jeudi 22 octobre 2026

CRITIQUE, Opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 septembre 2025. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann. M. Spyres, A. Edris, H. Mas, J-S. Bou… Lotte de Beer / Pierre Dumoussaud

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La très belle maison lyrique qu’est l’Opéra Comique a ouvert, ce jeudi 26 septembre, sa saison 2025/2026 par l’un des grands classiques de son répertoir : Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach nous ont été offerts dans la version présentée la saison dernière à Strasbourg, dans l’excellente mise en scène de Lotte de Beer, avec un plateau des plus réussis des plus grands jusqu’aux plus petits rôles. Chose notable, la version proposée par le directeur artistique de la maison parisienne, Louis Langrée, est une version “opéra-comique”, c’est-à-dire que les récitatifs chantés sont remplacés par des dialogues parlés.

 

En effet, l’œuvre avait été conçue comme telle par Offenbach avant que Guiraud, qui achèvera l’œuvre après la mort du compositeur, n’en fasse une version “opéra”, éditée par Choudens, et destinée à l’étranger où l’on chantait tout. L’édition utilisée sur cette production est en grande partie l’œuvre du musicologue et spécialiste d’Offenbach Jean-Christophe Keck, qui dirige depuis 1999 l’édition critique monumentale de l’œuvre du « Petit Mozart de Champs-Élysées » (chez Boosey & Hawkes). On apprend dans son entretien transcrit dans le programme de salle que la version “canonique” que nous écoutons depuis plus de cent ans est celle de 1907 publiée par Choudens, alors augmentée de toutes sortes d’ajouts apocryphes. Ici, son édition restitue – après la découverte de nombreux manuscrits épars – ce qui semble aujourd’hui être au plus près de la partition présentée lors de la générale (avant que l’ancien directeur de la maison Favart, Léon Carvalho, ne coupe l’acte de Venise).

Il faut tout d’abord souligner la grande intelligence de la mise en scène de la directrice du Volksoper de Vienne. La scène est divisée en deux : l’avant scène est laissée sans décor et permet aisément à Hoffman et à la muse de s’entretenir, hors des quatre contes. L’arrière-scène est réservée aux lieux où prennent vie les contes, dans une perspective architecturale très raccourcie qui leur donne un aspect très théâtral. Olympia est tour à tour une toute petite poupée de quelques dizaines de centimètres, puis une immense aux yeux d’émail animés avec humour qui ne rentrerait pas sur le plateau si elle n’était pas assise. On ne découvre que lors des saluts le mécanisme permettant de si rapides changements de décor (mais nous ne vous en dirons pas plus là dessus !). Pour mettre en évidence le « réalisme fantasmagorique » d’Hoffmann la véritable chanteuse derrière l’automate en est complètement détachée mais personne ne semble la voir, obnubilé par ces poupées tantôt grandes tantôt petites. Durant tout l’opéra les meubles varient également de taille, donnant aux mondes des contes des allures d’Alice au pays des merveilles. L’acte d’Antonia se passe au milieu de tableaux noirs desquels surgit de diabolique Miracle (J-S. Bou). Effet très réussi à la fin de l’acte, Antonia meurt engloutie dans le plus grand des tableaux, tirée par sa mère (M-A. Todorovitch). Pour l’acte de Giulietta, c’est tout le chœur qui se fait le reflet volé d’Hoffmann, semblablement habillé. Bref, tout sert la lisibilité du livret sans pour autant tomber dans une facilité au pied de la lettre.

 

 

Pour servir cette mise en scène de qualité, Héloïse Mas (la Muse, Nicklausse) est une actrice incomparable, à la fois expressive et naturelle, drôle sans burlesque ni vulgarité. Ses capacités théâtrales sont poussées jusqu’à une expressivité corporelle rare et juste. Et bien au-delà de cette aisance théâtrale, son chant est des plus justes tant par la perfection de la diction que par la chaleur de sa voix à tous les endroits de sa tessiture et dans toutes les couleurs qu’elle veut y mettre. Elle était sans conteste la reine de cette soirée et nous espérons que ce premier grand rôle dans une grande maison parisienne est le début d’une longue suite.

