jeudi 29 octobre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie de Paris, 12 juin 2026. BRITTEN : War Requiem. E. Stikhina (soprano), J. Behr (ténor), F. Boesch (baryton-basse), Maîtrise de Radio France, Choeur de Radio France, Orchestre Philharmonique de Radio France, Mirga GRAZINYTE-TYLA (direction)

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Radio-France a été bien avisée de confier la charge de Premier Chef invité de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France à la cheffe d’orchestre lituanienne Mirga Grazinyté-Tyla pour une durée de trois ans. Le concert de ce 12 juin – dédié au célèbre War Requiem de Benjamin Britten – en est la preuve éclatante, la direction musicale de Mirga Grazinyté-Tyla ayant permis de faire de cette soirée un exceptionnel et rare moment de musique et de recueillement.

 

Il est vrai que l’œuvre interprétée ce soir constituait une réelle occasion d’unir les forces vocales de Radio-France autour de son Orchestre Philharmonique. Le War Requiem a été composé par Benjamin Britten (1913-1976) durant l’année 1961, et il a été créé le 30 mai 1962 pour la consécration de la nouvelle cathédrale de Coventry qui avait été entièrement détruite en décembre 1940 par les bombardements nazis. Mais les sources d’inspiration, la conception de cette œuvre, vont bien au-delà de cette consécration – et même d’une commémoration funèbre de la guerre.

L’ouvrage, qui n’est pas liturgique, repose en effet sur deux textes qui se conjuguent et s’éclairent l’un l’autre : ceux de la messe latine et ceux empruntés à un jeune poète et soldat Wilfred Owen, tué au combat une semaine avant l’Armistice de la Première Guerre mondiale, le 4 novembre 1918. “Quelles cloches sonnent pour ceux qui meurent comme du bétail ? Seule la colère monstrueuse des canons. Seul le crépitement saccadé des fusils peut murmurer leurs prières hâtives” écrit-il – extrait d‘une Antienne pour une jeunesse condamnée chanté par le ténor. Profondément et personnellement marqué par la guerre, Britten a nourri son œuvre d’une réflexion sur la guerre et la mort : “Je suis l’ennemi que tu viens de tuer, mon ami. »…

Britten a fait appel à un orchestre à l’effectif pléthorique (pas moins de huit contrebasses ce soir) qui accompagne la soprano, l’orchestre et le grand chœur mixte qui interprètent le texte de la Messe de Requiem. Le compositeur a aussi fait appel à un orchestre de chambre qui accompagne un ténor et une basse incarnant deux soldats, sur les poèmes d’Owen. Enfin, un Chœur de garçons complète l’ensemble, accompagné par l’orgue. Alternant des pianissimi presque inaudibles, et comme psalmodiés, avec les fracas tels ceux du Tuba Mirum ou du Dies Irae, Britten a composé une musique inquiète, dépourvue de toute emphase, mais d’un seul élan spirituel, désespéré et parfois tendre. 

 

 

La distribution a permis de faire de ce concert un moment mémorable de musique. Les deux solistes, principalement le ténor Julien Behr et le baryton-basse Florian Boesch, tous deux réellement habités par ces textes, sont pour beaucoup dans la réussite de cette soirée – auxquels doit être associée la soprano Elena Stikhina. Le Chœur de Radio-France, dont on n’oubliera pas de si tôt les sublimes passages piano, a aussi largement contribué au succès de cette soirée. La Maîtrise de Radio-France, perchée dans les balcons de la Philharmonie et remarquablement préparée par Sofi Jeannin, a également apporté un supplément d’âme.

Enfin, jamais le « Philar » – comme on le surnomme familièrement – n’ a paru si engagé,  et si musicalement  homogène. La direction musicale de Mirga Grazinyté-Tyla s’est révélée exceptionnellement juste et maîtrisée. Elle a révélé toute la puissance de cette œuvre, tout en préservant son émouvante intériorité.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie de Paris, 12 juin 2026. BRITTEN : War Requiem. E. Stikhina (soprano), J. Behr (ténor), F. Boesch (baryton-basse), Maîtrise de Radio France, Choeur de Radio France, Orchestre Philharmonique de Radio France, Mirga GRAZINYTE-TYLA (direction). Crédit photographique (c) Christophe Abramowitz / Radio France

 

 

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