samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. OPÉRA NICE CÔTE D’AZUR, le 13 mars 2026. DONIZETTI : Don Pasquale. Roberto Longhi, Mikhail Timoshenko, Mariam Battistelli… Tim Sheader / Giuliano Carella

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Dans le sillon de Rossini le meilleur, celui du Barbier de Séville, de la Cenerentola, Donizetti affirme dans Don Pasquale, une égale inspiration, facétieuse, savoureuse, délicieusement parodique, ce dans un format terriblement efficace, et dans un rythme effréné. Pleine réussite sur la scène de l’Opéra de Nice où les tableaux s’enchaînent, suivant la vitalité des airs particulièrement diversifiés et caractérisés ; surtout dans le premier acte qui est d’exposition : Pasquale en pleine séance sportive ; Malatesta fieffé intrigant et Norina prête à le suivre ; Ernesto, plus dolent, bientôt écarté …

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Photos © Nathan Cassar / Opéra de Nice 2026

 

 

Rythme effréné,
délectables phrasés

 

Instigateur de la farce visant à piéger Don Pasquale :
Malatesta (impeccable Mikhail Timoshenko) © Nathan Cassar

 

Tout le mérite revient au chef en fosse, l’excellent GIULIANO CARELLA : sa direction fouette les accents trépidant, sait polir la verve et le délire rayonnants des situations, tout en soignant la finesse et même la subtilité des passages.
Le buffa gagne ici une délicatesse dynamique et des phrasés délectables. Trait d’autant plus justes et pertinents quand on sait avec quel souci  Donizetti s’est investi dans la rédaction du livret, pour sa cohérence et son efficacité dramatique… quitte à froisser au final le librettiste requis.

La mise en scène du britannique TIM SHEADER a saisi ce rythme dans la continuité assurant la fluidité des passages d’un tableau à l’autre, en créant sur le plateau un vaste cube qui tourne à vue au diapason d’une partition sans faiblesse ni temps morts, servant au mieux le mouvement et la poésie.

En cela le premier quatuor de l’acte II, que les solistes chantent face scène,- avec changement de lumière comme un effet de zoom psychologique, réussit la bascule, de la drôlerie le plus débridée au surgissement d’une profondeur inédite voire d’une soudaine gravité – les perles buffa sachant mêler le comique et le tragique, ce que révèle d’ailleurs au début du dit acte, l’air sombre et désespéré d’Ernesto, abattu, défait chassé par son oncle et trahi par sa fiancée [Povero Ernesto…] … Un air qui expose et flatte les possibilités du ténor qui y gagne là un air au sentimentalisme développé [introduit par la trompette solo].

Ces passages très réussis passant du bouffe déjanté à une forme de sincérité déchirante, enrichissent considérablement le sujet de l’opéra et le rôle-titre : la souffrance et l’humanité de Don Pasquale… lequel fait en définitive l’expérience amère de sa propre finitude : il se rêvait séducteur encore vert : on s’ingénie ici à lui faire comprendre qu’ il n’en a plus l’âge… Le rôle est digne du Falstaff verdien que le baryton ce soir révèle en particulier dans la seconde partie [après l’entracte, à l’acte III, quand il s’effondre littéralement en comprenant que la simplette est un dragon domestique qui le rabroue, le gifle, l’humilie. Naïveté désarmante d’un vaniteux qui n’est au final qu’un… gamin. Don Pasquale est bien le dindon de la farce.

Cette victime désignée est la proie d’une intelligence à deux visages Malatesta et Norina dont la vivacité électrique des duos porte toute l’action dans les deux premiers actes et transmettent leur prodigieuse aimantation dans les ensembles. La production niçoise éclaire tous ces aspects avec une sobre éloquence plutôt convaincante.

