COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 B Pionnier / G Bouillon.

COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2019 2020, l’OpĂ©ra de Tours rĂ©affiche COSI FAN TUTTE du divin MOZART, dernier opus de la trilogie conçue avec Da ponte (Vienne, 1790). Ce dernier avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de l’infidĂ©litĂ© et de l’inconstance du dĂ©sir dans un prĂ©cĂ©dent livret pour l’opĂ©ra de Salieri, La Scuola degli Gelosi (l’école des jaloux) de 1783. Pour Wolfgang, le propos devient « la scuola degli amanti / l’école des amants, avec pour devise gĂ©nĂ©rique « Cosi fan tutte » : elles font toutes pareil (autrement dit, toutes les femmes sont infidĂšles). La production a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©e in loco en 2014, sa justesse mĂ©rite absolument d’ĂȘtre reprise. Et puis rien de tel qu’un bon Mozart pour amorcer un nouveau cycle d’opĂ©ras.

Aucune rĂ©fĂ©rence Ă  cette Naples XVIIIĂšme qui souvent continue de marquer les mises en scĂšnes les plus rĂ©centes. L’homme de thĂ©Ăątre (ex directeur du CDN de Tours), Gilles Bouillon, a rĂ©solument inscrit ce Cosi comme une fable contemporaine dans une espace moderne oĂč brille surtout la vivacitĂ© des femmes, grĂące Ă  un excellent trio fĂ©minin rĂ©uni pour cette reprise sur les planches de l’opĂ©ra de Tours. Car la devise qui sert de titre offre en rĂ©alitĂ© un miroir Ă  une sociĂ©tĂ© machiste : au nom de l’inconstance des femmes, Mozart et Da Ponte dĂ©noncent surtout les hommes qui non seulement sont infidĂšles et volages, mais fustigent et condamnent celles qui osent faire de mĂȘme, outrageusement libres, maĂźtresses de leur corps et de leur plaisir.
Au sortir des deux actes de ce dramma giocoso, c’est l’incohĂ©rence et l’hypocrisie des hommes qui sortent ridiculisĂ©es. Avant de juger, certains feraient bien de s’analyser et faire amende honorable.

 

 

Reprise du Cosi de Gilles Bouillon Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Angélique Boudeville,
mozartienne de grande classe

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A Tours, les voix de femmes sont Ă  la fĂȘte, soulignant tout ce que l’ouvrage, son texte, sa divine musique doivent au gĂ©nie mozartien, premier fĂ©ministe avant l’heure.

Petite voix mais volubile et habile en travestissements (en faux mĂ©decin, adepte du mesmerisme, au I ; puis au II, faux notaire Ă  la vois Ă©raillĂ©e, aigrelette), la Despina de DIMA BAWAB souligne la saveur comique de l’action : comĂ©dienne astucieuse et interprĂšte sincĂšre, elle respire l’esprit, la facĂ©tie, le goĂ»t du jeu et une bonne dose de militantisme fĂ©mininiste : c’est elle qui rĂ©Ă©duque les deux jeunes oies trop crĂ©dules. N’hĂ©sitant pas Ă  rudoyer ces jeunes patronnes en les traitant de bouffonnes, et d’Ă©pingler les hommes qui ne valent rien et qui « se valent tous ».
En Fiordiligi et Dorabella, les spectateurs tourangeaux bĂ©nĂ©ficient de deux tempĂ©raments aussi caractĂ©risĂ©s que subtils, aussi puissants que racĂ©s qui relĂšvent les dĂ©fis multiples de leurs duos et solos. Les deux françaises choisies pour ce duo fĂ©minin parmi les plus passionnants du rĂ©pertoire, Ă©blouissent littĂ©ralement chacune dans leurs parties. Dorabella d’abord de marbre puis qui succombe au charme du bel albanais (Ferrando dĂ©guisĂ©), ALIÉNOR FEIX dĂ©ploie de solides attraits ; voix ample et franche, sculptĂ©e en une voluptĂ© de plus en plus manifeste ; un cran au dessus est atteint avec l’impeccable Fiordilgi d’ANGÉLIQUE BOUDEVILLE ; la finesse et la beautĂ© de son diamant clair soutenu par une coloratoure fluide et naturelle et des aigus rayonnants par leur douceur d’attaque, semblent raviver les grandes mozartiennes d’hier, tenantes du rĂŽle : Della casa, CaballĂ©, Te Kanawa… Il y a du miel et une lumineuse candeur qui foudroient, dans cette voix mozartienne naturelle. Si elle soigne encore davantage le sens et la puretĂ© de son legato, les riches nuances de chaque syllabe, son intelligibilitĂ© et la subtilitĂ© des phrases, la jeune diva pourrait prĂ©tendre demain aux plus redoutables emplois belcantistes et aux autres rĂŽles mozartiens remarquables (Suzanna, la Comtesse, Pamina…) ; dans Cosi, ses deux airs solos (Come scoglio au I, puis son Rondo « Per pietà » au II)
 vĂ©ritables airs de concerts exigeants des moyens phĂ©nomĂ©naux, imposent une classe exceptionnelle, soliditĂ© des moyens, intelligence de l’intonation et conception du rĂŽle dans la situation
, Ă  l’avenant. Belle rĂ©vĂ©lation d’un talent Ă  suivre Ă©videmment.

Les hommes ne dĂ©mĂ©ritent pas mais sont d’un niveau en dessous : moins de souplesse comme de nuances, quoique Leonardo Galeazzi campe un Don Alfonso sĂ»r, moqueur, trĂšs au faĂźte de la connaissance humaine, un vrai mentor pour Ă©difier les deux jeunes fiancĂ©s prĂ©tentieux. Ceux ci sont dĂ©fendus avec conviction par le baryton Marc Scoffoni (Guglielmo) et SĂ©bastien Droy (Ferrando) mais comme il leur manque la finesse d’un chant mieux ciselĂ©, c’est Ă  dire mozartien.

 

 

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Dans la fosse, Benjamin pionnier diffuse l’équilibre idĂ©al d’un Mozart Ă  la fois chambriste et d’une infinie tendresse fraternelle pour ses personnages. La souplesse chantante des cordes fait ici les dĂ©lices du trio « soave il vento » (Alfonso / Dorabella / Fiordiligi au I), temps suspendu d’une exceptionnelle sensualitĂ© caressante ; les solos instrumentaux sont impeccablement calibrĂ©s dans ce labyrinthe des cƓurs, oĂč la passion se frotte Ă  l’illusion ; l’amour, aux caprices du dĂ©sir ; les derniĂšres espĂ©rances, Ă  la barbarie de l’amour volage 

Jamais les voix ne sont couvertes mais elles rayonnent toutes distinctement dans les ensembles… (dans les sextuors du II). Du reste, le maestro redoublent de prĂ©cision et de transparence soulignant tout ce que Cosi doit aux deux prĂ©cĂ©dents opĂ©ras de la trilogie Da ponte, Don Giovanni et les Nozze di Figaro ; sans omettre d’autres traits si proches qui annoncent La FlĂ»te EnchantĂ©e (1791) Ă  maints endroits… : le duo Ferrando / Dorabella du II, prĂ©figurant dans les jeux de mots et l’esprit scherzando, l’étreinte facĂ©tieuse du duo Ă  venir, Papageno / Papagena. Tout cela s’entend Ă  Tours dans cette reprise de haute volĂ©e auquel participe aussi la prĂ©cision du chƓur maison, prĂ©parĂ© avec le soin que l’on sait par la cheffe Sandrine Abello. Production incontournable.Encore deux dates, demain, dim 6 oct (15h), puis mardi 8 oct 2019 (20h) : RĂ©servez ici

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scÚne.

