Pour ce 40e anniversaire du Festival Radio France Occitanie Montpellier, la rotation des Orchestres se poursuit lors des concerts du soir. Ce 11 juillet, le Philharmonique de Radio-France joue sous la direction de Kirill Karabits (en remplacement de la cheffe Mirga GraŽinyté-Tyla, annoncée souffrante). Plusieurs symétries se chevauchent dans ce programme foisonnant. Deux pièces ondoyantes font pénétrer les effluves maritimes dans l’Opéra Berlioz de Montpellier. Deux suites reprennent les épisodes symphoniques d’opéras anglais, tandis que deux compositeurs français se croisent sur l’affiche !
Côté mer, ce n’est pas la proche Méditerranée qui inspire les Quatre Interludes marins (op. 33A), extraits de Peter Grimes de Britten, ni même La Mer de Debussy, mais plutôt l’Océan. Les quatre pièces de Britten rivalisent d’inventivité sur fond de motifs obsessionnels : dans le Lento de Dawn (Aurore), la singulière dualité entre les couleurs du registre aigu (violons sur la chanterelle, unis aux flûtes) et celles du grave (basses de cuivres) ouvre les profondeurs océaniques. L’agitation maximale de Sturm (la tempête) soulève une orchestration, elle, ravélienne, con fuoco, parfaitement coordonnée par le chef ukrainien. Cependant, ce sont les trois esquisses Debussystes de La Mer (1905) qui surplombent la soirée par leur la liberté formelle, magnifiée par l’excellence des pupitres du Philhar. La fluidité des soli chez les vents (trompette bouchée, flûtes) anime De l’aube à midi ; les boucles mobiles des harpes et du glock accueillent le chant du cor anglais (une sirène) dans Jeux de vagues. Et le chef d’équipage dose les riches textures du Dialogue du vent et de la mer.
Côté opéra (suite d’orchestre tiré de) The Exterminating Angel Symphony de Thomas Adès (2020), tirée de son opéra éponyme, développe également de puissants effets d’orchestration. L’écriture plus convenue diffère de la suite de Britten : chaque mouvement est monolithique afin de capter l’ambiance horrifique de la noirceur du livret, adapté du film éponyme de Luis Buňuel (1962). L’auditeur est saisi par la déconstruction de danses évoquant l’Espagne, une fausse habanera, un enchaînement de valses dont les charmes sont balayés ici par un rictus, là par des mélodies crispées, suggérant le huis-clos anxiogène de l’opéra.
Quant au Concerto n° 2 pour piano de Saint-Saëns, son souffle romantique n’est pas étranger à la thématique maritime, dansant sur la crête de l’Allegro scherzando, puis scintillant dans le Presto sous les doigts de Marie-Ange Nguci. Son jeu est caractérisé par une clarté polyphonique et une sonorité moelleuse, obtenue avec la pression de tout le corps sur le clavier. Sa virtuosité sans fard s’articule avec le dialogue orchestral, le tout manquant peut-être de fantaisie. Le plus décoiffant est sans doute le bis qu’elle offre au public : la cadenza du Concerto pour la main gauche de Ravel dont les flots frémissants dévalent l’étendue du clavier avec panache.
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CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), le 11 juillet 2025. BRITTEN, SAINT-SAËNS, ADES, DEBUSSY. Orchestre Philharmonique de Radio-France, Marie-Ange Nguci (piano), Kirill Karabits (direction). Crédit photo © Valentine Chauvin





