mardi 3 novembre 2026

CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 13 septembre 2026. WAGNER : Götterdammerung. Y. W. Kim, A. Jäger, P. Zielke… Dresdner Festspielorchester & Concerto Köln, Kent NAGANO (direction)

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La Saison lyrique du Théâtre des Champs Elysées a débuté ce dimanche 13 septembre par la représentation en version de concert de l’opéra de Richard Wagner, Le Crépuscule des Dieux, troisième et dernière journée du Ring.

 

L’intérêt spécifique de cette représentation inaugurale de la nouvelle saison, au demeurant très attendue, tenait – outre la réputation des musiciens annoncés – aux choix artistiques et musicaux de jouer l’ouvrage de manière historiquement informée, c’est-à-dire au plus près des conditions musicales de sa création en 1876. Ce défi a été relevé et entrepris sous la direction artistique et musicale du chef d’orchestre Kent Nagano et du violoncelliste Jan Vogler, avec la complicité de deux formations orchestrales prestigieuses, le Dresdner Festspielorchester et le Concerto Köln.

La présence, dans cet univers wagnérien du Concerto Köln, célèbre formation dédiée à la musique baroque, tenait de la gageure. Force est de constater que son amalgame avec une formation vouée au répertoire symphonique classique a été particulièrement réussie. Les recherches historiques sur les conditions dans lesquelles avait été créé le Ring en 1876 ont induit des pratiques musicales différentes. Elles impliquaient de retrouver ou de recréer les instruments joués à l’époque (cordes en boyaux et non en acier, par exemple), mais aussi d’utiliser un diapason légèrement plus bas, 435 Hz, au lieu de celui actuellement utilisé, autour de 440-443 Hz.

Cette approche nouvelle du drame wagnérien n’était pas sans conséquences sur le traitement des voix. Elle a été ce soir convaincante et la musique de Richard Wagner n’aura rien perdu de sa puissance lyrique, observation faite que l’orchestre était présent sur scène. L’orchestre et les voix gagnent en rondeurs et en couleurs, la musique de Wagner s’en trouve allégée et devient plus transparente. C’est peu dire que le résultat est passionnant, il est même enthousiasmant.

L’absence de mise en scène présente paradoxalement un intérêt certain: celui pour les interprètes de se concentrer sur la musique. Les chanteurs de cette soirée, souvent familiers du répertoire, esquissent l’essentiel d’une présence scénique ; ils ont rendu le drame encore plus lisible. Le défi méritait d’être tenté, et pour le réussir, il était nécessaire de s’entourer d’interprètes capables d’incarner cette autre vision.

C’est le cas ici avec, en premier lieu, le couple qui est au centre du drame: Brünnhilde et Siegfried. La soprano Asa Jäger est une Brünnhilde dotée d’un timbre légèrement sombre et d’une idéale longueur de voix. Elle restitue bien la complexité du personnage de l’héroïne. On oubliera quelques aigus, plus criés que chantés, au 3ème Acte… fatigue peut-être?… Le ténor Young Woo Kim est un Siegfried naïf à souhait dans son rôle de héros abusé par les multiples tromperies, mais toujours amoureux. Si la voix est parfois un peu droite, elle n’en est pas moins expressive et restitue bien la rectitude virile mais rêveuse du personnage. Parmi l’entourage des héros, deux interprètes ont particulièrement émergé lors de cette soirée: tout d’abord la mezzo-soprano Annika Schlicht dans le rôle de Waltraute qui a surpris par l’incroyable puissance émotionnelle de son chant, la précision de sa diction. On y associe, dans le rôle de Hagen, la basse Patrick Zielke. Son perfide et voyou Hagen au timbre chaud est d’une fourberie presque désinvolte…et d’autant plus savoureuse. Autour d’eux, on retiendra les barytons Johannes Kammler (Gunther) et Daniel Schmutzhard (Alberich), tous deux remarquables. De même que la soprano Sophia Brommer dans Gutrune. Les trois Filles du Rhin sont idéalement distribuées de même que les 3 Nornes, celles qui, dans le Prologue, tissent la corde du Destin !… Sans oublier le chœur, principalement masculin qui intervient à l’Acte II: merveilleux de projection et d’homogénéité.

Kent Nagano est le principal artisan de la réussite de cette soirée wagnérienne, à la tête d’un orchestre survolté. Constamment attentif aux voix, soucieux de leur équilibre avec l’orchestre, il entraîne l’ensemble avec maîtrise et passion dans cette séduisante interprétation renouvelée. 

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 13 septembre 2026. WAGNER : Götterdammerung. Y. W. Kim, A. Jäger, P. Zielke… Dresdner Festspielorchester & Concerto Köln, Kent NAGANO (direction). Crédit photo (c) droits réservés

 

 

 

approfondir

LIRE aussi notre critique complète de WAGNER : Die Walküre / La Walkyrie. Dresdner Festspielorchester, Concerto Köln, Kent Nagano / COLOGNE, Philharmonie, le 24 mars 2024 : https://www.classiquenews.com/critique-opera-cologne-philharmonie-le-24-mars-2024-richard-wagner-die-walkure-la-walkyrie-dresdner-festspiele-orchestre-concert-koln-sarah-wagener-ric-furman-derek-welton-christiane-l/

Continuité, approfondissement... Cette Walkyrie fait suite à l’Or du Rhin que nous avons

pu écouter également à la Philharmonie de Cologne à l’été 2023. La suite de l’aventure à la fois musicale et musicologique apporte à nouveau d’indiscutables bénéfices. Avec ses 5 harpes, 6 contrebasses, cors, doubles bassons, clarinette basse,… évidement les cordes en boyau, l’orchestre spécifique ainsi constitué, est au plus près de celui wagnérien de 1876, au moment de la création du premier Ring à Bayreuth. En réalité, le programme est bien le plus convaincant mené ces dernières années s’agissant d’un Wagner sur instruments d’époque.

 

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LIRE aussi notre critique de L’OR DU RHIN par Kent Nagano et l’Orchestre du Festival de Dresde, Concerto Köln / 18 août 2023 : https://www.classiquenews.com/critique-opera-cologne-koln-philharmonie-le-18-aout-2023-wagner-das-rheingold-lor-du-rhin-concerto-koln-dresdner-festspielorchester-kent-nagano/ 

événement de l’été 2023
le WAGNER « historique » de Kent Nagano
Das Rheingold régénéré, captivant

En nov 2021 déjà à la Philharmonie de Cologne (Koelner Philharmonie), Kent Nagano, esprit affûté, baguette aussi élégante que dramatique, forgeait sa vision de L’or du Rhin [das Rheingold] ; une lecture percutante et ciselée ; « historique » [une première pour le Ring en Allemagne] avec la complicité des instruments du Concerto Köln, et qui souhaitait se rapprocher le plus possible des conditions instrumentales [et vocales] du premier Ring de Bayreuth (1876).

 

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