 

 

Opéra de TOURS : COSI FAN TUTTE de MozartCOSI FAN TUTTE de Mozart
Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours
Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi
Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Photos : © Sandra Daveau 2019 pour l’OpĂ©ra de TOURS
Prochaines productions Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le DOCTEUR MIRACLE de Charles Lecocq, les 12, 13 et 14 dĂ©cembre 2019 – version pour piano et pour les juniors (et toutes leurs familles) –  pour NoËL 2019 :  LES P’TITES MICHU d’AndrĂ© Messager : Ch Grapperon / RĂ©my BarchĂ© – les 27, 28, 29 et 31 dĂ©cembre 2019 – informations ici

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de COSI FAN TUTTE, reprise Ă  l’OpĂ©ra de TOURS
http://www.classiquenews.com/nouveau-cosi-fan-tutte-de-mozart-a-lopera-de-tours/

 

 

 

 

COSI FAN TUTTE de MOZART Ă  l’OpĂ©ra de TOURS

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
reprise 2014

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

TOURS, Opéra. Nouveau Cosi fan tutte de Mozart

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

TOURS, Opéra. Nouveau COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Opéra de TOURS : Cosi fan tutte de Mozart

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

 

 

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

TOURS, Opéra. Nouvelle production de COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
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Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

ARTE diffuse le nouveau Cosi fan tutte d’Aix 2016

mozart-portrait-xixARTE, ce soir, 22h20. Mozart: Cosi fan tutte. Depuis Aix en Provence, voici l’opĂ©ra des amours contrariĂ©s oĂč deux couples de jeunes amants apprennent la trahison, l’oubli, les blessures des serments tuĂ©s. Au dĂ©part, Ferrando (le tĂ©nor) aime Dorabella (la mezzo) et Guglielmo (le baryton), Fiodiligi (la soprano) : tout est en ordre dans cette Naples du XVIIIĂš. Mais, provoquant le sort au risque de tout perdre, les deux fiancĂ©s parient avec Don Alfonso, un aventurier qui a roulĂ© sa bosse, que leurs aimĂ©es jamais ne les trahiront : c’est mal connaĂźtre le coeur des femmes, volages et lĂ©gĂšres : « ainsi font-elles toutes », / Cosi fan tutte. AidĂ© de sa complice dĂ©lurĂ©e, elle aussi bien peu naĂŻve sur le monde et les hommes, la servante Despina, attachĂ©e au service des deux belles, Alfonso dĂ©montre la facilitĂ© avec laquelle Fiordiligi et Dorabella s’amourache du fiancĂ© de l’autre, en un croisement des attractions de plus troublantes. DĂ©guisĂ©s en turcs frais arrivĂ©s au port de Naples, les deux jeunes hommes titillent le dĂ©sir des deux jeunes femmes auxquelles leurs fiancĂ©s ont fait croire qu’ils sont partis Ă  la guerre. Ecole du dĂ©senchantement, expĂ©rience cynique de la rĂ©alitĂ© de l’amour, Cosi fan gutte est le dernier opĂ©ra Ă©crit avec Da Ponte. Mozart s’y rĂ©vĂšle expert de la fragilitĂ© et de l’inconstance. Tout ici palpite et s’aimante pour mieux perdre la raison des sentiments. Et c’est le couple des manipulateurs, les « vieux » contre les jeunes, Alfonso/Despina, qui jubilent en coulisse : la rĂ©alitĂ© a vaincu la naĂŻvetĂ©. Que donnera la nouvelle production prĂ©sentĂ©e en juillet 2016 par le Festival d’Aix ? C’est un spectacle d’autant plus attendu que l’opĂ©ra est emblĂ©matique de l’évĂ©nement provençal, participant Ă  sa premiĂšre Ă©dition en 1958 (et dans une distribution dĂ©jĂ  Ă©blouissante qui est restĂ©e lĂ©gendaire, associant dans les deux rĂŽles fĂ©minins, les deux Teresa de l’heure, Berganza et Stich Randall, sous la baguette de Hans Rosbaud). Aix 2016 saura-t-il conserver son Ăąme poĂ©tique fou en rĂ©gĂ©nĂ©rant l’irrĂ©pressible sensibilitĂ© mozartienne ? RĂ©ponse ce soir vendredi 8 juillet 2016 sur Arte, Ă  partir de 22h20.

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INFOS PRATIQUES sur le site d’Arte :
http://concert.arte.tv/fr/cosi-fan-tutte-de-mozart-au-festival-daix-en-provence-2016

distribution :

Kate Lindsey – Dorabella
Sandrine Piau – Despina
Lenneke Ruiten – Fiordiligi
Joel Prieto – Ferrando
Nahuel di Pierro – Guglielmo
Rod Gilfry – Don Alfonso

Freibrugerbarockorchester
Louis Langrée, direction
Christophe Honoré, mise en scÚne

Illustration : « je t’aime, moi non plus ». DĂ©sordre et trouble du sentiment amoureux par Fragonard (Le Verrou, DR)

 

Nouveau Cosi fan tutte Ă  Aix

aix-en-provence-logo-2015Aix. Mozart : Cosi fan tutte : 30 juin – 19 juillet 2016. La production Ă©vĂ©nement du festival aixois 2016 est ce nouveau Cosi, dernier opĂ©ra de la trilogie Mozart / Da Ponte dont on ne cesse de mesurer sans l’épuiser, la justesse Ă©motionnelle entre cynisme un rien pervers, et innocence Ă©prouvĂ©e. L’ouvrage crĂ©Ă© le 20 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne est sous titrĂ© surtout : l’école des amants. Car un duo complice d’une exquise drĂŽlerie cynique et ironique Ă©duque deux jeunes couples sur les vertiges et morsures amoureuses.
Il suffit que les fiancĂ©s en titre (Ferrando et Guglielmo) s’absentent pour que leurs amoureuses, jurant pourtant fidĂ©litĂ© et loyautĂ© Ă  leurs aimĂ©s avant leur dĂ©part, ne se laissent sĂ©duire par d’autres plus appĂ©tissants encore : de (faux) nouveaux officiers turcs, frais dĂ©barquĂ©s dans cette Naples, saisie par la torpeur d’un Ă©tĂ© harassant


Mozart portraitXECHIQUIER ET LABYRINTHE AMOUREUX. C’est qu’ici, Don Alfonso, vieil aventurier qui en connaĂźt plus sur le cƓur des femmes que quiconque, a pariĂ© cher que les demoiselles tromperaient serments et voeux prononcĂ©s, 
 un affront pour les fiancĂ©s ainsi trahis qui apprennent le dur et Ăąpre langage amoureux, grĂące aussi Ă  la vivacitĂ© mordante de la servante Despina, vraie nourrice espiĂšgle des deux jeunes femmes : Dorabella et Fiordiligi. L’esprit de Mozart atteint des sommets d’élĂ©gance profonde, de sensualitĂ© mĂ©lancolique, infiniment sensible aux vertiges Ă©prouvĂ©s par ses jeunes protagonistes : Fiordiligi et Dorabella dĂ©sespĂšrent, s’alanguissent puis succombent Ă  la tentation des nouveaux arrivants, tandis que les garçons, trahis, humiliĂ©s, pris dans les rets de leur propre comĂ©die, Ă©prouvent les brĂ»lures de la solitude et de l’abandon (Ferrando).
L’opĂ©ra de 1790 n’a pas pris une ride tant la justesse de la musique et l’exquise expression des sentiments nous parlent aujourd’hui. La nouvelle production aixoise affiche une distribution de chanteurs plutĂŽt inconnus en France, sauf l’excellente soprano Sandrine Piau, mozartienne accomplie qui devrait pĂ©tiller et jubiler dans le rĂŽle de la servante dĂ©jantĂ©e, Ă©mancipĂ©e, complice en diable d’un Alfonso pervers. Sur le plan scĂ©nique, qu’en sera-t-il ? La derniĂšre production de Cosi Ă  Aix qui ait vraiment comptĂ©, demeure celle de Patrice ChĂ©reau, dĂ©ployĂ©e dans les coulisses d’un thĂ©Ăątre
 Pour ceux qui apprĂ©cie un Mozart enlevĂ©, Ă©lĂ©gant, profond, prĂ©fĂ©rez les dates avec l’excellent mozartien JĂ©rĂ©mie Rhorer, rĂ©cent ambassadeur d’un EnlĂšvement au SĂ©rail, du mĂȘme Mozart, saisissant de vĂ©ritĂ© et de vivacitĂ©.

 

 

 

Cosi fan tutte de Mozart au Festival d’Aix en Provence
Aix en Provence, ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
Les 30 juin, puis 2, 5, 8, 11, 13, 15, 17 et 19 juillet 2016
9 représentations

Fiordiligi : Lenneke Ruiten
Dorabella : Kate Lindsey
Despina : Sandrine Piau
Ferrando : Joel Prieto
Guglielmo : Nahuel di Pierro
Don Alfonso : Rod Gilfry

Freiburger Barockorchester
Louis Langrée / Jérémie Rhorer (17 & 19 juillet), direction musicale
Christophe Honoré, mise en scÚne

 

 

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RADIO, en direct.
Diffusion sur France Musique, mardi 5 juillet 2016, en direct, Ă  21h30

autres diffusions à suivre sur France Musique, au Festival d’Aix en Provence 2016 :

Mercredi 6 juillet, en direct / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
22h : Il Trionfo

Jeudi 7 juillet, en direct / Grand Théùtre de Provence
19h30 : Pelléas & Mélisande

 

 

Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra. Le 19 avril 2016. Mozart : Cosi fan tutte. Lawrence Foster, Pierre Constant.

