !

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 20 septembre 2026. ROSSINI : le Barbier de Séville. J. Montague Rendall, L. Desandre, J. Swanson, N. Alaimo… Damiano Michieletto / Jader Bignamini. Crédit photographique (c) Agathe Poupeney

 

 

 

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