mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 5 mars 2026. TCHAÏKOVSKI : Iolanta [1892], version de concert. Mané Galoyan, Bogdan Volkov, Ilia Kazakov,… Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen / Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, Ben GLASSBERG [direction]

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Le Théâtre des Arts de Rouen affiche une formidable Iolanta, un ouvrage solaire d’autant plus apprécié qu’il est très rare. Le dernier opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovsky n’a jamais été plus en phase avec les dernières évolutions de nos sociétés : il questionne la place de la femme dans un milieu dominé par les hommes. L’action du livret rédigé par le frère du compositeur, Modest, réalise l’émancipation d’une jeune femme aveugle, recluse qui grâce au miracle d’une rencontre fortuite, découvre l’amour et renaît à la lumière…

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Photos © Caroline Doutre / Opéra de Rouen

 

 

 

 

 

Passionnante Iolanta

Sur la scène du Théâtre des Arts de Rouen, le chef Ben GLASSBERG accomplit un véritable tour de force orchestral. Le travail est d’autant plus passionnant que la disposition sans mise en scène, expose directement le travail des instruments et des chanteurs. Sans parasitage visuel, le travail opéré sur les couleurs, les accents,l’enchaînement des tableaux… est pleinement audible, sur la scène et non plus en fosse. Jusqu’au réglage des cuivres (trombones et trompettes à cour), marquant l’arrivée des chevaliers ou de la garde royale, colorant tout du long le drame d’une note chevaleresque et guerrière. L’arrière fond est un jeu d’alliances entre le roi René de Provence et le duc Robert de Bourgogne.

Car outre la progression orchestrale de plus en plus brillante, des ténèbres de la solitude à la lumière de la liberté, le chef pour sa dernière réalisation lyrique in situ, exprime le feu passionnel de Tchaïkovski, son embrasement instrumental avec au cœur de cette passion spécifique et qui va croissante, la scène où Godefroy, chevalier de Bourgogne [Vaudremont], perdu dans les montagnes,  aux côtés de son ami Robert, expose son idéal virginal : la femme qu’il attend et qu’il espère : l’activité et la plasticité de l’Orchestre, nerveux, éloquent, suractif, exulte entre ivresse et élégance avec un rare sens du détail, un souffle vital qui porte et dynamise la confession du jeune chevalier. La vélocité aérienne des cordes superbement agile révèle tout le métier de Tchaïkovski, grand alchimiste des vertiges de la passion. Il dépose dans cette séquence particulièrement fouillée, tout son art suprême de la finesse émotionnelle. Ce que comprennent idéalement, chef et instrumentistes.

 

 

 

Lumineuse passion alla Tchaikovsky

Emblèmes de cette passion alla Tchaïkovski, le duo entre Iolanta et Vaudremont est le cœur psychologique et dramatique de la partition avec, source d’un croissant miroitement orchestral, le soutien du jeune homme, son accompagnement pas à pas, aux côtés de la recluse ; l’encouragent sans faiblir, dans sa quête de la lumière, un cheminement qui l’a mène symboliquement vers son destin, pour qu’elle accomplisse, en femme libérée, son être profond.

Ténor ardent et d’une vaillance non moins éclatante, l’ukrainien BOGDAN VOLKOV, tout porté par son désir naissant, irradie littéralement la scène, fouillant son personnage dont il exprime les aspirations profondes. En catalyseur foudroyé, il révèle à Iolanta ce qu’elle ne soupçonnait pas être. Son timbre solaire est le mieux adapté pour révéler à la jeune princesse l’éclat des splendeurs visuelles qui lui ont été confisquées jusque là. Le ténor ukrainien éblouit  d’une énergie juste, un chant enivré et sobre qui nuance le rôle et l’écarte d’un simple faire valoir de l’héroïne. À contrario, le chanteur assume pleinement l’épaisseur de son personnage qui comme celui de Iolanta, n’est animé que par une seule force : l’amour. Une source miraculeuse qui porte et nourrit toute l’activité de la partition et qui inspire au plus haut point Tchaïkovsky.

Dans ce sens, les deux héros de la soirée (Iolanta et Vaudrémont) compensent la faillite d’un autre duo, celui là qui les précède dans le catalogue lyrique de Piotr Illiytch : Onéguine et Tatiana dans Eugene Onéguine, deux êtres auxquels contrairement à ce soir, sont écartés de toute rencontre simultanée, de tout amour partagé. On pense aussi au personnage de Lenski (autre rôle d’Eugène Onéguine et que chante également le ténor Ukrainien), autre âme sacrifiée, brûlée et terrassée par un amour avorté.
Rien de tel ce soir sur le planches du Théâtre desArts, dans cette Iolanta miraculeuse, où Tchaïkovski semble [enfin] permettre à ses héros de vivre le grand amour, l’unique, celui idéal qui permet aux élus de se reconnaître et de se dépasser.

Aucun des chanteurs ne déçoit. Le plateau réunit contribue grandement à la réussite de cette version de concert. Le roi de la basse ILIA KAZAKOV, père de l’héroïne, affirme une remarquable présence vocale : élégance, puissance, noblesse du timbre (il a fait d’ailleurs un excellent Prince Grémine d’Eugène Onéguine). C’est avec le ténor ukrainien, le pilier de la distribution.