UNE OEUVRE DE SON TEMPS, INTEMPORELLE … Si on veut bien croire, pour entrer dans le jeu misogyne de l’opĂ©ra, que CosĂ­ fan tutte ,‘Qu’ainsi font-elles toutes’, en trahissant, heureusement, ainsi ne font-ils pas tous(les metteurs en scĂšne) qui, miracle aujourd’hui, se contentent, pour notre bonheur, de respecter texte et musique sans besoin de transposer, de transporter l’Ɠuvre dans quelque insolite Mac Do ou lointaine galaxie : une recherche acharnĂ©e d’originalitĂ© de temps et lieu qui sent depuis

longtemps le lieu commun ranci. Bref, on redĂ©couvre tout bĂȘtement que, comme Le Nozze di Figaro, CosĂ­ fan tutte, loin de l’opĂ©ra baroque et seria mythologique ou historiciste, sont bien ancrĂ©s, avec leurs personnages et situations, dans ce XVIIIesiĂšcle des LumiĂšres, avec ses ombres, lĂ  sociales prĂ©-rĂ©volutionnaires, ici psychologiques, solairement libertines et ombreusement perverses.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)Le cƓur farcesque de l’intrigue, le pari de deux amoureux pris au jeu d’un rouĂ© libertin cynique, le faux dĂ©part des deux amants pour une guerre subite, s’il se justifie Ă  l’époque oĂč l’Empereur Habsbourg d’Autriche tente de reconquĂ©rir les anciens Pays-Bas espagnols et, l’Espagne, sa Naples perdue, devient invraisemblable dans tant de mises en scĂšnes laborieusement tirĂ©es vers notre Ă©poque surinformĂ©e par mĂ©dias, tĂ©lĂ©phone internet : mĂȘme la farce a besoin d’un minimum de vraisemblance car du postulat du pari dĂ©coule tout le dĂ©roulement logique de la suite des Ă©vĂ©nements. Si le retour des amoureux dĂ©guisĂ©s en nobles turcs ou valaques (la Turquie fait alors face Ă  Naples) est dans la tradition des turqueries de l’époque et du goĂ»t bien attestĂ© des travestissements, dĂ©jĂ  assez incroyable mĂȘme si l’anecdote, dont furent victimes deux dames de Ferrare Ă  Vienne ou isolĂ©es dans la sensuelle Naples, sur laquelle se fonde l’opĂ©ra est paraĂźt-il rĂ©elle, elle serait absurde aujourd’hui avec ces faux Albanais richissimes, mĂȘme pas migrants, outranciĂšrement travestis d’habits traditionnels.

Sextuor exceptionnel

 

img_6526_photo_christian_dresse_2016Certes, l’opĂ©ra n’est rĂ©aliste que dans les sentiments, qui ne sont pas d’un temps, mais intemporels. Justement, sans invoquer la filiation avec le conte de La Fontaine et l’opĂ©ra-bouffe de Dauvergne Les Troqueurs (1753) sur l’échange des fiancĂ©es, cette Ɠuvre semble emblĂ©matique de toute la  frivolitĂ© et l’inconscience d’une sociĂ©tĂ© aristocratique qui danse en 1790 sur un volcan (ici, le VĂ©suve!) rĂ©volutionnaire : Marie-Antoinette, la sƓur de l’empereur commanditaire, et sƓur lĂ©gĂšre de nos hĂ©roĂŻnes, sera guillotinĂ©e bientĂŽt. Despina, dans ses rĂ©criminations contre ses patronnes, est cousine de Figaro de Beaumarchais, mĂȘme Ă©dulcorĂ© par la censure de Vienne dans l’opĂ©ra. La cruautĂ© froidement expĂ©rimentale de l’épreuve et ses dĂ©guisements rĂ©vĂ©lateurs, trĂšs Marivaux, le cynisme assez Laclos (Les Liaisons dangereuses), digne du libertin Ă  l’Ɠil froid de Sade, sont bien des divertissements d’époque d’une classe sociale oisive et dĂ©cadente que ne biffe pas le bouffe de ce dramma giocoso. CosĂ­ est bien la captivante Ă©manation captĂ©e par deux gĂ©nies, le librettiste et le musicien, de l’air du temps fol et lĂ©ger d’un Ancien RĂ©gime Ă  son crĂ©puscule qui vit naĂźtre l’Ɠuvre et qui va mourir avec la RĂ©volution. Et c’est en Ă©tant de son temps, profondĂ©ment frivole, qu’il parle au nĂŽtre en profondeur.

Réalisation et interprétation

Bains… Le rideau se lĂšve non sur un de ces cafĂ©s devenus alors Ă  la mode, mais sur les vapeurs sensuelles d’un bain turc oĂč les deux jeunes officiers demi-nus, fiers de leur corps, et leur philosophe d’ami Don Alfonso, le cerveau, suent, mijotent et se font plus ou moins cajoler par de plus ou moins rudes masseurs enturbannĂ©s, prĂ©lude logique Ă  la proche Turquie adriatique et turquerie drapĂ©e : culture du corps pour le culte du cƓur dont dissertent ces gentilshommes oisifs avec une voluptĂ© volubile sur les mĂ©rites respectifs de leurs belles. Lieu mĂąle de rencontre tout occupĂ© des femmes. Se mettre Ă  nu engage Ă  la confidence et Ă  la vĂ©ritĂ©, mais qui dĂ©cide, ici, paradoxalement, du mensonge et du dĂ©guisement du pari : Ă  vĂ©ritĂ© drapĂ©e, menteurs attrapĂ©s.

Lit… Le bain a la creuse rotonditĂ© matricielle des thermes romains, qui est souvent celle de l’architecture napolitaine du baroque urbain. Sobre scĂ©nographie modulable de Roberto PlatĂ©, qui devient dĂšs la seconde scĂšne, l’appartement des deux fiancĂ©es, fermĂ© d’une immense porte persienne, ouverte sur une abstraite bande jaune et un bleu du ciel ou de la mer, qui Ă©vacue l’encombrement dĂ©coratif : seul Ă©lĂ©ment de dĂ©cor, un sensuel Saint-SĂ©bastien alangui sur son tronc d’arbre, apparemment Ă©rotique objet de dĂ©votion des deux sƓurs, que l’on dĂ©couvre s’éveillant langoureusement dans un lit qui trĂŽne ostensiblement au milieu du vaste espace, surmontĂ© du voilage d’un baldaquin ou ciel de lit —promettant le septiĂšme— objet Ă  peine lĂ©gĂšrement voilĂ© de tous les dĂ©sirs latents ou avouĂ©s : l’enjeu dĂ©voilĂ© de l’affaire, le lieu des tendres combats plus amoureux que guerriers. Le plaisir de Dorabella qui s’y attarde paresseusement signe d’avance sa sensualitĂ© alors que le baldaquin drapera la pudeur de sa sƓur ou couronnera du voile ses rĂȘves matrimoniaux.

La haute porte se fermera sur l’injonction de Dorabella jouant la tragĂ©die laissant percer ombre et lumiĂšre striĂ©e des persiennes, pĂ©nombre mentale des sentiments indĂ©cis ; et une fenĂȘtre enchĂąssĂ©e donnera plus tard Ă  Don Alfonso le regard du voyeur en surplomb de sa trame sur le drame qui vivent les malheureuses dupĂ©es, et la cruelle duperie dĂ©couverte par Ferrando. Les Ă©clairages de Jacques Rouveyrolles disent les heures qui passent et le passage des Ă©motions, des sentiments de l’ombre Ă  la lumiĂšre brutale de la rĂ©vĂ©lation.

