lundi 26 octobre 2026

CRITIQUE, festival. CHOREGIES D’ORANGE, Théâtre Antique, le 18 juillet 2022. « Giselle » par le Ballet du Capitole

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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C’est une image qui restera longtemps gravée dans les mémoires : celle de l’éthérée Giselle glissant sur pointes dans la pénombre du Théâtre antique d’Orange, portée par la harpe et le violon de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. Cette soirée de danse restera comme une date marquante dans l’histoire des Chorégies d’Orange, qui accueillaient pour la première fois ce chef-d’œuvre du ballet romantique.

 

Le pari semblait audacieux, presque périlleux. Comment l’atmosphère vaporeuse et surnaturelle des willis pouvait-elle rivaliser avec la majesté altière du mur antique, la rigueur de la pierre et l’immensité de la scène ? Et pourtant, ce qui aurait pu être un écrasement s’est mué en étreinte fascinante. L’osmose fut parfaite entre la grande maison toulousaine et le monument orangeois, grâce à un travail d’adaptation scénique d’une intelligence rare. Les 8 000 places du Théâtre Antique, pour n’être pas toutes occupées, n’en vibraient pas moins d’une attente passionnée.

Cette Giselle, c’est celle de Kader Belarbi, directeur du Ballet du Capitole, qui signe une chorégraphie placée sous le signe du respect et du renouveau. Le chorégraphe, qui connaît pourtant le rôle pour l’avoir dansé de nombreuses fois à l’Opéra de Paris, n’a pas cherché à bousculer l’œuvre pour la rendre « moderne ». Il a simplement voulu lui redonner une jeunesse, lui tailler des habits neufs sans jamais dénaturer le chef-d’œuvre. Le premier acte s’anime ainsi d’une verdeur presque bruegelienne, où les vendangeurs virevoltent avec une robustesse colorée, tandis que les oppositions sociales se dessinent sourdement sous les atours somptueux des nobles, lourds velours éclatants dans la chaleur estivale. On y sent la passion du chorégraphe pour la peinture, qui donne à la paysannerie traditionnelle une chair et une vigueur nouvelles.

Ce qui saisit d’abord, c’est la grâce absolue de Natalia de Froberville dans le rôle-titre. D’origine slave, la ballerine captive par la pureté de ses lignes, l’intensité de son jeu et le moelleux infini de ses sauts. Elle explose de santé juvénile au premier acte, avant de se faire, au second, une figure de rêve, évanescente, étirée comme un songe, lorsqu’elle réapparaît parmi les willis. Une doublure parfaite pour ce rôle double, qui exige à la fois la chair et l’esprit, l’humain et le fantomatique. Face à elle, Ramiro Gomez Samon incarne un Albrecht un peu en retrait dans la première partie, mais qui se révèle pleinement dans la seconde, avec des sauts et des entrechats dont la virtuosité a soulevé l’enthousiasme du public.

Et puis, il y a ces moments d’absolu, comme l’arrivée de Giselle dans le royaume des ombres, glissant sur la scène dans un porté qui semblait défier les lois de la pesanteur . Les vingt-quatre willis en tutu long composent des tableaux d’une harmonie fulgurante, oscillant entre la beauté céleste et la violence vengeresse. Les lumières de Sylvain Chevallot y sont pour beaucoup, opposant la gaieté colorée du premier acte à la pénombre presque monochrome du second, où les voiles blancs des esprits semblent flotter dans la nuit tombée.

Au final , cette Giselle aux Chorégies fut une véritable résonance chrétienne de l’amour plus fort que la mort, une nuit de rêve romantique où la grâce a triomphé des pierres antique. Une soirée généreuse, ardente, fidèle et magnifiquement vivante.

 

 

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CRITIQUE, festival. CHOREGIES D’ORANGE, Théâtre Antique, le 18 juillet 2022. « Giselle » par le Ballet du Capitole. Crédit photo (c) Philippe Gromelle

 

 

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