 

Mariam Battistelli / Mikhail Timoshenko,
un duo Norina / Malatesta, impeccable

 

Délicieux duo Malatesta (Mikhael Timoshenko) et Norina (Miriam Battistelli)
© Nathan Cassar

 

D’ailleurs le metteur en scène va plus loin encore, en suggérant leur idylle, au hasard d’une étreinte inattendue, intense qui fait paraître Norina comblée et Malatesta débraillé. Ces deux là s’entendent à merveille et leur complicité délurée en rappelle une autre celle des roués Alfonso Despina, autre intelligence à deux visages, dans le Cosi fan Tutte du dernier Mozart.

Les solistes d’autant plus exposés que les chœurs se font rares, suivent la mobilité du maestro. La Norina de MARIAM BATTISTELLI ne manque pas de mordant, prête à tout pour assener un joli piège au vieux barbon, balourd et vaniteux ; MIKHAIL TIMOSHENKO [que l’on avait quitté à Toulouse dans la création française de La Passagère de Weinberg en janvier dernier] déploie un splendide jeu d’acteur, diseur inspiré dans un bel abattage linguistique et un chant vif, nuancé et bien timbré ; l’Ernesto de PAOLO NEVI partage avec ses partenaires une intensité vocale qui confère à son personnage [à notre avis le moins développé par Donizetti] son relief voire sa nature mélancolique, quand ROBERTO LONGHI s’empare du personnage de Don Pasquale avec ce truculent ridicule, qui se transforme au III en effondrement pathétique. Le chant est naturel, franc, sans aucun maniérisme.

 

Roberto Longhi (Don Pasquale) défait, face au dragon domestique Miriam Battistelli (Norina)
© Nathan Cassar

 

 

Soulignons l’indiscutable réussite de cette production. Comme il a été dit précédemment, autant d’intelligence théâtrale vient de l’Orchestre : astucieux, bondissant, et grave quand il est nécessaire grâce à la conception du chef visiblement très à l’aise dans ce répertoire et qui en a compris la mécanique subtile entre parodie et sincérité : certes on pense à Rossini par l’activité comique mais aussi… à Mozart dont la profondeur et ces éclairs de clairvoyance se manifestent dans des contrastes saisissants [cf le quatuor du II]. Photo ci contre : Nathan Cassar (l’excellent et pétillant maestro Giuliano Carella).

 

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Production savoureuse à voir et à écouter encore demain dimanche 15 mars  [15h] enfin mardi 17 mars 2026 [20h].
Infos & réservations directement sur le site de l’Opéra de Nice : https://www.opera-nice.org/fr/evenement/1277/don-pasquale

 

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CRITIQUE, opéra. OPÉRA NICE CÔTE D’AZUR, le 13 mars 2026. DONIZETTI : Don Pasquale. Nouvelle production. Roberto Longhi, Mikhail Timoshenko,
Mariam Battistelli… Tim Sheader  /  Giuliano Carella

 

 

Distribution

Direction musicale : Giuliano Carella
Mise en scène : Tim Sheader​, reprise par Louise Brun
Décors : Leslie Travers
Costumes  : Jean-Jacques Delmotte
Lumières : Howard Hudson
Collaboration aux mouvements : Steve Elias

Don Pasquale : Federico Longhi
Norina : Mariam Battistelli
Ernesto : Paolo Nevi
Docteur Malatesta : Mikhail Timoshenko

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice

Nouvelle production
Coproduction Opéra Nice Côte d’Azur, Opéra national de Lorraine

Opéra bouffe en trois actes de Gaetano Donizetti, sur un livret de Giovanni Ruffini
Création au Théâtre des Italiens le 3 janvier 1843.

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agenda

Prochains événements lyriques
à l’Opéra de Nice Côte d’Azur

Puccini : Le Villi. 24 > 30 avril 2026
Verdi : La Traviata. 27 mai > 6 juin 2026
Toutes les infos et la billetterie directement sur le site de l’Opéra Côte d’Azur : https://www.opera-nice.org/fr

 

 

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