Dans la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale de beige, les costumes tout aussi sobres de Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi, mettent en valeur les soieries, les chĂąles colorĂ©s des faux Valaques (plutĂŽt des Touaregs, des hommes bleus du dĂ©sert), le corsage vert et la tournure de Despina. Un parti pris minimaliste qui Ă©vacue, avec la barque, les chƓurs chantant dans un lointain peu audible. Cela concentre l’attention sur le jeu des six protagonistes et la mise en scĂšne de Pierre Constant, riche de cette pauvretĂ© visuelle mais qui, sans l’encombrer, remplit le vaste espace de trouvailles scĂ©niques bien venues, malgrĂ© un mariage final bien a minima pour des Ă©poux opulents a maxima Ă  ce qu’on nous en a dit : : retour au statut quo, noces sans faste, nĂ©fastes?

cosi fan tutte lawrence foster img_6133_photo_christian_dresse_2016On aime, entre autres signes, ces soieries, ces chĂąles orientaux dont on sent bien lorsque les filles se les passent, qu’ils outrepassent l’ornement pour exprimer la possession et la passion du sentiment nouveau, comme Fiordiligi, lucide, se l’enlĂšve comme exorcisme pour revĂȘtir le manteau protecteur de son fiancĂ© Ă  l’amour duquel elle se range aprĂšs le dĂ©rangement de l’émoi physique avec le faux Turc. On avait dĂ©jĂ  bien vu, pendant son premier grand air oĂč elle chasse les intrus, l’humour dans sa tentative de ne pas entrer dans ce nƓud ni habits en tentant de dĂ©chiqueter le lien de la longue Ă©charpe et, faute d’y parvenir, la tordant convulsivement, ne faisant que la nouer davantage. BarriĂšre Ă  l’affrontement ou ancien lieu de rencontre entre Despina et Alfonso, le lit central, aux barreaux dĂ©montĂ©s, sera aussi champ et armes de bataille entre les prĂ©tendants et les prĂ©tendues offensĂ©es qui les bombardent de ces oranges qu’ils leur ont offertes. Mais le don de l’orange de Guglielmo, acceptĂ© par Dorabella, devient promesse de se donner. On ne sait si le metteur en scĂšne a pensĂ© Ă  la symbolique platonicienne, mais non platonique, dans certains pays mĂ©diterranĂ©ens de l’orange coupĂ©e en deux, dont on dit que chaque sexe doit chercher obstinĂ©ment l’autre : la moitiĂ© qui lui convient, samoitiĂ©. À l’évidence, le masque fait advenir la vĂ©ritĂ© des caractĂšres et la correspondance des voix assortis : la quadrature du cercle de l’orange puisque, les masques dĂ©posĂ©s, on en revient Ă  la fausse donne conventionnelle de dĂ©part : le Don Juan Guglielmo avec sa douce moitiĂ© Fiordiligi qu’il trompera, la frivole Dorabella avec le tendre Ferrando qu’elle cocufiera. À moins de rĂȘver Ă  l’harmonie des contraires.

Notamment dans les finales d’actes concertants, le rythme, est souvent vif au risque de petits dĂ©calages —parfois inĂ©vitables dans le spectacle vivant— sans la parfaite musicalitĂ© et maĂźtrise des interprĂštes qui corrigent vite, jouent et chantent avec une Ă©gale crĂ©dibilitĂ©, soumis Ă  la baguette rigoureuse du chef Lawrence Foster. On connaĂźt le sens de l’humour  de ce dernier et, on a beau connaĂźtre son CosĂ­ par cƓur, note Ă  note et parole Ă  parole, on reste encore Ă©tonnĂ© d’en dĂ©couvrir, avec Ă©merveillement, des effets instrumentaux ironiques, humoristiques qui soulignent, surlignent, ou contredisent, les tirades pompeuses des protagonistes. Un rĂ©gal de discours orchestral qui sertit de joyaux les paroles de Da Ponte, dont les rĂ©citatifs, vifs et inventifs, sont joliment brodĂ©s avec esprit au pianoforte par un interprĂšte malheureusement omis dans la distribution.

L’Ɠuvre requiert un sextuor vocal sans faiblesse et nous fĂ»mes ici dans l’excellence. Avec ses airs solistes dans une rĂ©partition Ă©quilibrĂ©e qui correspond aux exigences du temps, deux pour le premier et second soprano (selon la terminologie de l’époque) mais avec une longueur et une difficultĂ© plus grandes pour Fiordiligi et une amorce d’air et, rĂ©cit obligĂ© et arioso supplĂ©mentaire pour elle (« Fra le amplessi  »), deux pour Despina, deux airs pour les amants, tous plus brefs, et brĂ©vissimes interventions d’Alfonso, CosĂ­ fan tutte est un opĂ©ra qu’on dirait madrigalesque tant les ensembles sont importants et complexes, duos, trios, quatuors, quintettes, sextuors. Aucune faille dans cette distribution jeu et chant d’artistes aussi bons musiciens qu’acteurs.

À Don Alfonso, sachant allĂ©ger sa voix pour la volubilitĂ© de sa premiĂšre scĂšne, Marc Barrard prĂȘte sa faconde ironique mais, sous l’apparente bonhomie, une noirceur vocale qui colore le cynique philosophe d’une inquiĂ©tante dose de perversitĂ© jouisseuse Ă  contempler, de sa fenĂȘtre, les souffrances des marionnettes qu’il manipule. Il a une digne partenaire dans la rayonnante maturitĂ© de la Despina d’Ingrid Perruche, piquante et picaresque, voix corsĂ©e pour femme, sinon du monde par injustice sociale, de ce monde, de cette terre, dont elle nous fait sentir avec Ă©motion qu’elle en a une expĂ©rience pas forcĂ©ment rose : sans doute une grande Ăąme trahie par la vie.

 

 

 

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Le quatuor des amants est d’une fraĂźcheur et d’une jeunesse qui semblent directement issues de l’Ɠuvre elle-mĂȘme : si le complot est nĂ© de l’esprit pervers d’un homme mur et rouĂ©, qui, sinon d’imprudents hommes jeunes peuvent y entrer et qui, sinon de naĂŻves oiselles et demoiselles y succomber? BeautĂ© physique et vocale sont l’apanage de ces jeunes chanteurs. Imposant une voix pleine d’assurance virile pour ce sympathique personnage outrecuidant, le baryton basse Josef Wagner campe un Guglielmo gandin, grand gaillard goguenard et Ă©lĂ©gamment Ă©grillard, dont on entend vite qu’il a sa moitiĂ© d’orange dans la chaleur vocale et la fĂ©minitĂ© chantante Ă  tous niveaux de la belle Dorabella de Marianne Crebassa, qui ne se laisse pas si facilement dorer la pilule : Ă  sĂ©ducteur, sĂ©ductrice et demie, voix de voluptueux velours sans lourdeur, admirable dans sa parodie d’air tragique, aimable et lĂ©gĂšre dans le survol, sans poser, sans peser, au charme irrĂ©sistible, de son second air, « È amore un ladroncello  »

Les deux voix aiguĂ«s se marient Ă©galement de maniĂšre idĂ©ale (ce qui rend cruel le retour final aux couples dĂ©sassortis). Beau gosse mais gugusse naĂŻf et touchant, FrĂ©dĂ©ric Antoun, a une stature athlĂ©tique digne du gymnase et bain du dĂ©but, force qui rend plus touchante sa faible figure brisĂ©e  d’amant trahi : argentĂ©e, la voix est large, solide sur toute sa tessiture, Ă©lĂ©giaque pour dire l’ardeur amoureuse, puissante dans le dĂ©chirement. Avec une certaine rĂ©serve pudique, Guanqun Yu, Fiordiligi, lui semble prĂ©destinĂ©e : douceur du timbre, lĂ©ger velours du grave, elle se lance vaillamment dans les deux airs terribles vocalement, hĂ©rissĂ©s de difficultĂ©s du grave aux sauts aigus, avec un bonheur de tessiture, de timbre et d’expression qui bouleversent.

Surtitres plats

Dans la rĂ©ussite totale de ce spectacle, on regrettera la platitude des surtitres. Pour les spectateurs qui ne comprennent pas l’italien et la langue savoureuse et savante de Da Ponte, parfois bardĂ©e de parodies Ă©rudites du latin, de plaisantes rĂ©fĂ©rences mythologiques, ce ne sont pas ces surtitres qui en donneront la moindre idĂ©e. Certes, on ne peut traduire toute l’abondance du texte, mais, mĂȘme sans contresens, ils sont synthĂ©tiques Ă  l’excĂšs, rĂ©sumĂ©s abusivement et gomment systĂ©matiquement les images pittoresques, les traits humoristiques et dĂ©pouillent les personnages comme Alfonso de sa  culture latine (finem lauda), Guglielmo de sa mĂąle verdeur langagiĂšre de soldat et Despina, de la populaire truculence de ses jurons : son Caspita ! (‘Saperlipopette’, ‘non d’une pipe’), son vigoureux Corpo di Satanasso ! (‘Par la queue du Diable !’, cette queue du diable qu’elle invitait les filles Ă  connaĂźtre dans son air) sont banalisĂ©s Ă  la simple interjection et l’ardent VĂ©suve que la Napolitaine Dorabella sent dans son cƓur est affadi en quelconque « volcan ».

 

 

 

Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra. Le 19 avril 2016. Mozart : Cosi fan tutte. Lawrence Foster, Pierre Constant.

 

COSÍ FAN TUTTE Ă  l’OpĂ©ra de Marseille

Dramma giocoso en deux actes (1790)

Musique de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Livret de Lorenzo da Ponte (1749-1838)

Les 19, 21, 24 , 26, 28 avril 2016

Fiordiligi : Guanqun Yu
Dorabella : Marianne Crebassa
Despina : Ingrid Perruche ; Don Alfonso : Marc Barrard ;
Ferrando : Frédéric Antoun
Guglielmo : Josef Wagner

Orchestre et ChƓur (Emmanuel Trenque)  de l’OpĂ©ra de Marseille

Direction musicale : Lawrence Foster.

