Ce samedi 18 juillet, le Théâtre du Casino d’Aix-les-Bains ouvrait en grande pompe la 37ᵉ édition du Festival Lyrique, désormais placée depuis quatre ans sous la houlette imaginative d’Estelle Danvers (avec aussi la complicité participative de Marion Bonnet, présidente d’Aix Lyrique). Et quel spectacle pour lancer cette édition 2026, placée sous le signe de l’esprit de Jacques Offenbach ! « Une Nuit chez Jacques Offenbach ! », conçu par le trublion Jean-François Vinciguerra, a fait souffler un vent de fantaisie débridée sur la ville thermale, confirmant la réputation de ce spectacle qui étourdit les scènes françaises depuis déjà plusieurs années.
Une Nuit chez Jacques Offenbach :
la folie douce fait son festival à Aix-les-Bains!
D’emblée, les spectateurs sont plongés dans l’univers unique du « Petit Mozart des Champs-Élysées ». L’histoire ? Un prétexte parfait pour le délire : dans la salle à manger d’un château (forcément hanté…), et par une nuit d’orage, des personnages fantomatiques figés depuis 1880 s’animent sous l’impulsion de la Muse d’Hoffmann. Ces « ectoplasmes attachants », comme les qualifie le programme de salle, flirtent avec l’esprit de la Famille Adams et nous entraînent dans une véritable « folie branquignolesque ». C’est dans cette veine que Jean-François Vinciguerra excelle, alternant avec une maestria folle les grands tubes des opérettes d’Offenbach (dont beaucoup de pages méconnues !…), prouvant s’il en était besoin la richesse inépuisable du compositeur allemand.
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Car le spectacle est aussi un formidable tour de chant, un véritable best-of en forme de puzzle joyeux. On y croise pêle-mêle les bouffonneries parisiennes de La Vie parisienne – dès l’ouverture avec « À minuit sonnant » (chanté avec le velours de la voix d’Eléonore Pancrazi, « Marraine » de l’édition 2026 du festival !) – et l’irrésistible « Feu partout » qui viendra clore la soirée en bis ! –, les excentricités exotiques de Ba-ta-clan avec son délire « Axaxo, tapioca, macaroni, fritura » (interprété par l’irrésistible Thomas Morris), ou encore les délices gourmands du « Trio du jambon de Bayonne » de Tromb-al-ca-zar, sans oublier la célèbre « Poularde » de La Créole (délivrée par les deux compères Thomas Morris et Jean-François Vinciguerra). L’ivresse s’invite avec l’air de « La Griserie » extrait de La Périchole (par une Eléonore Pancrazi totalement – mais faussement – éméchée), tandis que l’émotion affleure dans le « Rêve » du Pont des Soupirs, chanté depuis l’un des balcons d’avant-scène par le jeune et talentueux ténor Jérémy Duffau – ou encore le poignant « Des cendres de mon cœur » des Contes d’Hoffmann, dont le célébrissime « Belle nuit, ô nuit d’amour » avait été magnifié, un peu plus tôt dans la soirée, par les excellentes Pauline Courtin et Eleonore Pancrazi… juchées sur le piano de Thomas Palmer (photo principale) !
Les amateurs de raretés sont également comblés : le « Quatuor des Ruines » du Roi Carotte, les « Petites cuillères » de L’Île de Tulipan, ou encore l’hilarant « Trio du Grill » de Pomme d’api côtoient des pages plus sombres comme « La Migraine » de La Fille du tambour-major ou le décalé « Il neige » du Voyage dans la Lune. Chaque numéro est un prétexte à un nouvel excès, une nouvelle pirouette scénique, porté par une distribution de chanteurs-acteurs tous aussi épatant les uns que les autres. Mais la soirée ne serait pas complète sans l’apport des corps. Estelle Danvers, directrice artistique du festival et chorégraphe du show, a amené avec elle sa Compagnie Lychore, un ballet de huit danseurs qui insuffle une énergie visuelle renversante au spectacle. Leur intervention, ponctuée par un somptueux ballet extrait du Papillon et par le Cancan endiablé du deuxième bis, apporte une respiration et une sensualité qui équilibrent à merveille la frénésie verbale – secondés ici par le Chœur du Festival Lyrique.
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Sur le plateau, la jeune garde lyrique est à la fête. On retrouve avec plaisir Pauline Courtin, Éléonore Pancrazi, Jérémy Duffau, Thomas Morris et Antoine Perrier, véritables caméléons scéniques aussi à l’aise dans l’ivresse de La Périchole que dans les mélancolies des Contes d’Hoffmann. Le maître de cérémonie lui-même, Jean-François Vinciguerra, ne se prive pas de monter sur les planches pour partager la vedette avec sa troupe, multipliant les apparitions dans des numéros d’anthologie comme le survolté « À tous les métiers, moi j’excelle » extrait du rare Pépito. Et que dire des lumières de Luc Khiari, qui transforment le Théâtre du Casino en un cocon surréaliste, oscillant entre l’orage menaçant et l’éclat des feux de la rampe ?!…
En quelques années, sous la direction d’Estelle Danvers, le Festival Lyrique d’Aix-les-Bains s’est imposé comme un rendez-vous incontournable de l’été savoyard. En proposant des spectacles qui « savent faire rire, émouvoir et faire réfléchir en même temps », la directrice insuffle une modernité bienvenue à un répertoire parfois jugé poussiéreux. La 37ᵉ édition ne déroge pas à la règle, et à la sortie de ce voyage musical, ponctué par les rires et l’émotion, on n’avait qu’une envie… suivre le guide avec… « Suivez le Guide ! », le titre du second spectacle du festival, une nouvelle escapade lyrique à vivre dès le lendemain (et dont le compte-rendu sera à lire dans ces mêmes colonnes… dès demain) !
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CRITIQUE, festival. AIX-LES-BAINS, 37ème Festival Lyrique d’Aix-les-Bains (Théâtre du Casino), le 18 juillet 2026. « Une Nuit chez Jacques Offenbach ». P. Courtin, E. Pancrazi, J. Duffau… Thomas Palmer (piano), Estelle Danvers (chorégraphie), Jean-François Vinciguerra (réalisation). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu et ANDEOL RIBOND (*)







