mercredi 19 juin 2024

Cosi fan tutte version Haneke

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mozart_portraitArte. Mozart : Cosi fan tutte. Michael Haneke, dimanche 19 avril 2015, 23h. Une relecture au scalpel du “drame joyeux / Dramma giocoso” (même classification que pour Don Giovanni) de Mozart par le cinéaste Michael Haneke. La vision cinématographique cisèle un jeu d’acteurs d’une rare subtilité : la souffrance des jeunes qui sont ainsi éduqués à l’amour barbare par le couple de manipulateurs, Depsina et Ferrando. Troublés, désirants, Guglielmo et Dorabella se consument d’amour sous le jeu des premiers feux (ils finissent à moitié dénudés au II…). La justesse de la lecture d’Haneke révèle dans le jeu des regards et le chant du corps, des non dits terrifiants de frustration : en définitive, ce qu’il fait de la relation perverse, violente, entre Despina / Alfonso, chacun représentant l’intérêt de leur sexe au détriment de l’autre, est passionnant. Peu à peu, le spectateur découvre combien sous couvert d’éduquer les jeunes âmes aux brûlures de l’amour, ces deux vieux expérimentés règlent leur compte. Ils se vengent l’un de l’autre par personne interposée, donc se délectent de la souffrance que leur jeu produit.

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Sous l’autorité perverse d’Alfonso / Despina, les deux jeunes couples apprennent les désillusions de l’amour…

 

 

 

Cosi version Michael Haneke : finesse et subtilité cyniques

Michael-HanekeLe soir où le Teatro Real applaudissait à tout rompre la première de ce Così fan tutte, Michael Haneke recevait à Los Angeles l’Oscar du meilleur film étranger pour Amour, déjà couronné d’une Palme d’or et de cinq Césars.  Pour sa deuxième mise en scène d’opéra, c’est aussi une vision de l’amour, cruelle et désenchantée, dévoilée au public, dans une mise en scène d’un glaçant réalisme : l’esprit en émoi met en relief la finesse multisémantique du livret écrit par Mozart et Da Ponte. Haneke dirige les trois couples d’interprètes : Dorabella/Ferrando, et Fiorfiligi/Gugielmo, mais aussi les calculateurs-mentors Alfonso et Despina, aussi affectés que leurs jeunes victimes par les morsures d’amour ; les anciens amants mènent un jeu qui met en lumière leurs blessures. En atténuant la comique de surface du dramma giocoso de Mozart, Haneke fait ressortir sa profonde mélancolie, sa tristesse tendre, son cynisme radical et subtil : la vie et l’amour sont océans de déception, d’amertume, de renoncement… Ceux qui croient à l’amour, en demandent-ils trop à la vie ? Même si une certaine lassitude s’installe à force de déplorations et de prières vers un dessillement collectif (la perte de la saveur légère et comique, faussement insouciante écarte les effets de contrastes entre comique et tragique), de toute évidence, la mise en scène souligne combien texte et musique sont restés universels, d’une modernité incisive, bouleversante : sous couvert d’un pari stupide, ici les êtres fragiles sont prêts à imploser et perdre leur identité. Troublant et juste.  Dommage que côté voix, le niveau ne soit pas à la hauteur de la réalisation.

 

 

 

arte_logo_175Arte. Mozart, Cosi fan tutte au Teatro Real de Madrid. Michael Haneke, mise en scène. Dimanche 19 avril 2015, 23h. Opéra en deux actes de Wolfang Amadeus Mozart ~ Livret : Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Michael Haneke. Sylvain Cambreling, direction. Avec : Annett Fritsch (Fiordiligi), Paola Gardina (Dorabella), Juan Francisco Gatell (Ferrando), Andreas Wolf (Guglielmo), Kerstin Avemo (Despina), William Schimell (Don Alfonso) et l’Orchestre et les Choeurs du Teatro Real de Madrid. Chef de choeur : Andrés Maspero. Réalisation : Hannes Rossacher (France, 2013, 3h). Coproduction : Idéale Audience, ARTE France, TVE et EuroArts Music International, Teatro Real de Madrid et Théâtre de la Monnaie-De Munt (Bruxelles), avec la participation de l’ORF et de Servus TV.

 

 

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