Mise en scÚne : Pierre Constant. Décors : Roberto Platé. Costumes : Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi. LumiÚres : Jacques Rouveyrolles.

 

 

Photos © Christian Dresse / Dorabella, maillon faible des deux sƓurs (Perruche,Yu, CrĂ©bassa) ;

Compte rendu, opéra. Toulon, Opéra. Le 22 novembre 2015. Mozart : Cosi fan tutte. Gilles Bouillon, mise en scÚne.

Ainsi font-ils tous (les metteurs en scĂšne) a-t-on envie de parodier la traduction du titre. TransposĂ© de son XVIIIe siĂšcle finissant Ă  de vagues annĂ©es 50, qui occupent depuis longtemps dĂ©jĂ  tant de scĂšnes sans qu’on sache pourquoi, effet de mode dĂ©jĂ  dĂ©modĂ© de tant de rĂ©pĂ©titions, transplantĂ© de Naples et son VĂ©suve symbolique dans un arbitraire bord du placide lac de CĂŽme, situĂ© dans une vaste demeure sans charme, le charmant et cruel opĂ©ra perd beaucoup du sien.

 

 

 

Inutile « modernisation » et contexte de l’Ɠuvre

 

 

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Cela apporte-t-il quelque chose à l’Ɠuvre ? Non. Cela enlĂšve-t-il ? Oui. Le cƓur de l’intrigue, le faux dĂ©part des deux amants pour une guerre subite, s’il se justifie Ă  l’époque oĂč l’Empereur Habsbourg d’Autriche tente de reconquĂ©rir les anciens Pays-Bas espagnols et, l’Espagne, sa Naples perdue, devient invraisemblable dans un XXe siĂšcle surinformĂ© par radio et tĂ©lĂ©phone. Si le retour des amoureux dĂ©guisĂ©s en nobles turcs ou valaques (la Turquie fait alors face Ă  Naples) est dans la tradition des turqueries de l’époque et du goĂ»t bien attestĂ© des travestissements, dĂ©jĂ  assez invraisemblable mĂȘme si l’anecdote, dont furent victimes deux dames de Ferrare Ă  Vienne ou isolĂ©es dans la sensuelle Naples, sur laquelle se fonde l’opĂ©ra est paraĂźt-il rĂ©elle, elle devient absurde aujourd’hui avec ces faux Albanais richissimes, mĂȘme pas migrants. Bien sĂ»r, l’opĂ©ra n’est rĂ©aliste que dans les sentiments. Justement, sans invoquer la filiation du conte de La Fontaine et l’opĂ©ra bouffe de Dauvergne Les Troqueurs (1753) sur l’échange des fiancĂ©es, toute la frivolitĂ© et l’inconscience d’une sociĂ©tĂ© aristocratique qui danse en 1790 sur un volcan (le VĂ©suve !) rĂ©volutionnaire est ainsi gommĂ©e : Marie-Antoinette, la sƓur de l’empereur commanditaire, et sƓur lĂ©gĂšre de nos hĂ©roĂŻnes, sera guillotinĂ©e bientĂŽt. La cruautĂ© froidement expĂ©rimentale de l’épreuve et ses dĂ©guisements rĂ©vĂ©lateurs, trĂšs Marivaux, le cynisme assez Laclos (Les Liaisons dangereuses), digne du libertin Ă  l’Ɠil froid de Sade, disparaĂźt aussi sous un traitement simplement bouffe de ce dramma giocoso arrachĂ© Ă  l’empreinte folle et lĂ©gĂšre d’un Ancien RĂ©gime Ă  son crĂ©puscule sanglant qui vit naĂźtre l’Ɠuvre et qui va mourir. Le contexte historique et culturel est autrement plus significatif et riche que cette dĂ©contextualisation gratuite.

Non, la littĂ©rature du XVIIIe siĂšcle n’invente pas « l’amour-passion » comme semble le croire Bernard Pico, dramaturge, dans sa par ailleurs intĂ©ressante « Note d’intention ». Sans invoquer « la sentimentalitĂ© chevaleresque » qu’il cite (confusion avec la « troubadouresque » qui va du serf d’amour Ă  la Belle Dame sans merci, l’amour courtois, dans lequel le hĂ©ros est le vaincu d’amour, et l’amour chevaleresque, dans lequel la femme est la rĂ©compense consentante du hĂ©ros vainqueur), il n’est que de voir la Carte du Tendre, tous les traitĂ©s des passions, des affects qui fleurissent Ă  l’époque baroque prĂ©cĂ©dente, dont les hĂ©roĂŻnes raciniennes, les Lettres de la religieuse portugaise de Guilleragues sont pratiquement des illustrations littĂ©raires, pour s’en tenir simplement aux rĂ©fĂ©rences françaises. On lui concĂšde volontiers l’heureuse formule de « cette jeunesse dorĂ©e qui a le temps de prendre le temps » (encore que tout se dĂ©roule en un jour
), oisivetĂ© malgrĂ© tout plus caractĂ©ristique d’une sociĂ©tĂ© de cour et de salons que des annĂ©es 50 de suractivitĂ© et de reconstruction au sortir de la guerre. Quant Ă  faire de Despina, soubrette, une « cousine Ă©loignĂ©e des deux sƓurs », c’est gommer, par sa proximitĂ© familiale, sa familiaritĂ© impertinente de servante critique, et rĂ©voltĂ©e de l’inĂ©galitĂ© de sa condition, cousine ou sƓur, plutĂŽt, non du Figaro Ă©dulcorĂ© par force des Noces, mais de Beaumarchais : la RĂ©volution est lĂ .

Il reste que les costumes (Marc Anselmi), dans leur transpositions moderne, sont justes par les formes, pimpants par leurs fraĂźches couleurs joliment harmonisĂ©es entre les personnages, le tout bien servi et non contrariĂ© par les lumiĂšres douces de Marc DelamĂ©ziĂšre. À dĂ©faut d’ĂȘtre somptueux, le dĂ©cor nĂ©o Art DĂ©co annĂ©es 50 (Nathalie Holt), est efficace, avec cette baie Ă  rideaux, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, qui permet les effets justement thĂ©Ăątraux, notamment de Guglielmo.

La mise en scĂšne de Gilles Bouillon est d’une remarquable vivacitĂ©, avec beaucoup de trouvailles et mĂȘme les deux amoureux cachĂ©s ou couchĂ©s sous la table de billard, sorte de redondance visuelle et auditive de leur foi en la fidĂ©litĂ© de leurs belles, est moins incongru qu’égrillard, bien que ce voyeurisme soit un thĂšme libertin rĂ©current dans la littĂ©rature et la peinture Ă©rotiques du XVIIIe siĂšcle. Les queues de billard brandies deux fois comme des Ă©pĂ©es, sont drĂŽles mais neutralisent, par leur bouffonnerie, le duel d’honneur possible dans ce Dramma giocoso, drame joyeux, mais tout de mĂȘme drame comme est qualifiĂ©e l’Ɠuvre par ses auteurs et non opera buffa comme dans le programme. Le jeu d’acteurs est Ă©galement remarquable, homogĂšne : tous les chanteurs sont crĂ©dibles mĂȘme dans l’incroyable travestissement.

À la tĂȘte d’un Orchestre de l’OpĂ©ra de Toulon, sensiblement heureux, aĂ©rien, galvanisĂ©, le chef indonĂ©sien Darrell Ang donne d’entrĂ©e une vivacitĂ© nerveuse, juvĂ©nile, Ă  cette musique pĂ©tillante, mais en caresse aussi la sensualitĂ©, la voluptĂ© en promesses, avec toute l’élĂ©gance que requiert cet Ă©quilibre d’une Ɠuvre d’un temps oĂč le plaisir, le plaisir de vivre, mĂȘme avec ses cruautĂ©s, Ă©taient un art. On admire aussi comment il guide des chanteurs, les protĂšge dans cette partition oĂč le moindre Ă©cart est une incartade de mauvais goĂ»t. Les rĂ©cits sont accompagnĂ©s avec justesse historique, au pianoforte par BĂ©atrice Skaza, qui surprend agrĂ©ablement, mais semblent s’estomper un peu ensuite.