 

Ben Glassberg et Bogdan Volkov

 

 

Compère de Godefroy, Robert, duc de Bourgogne bien que fiancé à Iolanta,  préfère sa chère Mathilde de Lorraine ; fluide et suave, le baryton VLADISLAV CHIZHOV  s’accorde Idéalement au ténor dont la flamme et le désir ardent, l’amène à renoncer à Iolanta.

Justement dans le rôle titre, MANÉ GALOYAN est loin de démériter : voix chaude et suave, homogène sur l’ensemble de la tessiture ; pourtant face à la métamorphose inscrite dans le personnage et sa quête viscérale qui la transforme profondément, on aurait attendu intensité et incarnation plus expressives et engagées ; aux côtés de son fabuleux partenaire, son incarnation reste trop sage. Tous les rôles secondaires sont d’excellente tenue : le docteur maure  Ibn Hakia prêt à soigner la princesse (Thomas Lehman), l’écuyer du roi Alméric (Maciej Kwaśnikowski), Bertrand (Nicolas Legoux), Martha (Lucile Richardot), Laura (Anne-Lise Polchlopek, récemment applaudie dans La Passagère de Weinberg / Vlasta, en création française au Capitole de Toulouse)… Le Choeur requis (accentus / Opéra Normandie Rouen) réalise l’enveloppe chorale avec transparence et nuance, en tout point parfaitement calibré aux indications du chef, y compris dans le finale,traité comme une marche triomphale.

Plateau luxueux, orchestre suractif et d’une exceptionnelle éloquence, ce dès son début dans l’introduction où règnent les éclairs fauves des bois et des cuivres, amorcée par le cor anglais, qu’accompagnent en teintes sombres, bassons et clarinette. Les timbres dramatiques et enchanteurs s’affirment au fur et à mesure d’une soirée mémorable. Le grand frisson tchaikovskien, – et fait unique dans son œuvre, l’accomplissement du miracle amoureux, s’est pleinement déployé ce soir.

 

 

Mané Galoyan (Iolanta) et Bogdan Volkov (Vaudrémont)

 

 

 

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Encore une date ce samedi 7 mars 2026 à 18h. Pour le duo solaire de plus en plus éclatant et pour la ciselure fiévreuse de l’orchestre – Réservez directement sur le site de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen OONR : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/iolanta-tchaikovsky/

 

 

 

BONUS  –   LIRE aussi notre ENTRETIEN avec le chef Ben GLASSBERG : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-ben-glassberg-a-propos-de-iolanta-de-tchaikovsky-a-laffiche-de-lopera-orchestre-normandie-rouen-les-5-et-7-mars-2026/
c’est le dernier projet lyrique que je fais en tant que Directeur musical de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen. Donc cela représente la fin de notre voyage ensemble dans ce répertoire. Après six années de répertoire lyrique très divers, j’ai voulu terminer avec une pièce où la musique est vraiment au centre.

France Musique annonce la diffusion du streaming, le 16 mai 2026.

 

 

LIRE AUSSI notre présentation de IOLANTA de Tchaïkovski à l’affiche du Théâtre des Arts de Rouen, les 5 puis 7 mars 2026 : https://www.classiquenews.com/opera-orchestre-normandie-rouen-tchaikovsky-iolanta-les-5-et-7-mars-2026-mane-galoyan-thomas-lehman-bogdan-volkov-ben-glassberg-version-de-concert/

Une jeune princesse aveugle, Iolanta, protégée du monde par son père, vit recluse dans un jardin magique. Doit-on lui dire qu’elle est aveugle ? Pour autant, préservée et solitaire, l’héroïne doit-elle être écartée de tout amour ? De l’ombre à la pleine lumière… Sa rencontre avec un jeune homme (le Chevalier Vaudémont) promet une métamorphose imprévue… et l’accomplissement de son destin.

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PROCHAIN CONCERT ÉVÉNEMENT A ROUEN

Prochain événement à l’affiche du Théâtre des Arts de Rouen / Opéra Orchestre Normandie Rouen OONR

LE CHANT DE LA TERRE, mars 2026 :
Les 13, 14, 15 mars 2026. MAHLER : Le Chant de la terre. Nicky Spence (ténor), Beth Taylor (mezzo), Antony Hermus (direction)
https://www.classiquenews.com/opera-orchestre-normandie-rouen-les-13-14-15-mars-2026-mahler-le-chant-de-la-terre-nicky-spence-tenor-beth-taylor-mezzo-antony-hermus-direction/

Le programme se dédie à la beauté de la Nature, mystérieuse, réconfortante, et à la profondeur des émotions humaines qui inspire à Gustav Mahler, en 1909, l’un des cycles pour voix et grand orchestre, parmi les plus saisissants jamais écrits : Le Chant de la terre

Bonus

Entretien avec le chef Antony Hermus :

https://www.classiquenews.com/category/entretiens/chefs-dorchestre/

En prélude aux concerts des 13 et 14 mars 2026, le maestro invité de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, précise le travail avec l’Orchestre, le chemin vers lequel conduire les instrumentistes, en transparence et fluidité, dans la suspension d’un souffle… Comment réussir à concilier voix des deux solistes et puissance flamboyante de l’orchestre ? … dans une attention constante au sens des poèmes et dans l’esprit d’un seul organe collectif…. Explications 

 

 

 

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