La 9ème édition des « Opéras et Concerts au coucher de soleil » s’est ouverte hier soir 15 août à Oppède-le-Vieux, l’un des plus beaux villages perchés du Luberon, dans un éclat absolument sublime avec la première représentation de La Traviata de Giuseppe Verdi (deux autres représentations à suivre, les 16 et 18 août). Et quel cadre ! Imaginez : la mythique Place Sainte-Croix, devant la porte majestueuse de la vieille ville d’Oppède le Vieux, ce village perché du Luberon qui semble tout droit sorti d’un rêve. La scène naturelle, baignée de la douce lumière du crépuscule puis des étoiles, est à couper le souffle : encadrée par un magnifique micocoulier à gauche, un grand cyprès élancé à droite, et deux oliviers séculaires le long des remparts. C’est dans ce décor unique, véritable théâtre à ciel ouvert, que l’émotion déchirante de Violetta a pris vie sous une forme inoubliable.
Après le triomphe espiègle du Barbier de Séville l’an passé – et les 3 éditions antérieures consacrées à la Trilogie Mozart/Da Ponte (en 21/22/23) -, le festival fondé et porté par l’énergie sans faille du grand chef français Cyril Diederich plonge cette année dans le romantisme tragique avec le chef d’oeuvre verdien qu’est La Traviata ! Et Cyril Diederich, en véritable maître d’œuvre, a signé hier soir (en plus de la direction orchestrale), une mise en scène classique, sensible et d’une efficacité remarquable. Sa vision ? Minimaliste mais puissante. L’essentiel de l’action se concentrait sous le feuillage protecteur du micocoulier, autour d’une grande table élégamment servie pour les festivités du premier acte et de l’ace III chez Flora Bervoix. À gauche, un simple écritoire évoquait l’intimité des correspondances cruciales. Et plus loin, un divan – lieu du dernier soupir de Violetta au quatrième acte – annonçait déjà avec une poignante sobriété le destin fatal. Les superbes costumes d’époque, riches en détails et en couleurs, achevaient de transporter le public au cœur du Paris romantique. Un régal pour les yeux !
Mais un opéra ne vit que par ses voix. Et quelle distribution (internationale) exceptionnelle le célèbre Maestro Français a su réunir pour cette Traviata ! Au sommet, la soprano ukrainienne Inna Kalugina, en Violetta Valéry, a littéralement soufflé l’audience. Sa voix, d’une agilité étourdissante dans les coloratures du premier acte (« Sempre libera » lancé avec une grâce et une puissance folle !), s’est transformée en un instrument d’une profondeur et d’une fragilité bouleversantes dans les actes suivants. Son « Addio del passato » au dernier acte, murmuré puis éclatant de douleur sous les étoiles, restera gravé dans toutes les mémoires comme un moment de pure magie lyrique. Face à elle, le ténor chinois Ping Zhang (Alfredo Germont) a démontré une vaillance et une musicalité exemplaires. Son « De’ miei bollenti spiriti » a fait vibrer la place d’une passion juvénile, tandis que son désespoir dans le troisième acte était palpable. L’excellent baryton italien Antonino Giacobbe (Giorgio Germont) a apporté toute l’autorité et la noblesse requises au père implacable, mais aussi une humanité touchante dans son grand air « Di Provenza il mar« , délivré avec un superbe legato tout verdien ! Sa voix chaude et puissante a parfaitement rempli l’espace nocturne.
L’ensemble de la distribution mérite des applaudissements nourris : Claire Cervera Lenert (Flora) pétillante et solide, Daria Mykolenko (Annina) touchante de dévotion, Grégoire Mour (Gaston) plein d’entrain, Zhiyi Zhu (Baron Douphol) d’une jalousie bien campée, Aran Matsuda particulièrement convaincant – avec ses graves profonds – en Marquis et Docteur Grenvil, et enfin Francisco Valadez (Giuseppe) très efficace. Un plateau aussi homogène que talentueux !
L’accompagnement musical, sous la direction passionnée de Cyril Diederich (dirigeant sans partition !), a été un autre point fort. Le Paris Symphonic Orchestra – composé d’une quinzaine de musiciens essentiellement issus des Orchestres Nationaux de France et de l’Opéra de Paris, excusez du peu ! – a trouvé une sonorité riche et nuancée, malgré la réduction (ingénieuse) que Jean-Philippe Kuzma a faite de la partition verdienne, en revanche parfaitement adaptée à l’acoustique naturelle de la place (le pianiste et chef de chant Sylvain Souret ayant assuré un soutien précieux aux chanteurs en amont de cette première…). La régie des lumières assurée par Olivier Daulon a épousé avec subtilité l’évolution de la soirée et de l’œuvre, passant de la gaieté ensoleillée à l’intimité tragique de la nuit.
Au final, cette Traviata luberonne fut une fusion magique entre un chef-d’œuvre intemporel, des interprètes de haut vol, une mise en scène élégante et sensible, et un cadre naturel d’une beauté à couper le souffle. Cyril Diederich et toute son équipe ont offert au public un moment d’émotion pure, de grâce musicale et de théâtre en plein air dans ce qu’il se fait de plus enchanteur. Le festival a ainsi été lancé sur les chapeaux de roue avec une intensité rare.
Alors, n’attendez plus ! Deux représentations seulement suivent : ce soir, vendredi 16 août, et dimanche 18 août (avant un concert lyrique pour 3 sopranos le 20, en guise de concert de clôture). Dans un cadre aussi exceptionnel et pour une production d’une telle qualité artistique, les places seront très prisées. Courez réserver pour vivre cette féerie lyrique sous le ciel étoilé du Luberon !
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CRITIQUE, festival. OPPEDE-LE-VIEUX, 9ème festival « Opéras et Concerts au coucher de soleil », le 15 août 2025. VERDI : La Traviata. I. Kalugina, P. Zhang, A. Giacobbe… Paris Symphonic Orchestra, Cyril Diederich (mise en scène et direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu
Pour toutes les informations pratiques et la réservation : https://www.lesconcertsaucoucherdesoleil.com