Sans ĂȘtre exceptionnel, le plateau est assez homogĂšne. Sans avoir la noirceur de la voix de basse qu’on prĂȘte en gĂ©nĂ©ral Ă  Don Alfonso, le machiavĂ©lique auteur de la trame, Riccardo Novaro, baryton, en a la prestance, une certaine froideur cruelle et, surtout, une vĂ©locitĂ© admirable qui ne « savonne » jamais les notes rapides redoutables qu’on semble entendre parfois pour la premiĂšre fois. Le tĂ©nor uruguayen Leonardo Ferrando dont le nom est le prĂ©nom du hĂ©ros qu’il incarne, est un Ferrando de belle allure, sensible, touchant t d’une musicalitĂ© irrĂ©prochable. Contrastant Ă  ses cĂŽtes, sa faconde fĂ©conde, le baryton Alexandre  Duhamel, fanfaronne avec bonheur, vibrionnant, tourbillonnant, Ă©tourdissant, dotĂ© d’un organe (vocal) que nul n’ignore. Par ailleurs, on l’a dotĂ©, Ă  la place de son air plus bref, ambigu dans ses images (son Ă©loge du pied, du nez, de la moustache virile, (« Non siate ritrose, occhietti vezzose  », d’un air beaucoup plus long, une sorte de catalogue comparatif de ses mĂ©rites avec nombre de hĂ©ros mythologique.

Des rĂ©citatifs sont par ailleurs restituĂ©s mais, malheureusement, on coupe le dernier air de Dorabella (« È Amore un ladroncello  ») oĂč la jeune femme exprime sa lĂ©gĂšre philosophie de l’amour pour convaincre sa sƓur de cĂ©der. Elle est campĂ©e par la mezzo Marie Gautrot, sur laquelle on ne hasardera pas de jugement tĂ©mĂ©raire hĂątif : souffrante ce jour-lĂ , elle se tire cependant avec honneur de son premier air grandiloquent et des ensembles si nombreux, sans qu’on puisse rien hasarder sur son timbre dans ces conditions. À ses cĂŽtĂ©s, grave et mĂ©dium corsĂ©s dignes d’un mezzo, en Fiordiligi, la soprano Marie-Adeline Henry, malgrĂ© une voix manquant d’homogĂ©nĂ©itĂ©, avec un aigu parfois largement arrachĂ©, manifeste un grand contrĂŽle technique mĂȘme de cette faille, rĂ©ussit des nuances dĂ©licates et campe une hĂ©roĂŻne Ă©mouvante dans ses fragilitĂ©s mĂȘme d’écueil dans la tempĂȘte. Mais la servante est ici la maĂźtresse : campĂ©e avec autoritĂ© scĂ©nique et vocale par Anna Kasyan, soprano au riche registre, au mĂ©dium coloré : cigarette au bec, acerbe, elle observe les deux sƓurs geignardes avec plus de distance ironique que de compassion, digne Ă©mule ou en intrigue rivale d’un Don Alfonso dont elle ravale la morgue des prĂ©tentions sĂ©ductrice, mĂȘme roulĂ©e par lui.

En fanfare, les chƓurs (Christophe Bernollin) si brefs s’amusent longuement en mesure martiale avec nous.

Da Ponte/Mozart : CosĂ­ fan tutte, Dramma giocoso en deux actes (1790) Ă  l’OpĂ©ra de Toulon
Les 22, 24, 27 novembre 2015.
Direction musicale : Darrell Ang
Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Toulon
Mise en scÚne : Gilles Bouillon. Dramaturgie : Bernard Pico. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. LumiÚres Marc DelaméziÚre.

Distribution
Fiordiligi : Marie-Adeline Henry ; Dorabella : Marie Gautrot ; Despina : Anna Kasyan ; Ferrando : Leonardo Ferrando ; Guglielmo : Alexandre  Duhamel ; Don Alfonso : Riccardo Novaro .

Illustrations : © Frédéric Stéphan

Anna Kassyan chante Despina Ă  Toulon

kassian-anna-imogene-bellini-2013Toulon, OpĂ©ra. Mozart : Cosi fan tutte. Les 22, 24 et 27 novembre 2015. L’excellente production de Cosi fan tutte signĂ©e Gilles Bouillon, vue Ă  l’OpĂ©ra de Tours (octobre 2014)  fait escale Ă  Toulon avec une distribution pĂ©tillante oĂč dominent les talents ciselĂ©s de l’irrĂ©sistible Anna Kassyan (1er Prix du Concours Bellini 2013) et le baryton Alexandre Duhamel. La premiĂšre connaĂźt d’autant mieux le rĂŽle qu’elle incarne, l’astucieuse et truculente servante Despina qu’elle a chantĂ© le personnage dans la version dĂ©jantĂ©e, dĂ©poussiĂ©rĂ©e et pour certains provocante du chef Teodor Currentzis, dans son intĂ©grale des opĂ©ras de Mozart et de da Ponte chez Sony classical. Le second poursuit une carriĂšre assurĂ©e et marquĂ©e par le sens de la finesse : son Guglielmo; ardent, dĂ©pitĂ© et finalement mĂ©tamorphosĂ©, devrait convaincre tout autant.
COSI-FAN-TUTTE-opera-Tours---photo-francois-BerthonDes trois livrets Ă©crits par Lorenzo da Ponte pour Mozart, celui de Cosi fan Tutte est le seul dont le sujet est une oeuvre originale. Les Noces de Figaro s’inspirent de la piĂšce de Beaumarchais, quant Ă  Don Giovanni, c’est l’un des nombreux avatars d’un mythe sĂ©culaire. Cet ouvrage est habitĂ© par l’esprit des LumiĂšres et rappelle les comĂ©dies de MoliĂšre et de Marivaux avec leurs travestissements (Despina dĂ©guisĂ©e en notaire, les fiancĂ©s travestis en turcs…), faux-semblants, serviteurs insolents et personnages dupĂ©s : Alfonso donne aux cƓurs juvĂ©nile une belle leçon d’inconstance… DĂ©daignĂ© au XIXe siĂšcle, Cosi dont on reprochait la pauvretĂ© du livret (Ă  torts), s’impose Ă  nous par la modernitĂ© noire et cynique de sa poĂ©sie sincĂšre que depuis le milieu du XXe. Depuis, l’ouvrage d’une justesse irrĂ©sistible sur l’Ăąme humaine et le dĂ©sir souverain, n’a plus quittĂ© le rĂ©pertoire.

boutonreservationCosi fan tutte de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Toulon
Les 22, 24 et 27 novembre 2015

Opera buffa en deux actes K 588 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)‹Livret de Lorenzo da Ponte (1749-1838)‹CrĂ©ation : Vienne, Burgtheater, 26 janvier 1790

Direction musicale : Darrell Ang‹Mise en scùne : Gilles Bouillon
Fiordiligi : Marie-Adeline Henry‹Dorabella : Marie Gautrot‹Despina : Anna Kasyan‹Ferrando : Leonardo Ferrando‹Guglielmo : Alexandre Duhamel‹Don Alfonso : Riccardo Novaro

Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra de Toulon
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Cosi fan tutte version Haneke

mozart_portraitArte. Mozart : Cosi fan tutte. Michael Haneke, dimanche 19 avril 2015, 23h. Une relecture au scalpel du “drame joyeux / Dramma giocoso” (mĂȘme classification que pour Don Giovanni) de Mozart par le cinĂ©aste Michael Haneke. La vision cinĂ©matographique cisĂšle un jeu d’acteurs d’une rare subtilitĂ© : la souffrance des jeunes qui sont ainsi Ă©duquĂ©s Ă  l’amour barbare par le couple de manipulateurs, Depsina et Ferrando. TroublĂ©s, dĂ©sirants, Guglielmo et Dorabella se consument d’amour sous le jeu des premiers feux (ils finissent Ă  moitiĂ© dĂ©nudĂ©s au II
). La justesse de la lecture d’Haneke rĂ©vĂšle dans le jeu des regards et le chant du corps, des non dits terrifiants de frustration : en dĂ©finitive, ce qu’il fait de la relation perverse, violente, entre Despina / Alfonso, chacun reprĂ©sentant l’intĂ©rĂȘt de leur sexe au dĂ©triment de l’autre, est passionnant. Peu Ă  peu, le spectateur dĂ©couvre combien sous couvert d’éduquer les jeunes Ăąmes aux brĂ»lures de l’amour, ces deux vieux expĂ©rimentĂ©s rĂšglent leur compte. Ils se vengent l’un de l’autre par personne interposĂ©e, donc se dĂ©lectent de la souffrance que leur jeu produit.