Dans le rôle-titre nous retrouvons un grand habitué de la maison Favart, le ténor américain Michael Spyres, sûrement un des meilleurs interprètes de ce rôle (et de bien d’autres d’ailleurs). Son naturel et son aisance sont une inépuisable source d’admiration. De plus ses rares qualités de baryténor lui donnent une puissance peu commune dans les graves et les médiums. Lors des dialogues parlés, une légère pointe d’accent (professionnellement gommée dans le chant) lui donne un charme tout particulier, comme si Hoffmann était un écrivain arrivé d’Allemagne à Paris.

Il est très heureux pour la soprano Amina Edris que l’acte de Venise ait été conservé car c’est là qu’elle fut la meilleure. En effet la tessiture y est plus centrale et l’écriture plus lyrique que dans les actes précédents, particulièrement celui d’Antonia où le célèbre air « Les Oiseaux dans la charmille » est d’ailleurs transposé, semble-t-il, une tierce plus bas. Encore heureux d’ailleurs, car ses suraigus sont fragiles et criards. La diction s’avère par ailleurs très approximative, et la couleur de voix très (trop) lyrique pour un tel répertoire (surtout dans une version opéra-comique). La présence scénique est assez bonne, sans égaler celle du reste du plateau.

Le baryton Jean-Sébastien Bou est un parfait Diable ! La voix est très accrochée, timbrée, énergique et précise, la présence scénique glaçante et juste. Raphaël Brémard est un formidable ténor bouffe, qui chante les rôles faussement faciles d’Andrès, Cochenille, Frantz et Pitichinaccio. Son air de Frantz est d’ailleurs particulièrement remarquable. Sa voix a les mêmes qualités que celle de J-S. Bou, une nasalité de théâtre (car on sait qu’il peut être aussi très rond et lyrique), précise et à la diction acérée. Autre ténor, Mathieu Justine (Nathanaël, Spalanzani, Capitaine des Sbires), est de loin le plus gracieux du plateau. Son timbre est très agréable, sa diction toujours claire, sans avoir à la forcer et il possède une certaine aisance scénique. Matthieu Walendzik (Schlemil, Herman), ancien membre de l’Académie de l’Opéra-Comique, rayonne comme il l’a maintenant souvent fait sur le plateau de cette belle maison. Si ses interventions ne sont pas fréquentes dans cette œuvre, il est toujours très juste. Sa technique très précise accroche agréablement l’oreille et il est également un excellent acteur. Nicolas Cavallier, dans les rôles de Crespel et Luther, remplit impeccablement son office. Enfin, dans le rôle de la voix de la mère, Marie-Ange Todorovitch continue de nous émouvoir par la chaleur de sa voix. De son côté, le Chœur Aedes – placé sous la direction de Mathieu Romano – est tout à fait excellent, toujours expressif et coloré. Particulièrement touchant dans l’épilogue, il nous met dans un état d’émerveillement avec le chœur final, ôde à l’amour et aux larmes.

Malheureusement, la direction et l’orchestre ne seront pas à la hauteur des éloges distribués plu haut. Le chef Français Pierre Dumoussaud – qui pourtant dirige beaucoup d’opéras – semblait avoir des difficultés à écouter l’intégralité du plateau (il est peu probable que les nombreux décalages survenus avec des chanteurs différents soient à chaque fois de la responsabilité de ceux-ci…). Sous sa baguette, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg manque cruellement de finesse. La barcarolle est expédiée, les quelques mesures d’ouverture sont écrasées et les solistes mollement soutenus.

L’Opéra Comique ouvre donc sa saison avec une version rafraîchie d’une des œuvres les plus jouées du répertoire – qui aurait frôlé la perfection avec une direction musicale plus soignée…

 

 

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CRITIQUE, Opéra. PARIS, Opéra Comique, le 25 septembre 2025. OFFENBACH : Les contes d’Hoffmann. M. Spyres, A. Edris, H. Mas, J-S. Bou… Lotte de Beer / Pierre Dumoussaud. Crédit photographique © Stefan Brion

 

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