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Sous l’autoritĂ© perverse d’Alfonso / Despina, les deux jeunes couples apprennent les dĂ©sillusions de l’amour…

 

 

 

Cosi version Michael Haneke : finesse et subtilité cyniques

Michael-HanekeLe soir oĂč le Teatro Real applaudissait Ă  tout rompre la premiĂšre de ce CosĂŹ fan tutte, Michael Haneke recevait Ă  Los Angeles l’Oscar du meilleur film Ă©tranger pour Amour, dĂ©jĂ  couronnĂ© d’une Palme d’or et de cinq CĂ©sars.  Pour sa deuxiĂšme mise en scĂšne d’opĂ©ra, c’est aussi une vision de l’amour, cruelle et dĂ©senchantĂ©e, dĂ©voilĂ©e au public, dans une mise en scĂšne d’un glaçant rĂ©alisme : l’esprit en Ă©moi met en relief la finesse multisĂ©mantique du livret Ă©crit par Mozart et Da Ponte. Haneke dirige les trois couples d’interprĂštes : Dorabella/Ferrando, et Fiorfiligi/Gugielmo, mais aussi les calculateurs-mentors Alfonso et Despina, aussi affectĂ©s que leurs jeunes victimes par les morsures d’amour ; les anciens amants mĂšnent un jeu qui met en lumiĂšre leurs blessures. En attĂ©nuant la comique de surface du dramma giocoso de Mozart, Haneke fait ressortir sa profonde mĂ©lancolie, sa tristesse tendre, son cynisme radical et subtil : la vie et l’amour sont ocĂ©ans de dĂ©ception, d’amertume, de renoncement
 Ceux qui croient Ă  l’amour, en demandent-ils trop Ă  la vie ? MĂȘme si une certaine lassitude s’installe Ă  force de dĂ©plorations et de priĂšres vers un dessillement collectif (la perte de la saveur lĂ©gĂšre et comique, faussement insouciante Ă©carte les effets de contrastes entre comique et tragique), de toute Ă©vidence, la mise en scĂšne souligne combien texte et musique sont restĂ©s universels, d’une modernitĂ© incisive, bouleversante : sous couvert d’un pari stupide, ici les ĂȘtres fragiles sont prĂȘts Ă  imploser et perdre leur identitĂ©. Troublant et juste.  Dommage que cĂŽtĂ© voix, le niveau ne soit pas Ă  la hauteur de la rĂ©alisation.

 

 

 

arte_logo_175Arte. Mozart, Cosi fan tutte au Teatro Real de Madrid. Michael Haneke, mise en scĂšne. Dimanche 19 avril 2015, 23h. OpĂ©ra en deux actes de Wolfang Amadeus Mozart ~ Livret : Lorenzo Da Ponte. Mise en scĂšne : Michael Haneke. Sylvain Cambreling, direction. Avec : Annett Fritsch (Fiordiligi), Paola Gardina (Dorabella), Juan Francisco Gatell (Ferrando), Andreas Wolf (Guglielmo), Kerstin Avemo (Despina), William Schimell (Don Alfonso) et l’Orchestre et les Choeurs du Teatro Real de Madrid. Chef de choeur : AndrĂ©s Maspero. RĂ©alisation : Hannes Rossacher (France, 2013, 3h). Coproduction : IdĂ©ale Audience, ARTE France, TVE et EuroArts Music International, Teatro Real de Madrid et ThĂ©Ăątre de la Monnaie-De Munt (Bruxelles), avec la participation de l’ORF et de Servus TV.

 

 

CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013)

CLIC D'OR macaron 200CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013). DĂ©capant, enivrĂ© : le Cosi du chef Teodor Currentzis nĂ© grec mais citoyen russe (42 ans). LivrĂ© tout chaud des presse Sony en ce 17 novembre 2014, le Currentzis nouveau vient de sortir : la suite aprĂšs des Noces dĂ©capantes, de la trilogie Mozart Da Ponte. Avant Don Giovanni (Ă  paraĂźtre automne 2015), voici un Cosi supĂ©rieur encore aux Noces de l’an dernier : en Ă©nergie mais ciselĂ©e, en voix mieux homogĂšnes, en finesse et subtilitĂ© (le duo Despina Alfonso fonctionne Ă  merveille), en juvĂ©nilitĂ© ardente, naĂŻve, celle des fiancĂ©s parieurs (Ferrando et Guglielmo) d’un bout Ă  l’autre totalement engagĂ©s, et mĂȘme palpitants. Ces officiers y apprennent l’inconstance et la philosophie d’en accepter le jeu.

mozart cosi fan tutte teodor currentzis cd sony classical kasyan kassian despinaA Perm, capitale culturelle isolĂ©e, Ă  l’extrĂ©mitĂ© orientale de l’Oural, sĂ©vit une baguette embrasĂ©e, celle du directeur artistique de l’OpĂ©ra local, Teodor Currentzis (depuis 2011). Non content d’ĂȘtre reconnus modialement pour leur interprĂ©tation de Casse-noisette de Tchaikvoski grĂące aux Ballet maison qui rivalise avec le Kirov et le Mariinsky, Perm gagne mĂȘme une crĂ©dibilitĂ© mozartienne avec cette odyssĂ©e discographique menĂ©e Ă  vive allure et qui s’avĂšre totalement passionnante malgrĂ© ses options parfois radicales; ni tiĂšde ni complaisante, la direction du chef entend rĂ©gĂ©nĂ©rer fondamentalement notre Ă©coute et notre mĂ©morie sonore de la trilogie mozartienne : le travail sur les tempi, les phrasĂ©s, la dynamique et toutes les nuances hagogiques servant l’explicitation des climats et des situations comme l’articulation du texte d’une comĂ©die dĂ©jantĂ©e restent lĂ  encore saisissants. La farce, l’ivresse d’un temps de folie collective, tous les possibles d’une situation nĂ©e d’un quiproquo Ă©poustouflant, le plus impressionnant de l’histoire de l’opĂ©ra, sont revivifiĂ©s ici avec un tempĂ©rament de feu.

currentzis teodor cosi fan tutte mozart dirige baltasar neumannLa verve dont est capable le frĂ©nĂ©tique Currentzis qui a quittĂ© son AthĂšnes native pour Ă©tudier auprĂšs d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg, dĂšs ses 22 ans, gagne en Ă©loquence et en pĂ©tulance : jamais la scĂšne napolitaine ne fut aussi Ă©lectrisante et Ă©lectrique tant le chef semble radicaliser son geste, mais Ă  juste titre, celui des instrumentistes et des chanteurs pour chaque mesure. L’art des transitions entre rĂ©citatifs accompagnĂ©s au pianoforte et airs orchestraux y est particuliĂšrement soignĂ©, offrant une nouvelle continuitĂ© souple mais trĂšs caractĂ©risĂ©e pour chaque sĂ©quence. Toute la derniĂšre partie, Ă  partir de la dĂ©faite de Fiordiligi dans son duo avec Ferrando dĂ©guisĂ© en faux albanais, le faux mariage en prĂ©sence du faux notaire (Despina hilarante), le finale oĂč tous se dĂ©masquent, relĂšve d’une vitalitĂ© hallucinĂ©e Ă  la morale trĂšs juste, … une prĂ©figuration des comĂ©dies les plus pĂ©tillantes Ă  venir (La Chauve Souris, La vie parisienne…) : Currentzis a un geste percussif et tranchant,  essentiellement et naturellement thĂ©Ăątral, d’une justesse dramatique peu commune : peut-ĂȘtre le fruit de son ancienne collaboration avec l’autre champion du drame incarnĂ©, le metteur en scĂšne tout aussi exacerbĂ© par sa maniĂšre jusqu’auboutiste, Dmitri Cherniakov, Ă  l’opĂ©ra de Novosibirsk dĂšs 2004 ? Currentzis sait capter l’insouciance d’un temps de folie collective, la pulsation qui fait imploser l’ordre apparent de la vie, mĂȘme si tout redevient Ă  un Ă©quilibre final, – comme dans Les Noces de Figaro- la musique ayant superbement dĂ©voilĂ© la psychĂ© trouble et contradictoire de chaque protagoniste et avec quelle finesse, on sent bien que le lendemain tout peut recommencer : Mozart a cette capacitĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler la fragilitĂ© inhĂ©rente des situations oĂč tout nouvel ordre peut Ă  nouveau basculer. Currentzis se fonde sur cette motricitĂ© du dĂ©sordre pour Ă©tablir une approche rĂ©solument vertigineuse.

 

 

 

 

Ivresse, palpitations, délires de Cosi

 

Teodor Currentzis : maestro furioso !Au terme de rĂ©pĂ©titions sans limitation de durĂ©e (clause de son contrat Ă  Perm), en cela accompagnĂ© par de vrais instrumentistes complices qui partagent son mĂȘme perfectionnisme radical (les musiciens de l’ensemble qu’il a fondĂ© Ă  Novossibirsk : MusicAeterna), le chef peut ĂȘtre fier d’avoir atteint un nouveau standard de perfection, dans les attaques, dans l’unisson motorique des cordes ; la prĂ©cision fait loi, toujours au service d’une expressivitĂ© justifiĂ©e. Jamais Cosi n’a semblĂ© si proche de l’Ă©ros et du dĂ©sir troublant ; la violence des fiancĂ©es d’abord rĂ©ticentes Ă  toute approche infidĂšle face aux jeunes orientaux venus les Ă©prouver en l’absence supposĂ©e de leurs fiancĂ©s, paraĂźt suspecte : sous la braise agressive, deux volcans sont prĂȘts Ă  se laisser enflammer… Et le duo Despina qui a tant de froideur enjouĂ©e vis Ă  vis de la gens masculine, avec Alfonco, vieux cynique glaçant achĂšve de boucler un tableau passionnant, rĂ©solument ironique et mordant, d’autant que les jeunes officiers se font prendre Ă  leur propre jeu : l’infidĂ©litĂ© des femmes, la facilitĂ© avec laquelle, dĂ©guisĂ©s, ils les ont retournĂ©es, offrent une leçon de rĂ©alisme sentimental qui n’a rien Ă  envier ni Ă  Marivaux ni Musset ni au Flaubert de l’Education sentimentale ou de Madame Bovary. Mais ce geste Ă©lectrique, embrasĂ© rompt dĂ©finitivement le joug des lectures si nombreuses et si conformes, ternes, tiĂšdes, lisses (celui du Mozart poli et dĂ©coratif). En rĂ©formant l’approche musicale par le souffle et la vie, Currentzis redĂ©finit aussi notre propre place d’auditeur, notre expĂ©rience musicale et aussi le jeu mĂȘme des interprĂštes : certains y souscrivent naturellement, comme aimantĂ©s par tant de vivacitĂ© communicante, d’autres restent de marbre, souvent hors sujet Ă  notre avis, parfois d’une consternante tiĂ©deur : c’est le cas des deux voix fĂ©minines exprimant bien platement l’inconstance des deux soeurs… quant leur servante Despina Ă©blouit par son jeu Ă©tourdissant d’intelligence et de finesse. Autre rĂ©serve, pĂ©chĂ© d’orgueil d’un chef qui pense d’abord par son orchestre : le volume sonore de l’orchestre, beaucoup trop Ă©levĂ© par rapport aux voix ; l’orchestre dĂ©jĂ  stylistiquement survoltĂ© couvre le chant si dĂ©taillĂ© par exemple, de la sublime Despinetta  de la jeune soprano Anna Kassian: or le travail naturel, flexible, ciselĂ© de la jeune cantatrice confirme bien son talent, rĂ©cemment couronnĂ© par le Concours Bellini 2013 -, une voix exceptionnelle Ă  suivre dĂ©sormais.

Globalement, l’enregistrement satisfait notre attente : affirmant une intelligence ivre rĂ©ellement dĂ©lectable qui souligne la folie et les dĂ©lires de cette mascarade nĂ©e d’un dangereux pari : la nature comique, lĂ©gĂšre, dĂ©lirante du sujet y gagne un surcroĂźt de vitalitĂ©. ComparĂ©e Ă  leur anthologie Rameau publiĂ© aussi en novembre 2014 mais rĂ©alisĂ© il y a dĂ©jĂ  deux ans (Rameau : the sound of light, 2012), le style des musiciens nous paraĂźt plus homogĂšne et moins disparate.  C’est donc un CLIC de classiquenews, confirmant le choix de cette version de Cosi tel un excellent cadeau de NoĂ«l.
mozart cosi fan tutte currentzis 3 cd anna kasyanMozart : Cosi fan tutte. Simone Kermes (Fiordiligi), Malena Ernman (Dorabella), Christopher Maltman (Gugielmo), Kenneth Tarver (Ferrando), Anna Kasyan / Kassian (Despina), Kostantin Wolff (Don Alfonso).  MusicAeterna (orchestre et choeur). Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical 88765466162. Enregistrement réalisé en janvier 2013 à Perm, Opéra Tchaikovski.

 

 

 

 

 

approfondir


rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012)
. Voici un Rameau qui fait rĂ©agir : lisez d’abord le titre de cette anthologie, The sound of light, le son de la lumiĂšre
 Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre
?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive
 la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique, ne laisse pas indiffĂ©rent : sa baguette suractive exaspĂšre comme elle transporte.
Pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort, le compositeur vit une annĂ©e 2014 finalement florissante : aux concerts (Le Temple de la gloire, ZaĂŻs
 resteront de grands moments de redĂ©couverte
 Ă  l’OpĂ©ra de Versailles), ou Ă  l’opĂ©ra (Castor et Pollux, Les Indes Galantes, PlatĂ©e…), s’ajoutent plusieurs rĂ©alisations discographiques dont ce programme pourtant enregistrĂ©e dĂ©jĂ  en juin 2012 Ă  Perm (Maison Diaghilev, Oural).  LIRE notre critique complĂšte du cd RAMEAU : The sound of light (1 cd Sony classical, enregistrĂ© en 2012, Ă©ditĂ© en dĂ©cembre 2014)

Compte rendu, Opéra. Tours. Opéra, le 12 octobre 2014. Mozart : Cosi fan tutte. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scÚne

Compte rendu, OpĂ©ra. Tours. OpĂ©ra, le 12 octobre 2014. Mozart : Cosi fan tutte. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Saluons ce qui fait le charme immĂ©diat de cette nouvelle production de l’opĂ©ra de Tours et qui ouvre trĂšs positivement sa nouvelle saison 2014-2015 : son Ă©vidence et sa vivacitĂ© thĂ©Ăątrale. Le travail du metteur en scĂšne, Ă  prĂ©sent familier de la scĂšne tourangelle, Gilles Bouillon, offre une lecture trĂšs rafraĂźchissante de l’opĂ©ra mozartien qui malgrĂ© sa charge comique (l’Ă©pisode de Despina maquillĂ© en mĂ©decin appliquant les prĂ©ceptes de Mesmer sur les corps apparemment empoisonnĂ©s des deux garçons Ă  la fin du I) n’en saisit pas moins par sa justesse cynique : comĂ©die doux-amer, Cosi fan tutte plonge dans la vĂ©ritĂ© des entiments Ă©prouvĂ©s : la farce Ă©pingle surtout l’inconstance des coeurs amoureux. Les serments d’hier sont trahis par le dĂ©sir nĂ© dans l’élan d’un nouvel instant. Terrible leçon de rĂ©alisme sentimental, marivaudage amer et sans alternative… Fiordiligi et Dorabella, deux beautĂ©s napolitaines sont inconsolables depuis le dĂ©part de leurs deux fiancĂ©s Ă  la guerre : jeu de dupes pour mieux les rendre sensibles aux charmes de deux prĂ©tendants orientaux (en fait leurs ex amants dĂ©guisĂ©s…). Tout le drame s’appuie sur la complicitĂ© entre les hommes et le public, dont le seul but est de piĂ©ger les jeunes femmes : lesquelles rĂ©sistent d’abord, puis s’offrent aux deux nouveaux venus.

 

 

 

COSI-FAN-TUTTE-opera-Tours---photo-francois-Berthon

 

 

 

D’un plateau vocal globalement homogĂšne, se distinguent nettement la Dorabella naturellement puissante et idĂ©alement subtile de la jeune mezzo Karine SĂ©chaye que nous avions applaudie ici mĂȘme pour un somptueux Aiglon d’Honegger ; mĂȘme aplomb vocal et jeu tout en fine facĂ©tie du Guglielmo d’Alexandre Duhamel. Le baryton nous offre mĂȘme en accord avec la gĂ©nĂ©rositĂ© du chef, l’air si rare “Rivolgete”, pourtant essentiel dans la dĂ©roulement comique de ce Cosi trĂšs rĂ©ussi. Ils sont d’autant mieux portĂ©s dans leur mouvement et leur jeu respectif grĂące aux piliers Alfonso / Despina qu’incarnent respectivement Franck Leguerinel (au chant presque inaudible parfois) et Catherine Dune dont l’intelligence de l’actrice ne peut masquer l’usure de la voix.

AffĂ»tĂ©, d’une constante sensibilitĂ©, en chef lyrique expĂ©rimentĂ©, Jean-Yves Ossonce veille Ă  l’Ă©quilibre plateau / fosse, ciselant un Mozart, intensĂ©ment dramatique, expressivement chambriste, d’une grĂące et d’une fluiditĂ© rayonnante qui elle aussi, contribue Ă  la rĂ©ussite de cette nouvelle production, vraie performance thĂ©Ăątrale, oĂč le profil individuel de chaque protagoniste gagne une prĂ©sence progressive ; oĂč l’enjeu de chaque situation est Ă©vidente et parfaitement exposĂ©. Les quintettes et les sextuors qui manifestent la suavitĂ© et le vertige des coeurs qui se dĂ©voilent brusquement, sont subtilement conduits, faisant surgir cette tendresse dĂ©sormais irrĂ©sistible et d’une sincĂ©ritĂ© singuliĂšre qui fonde la beautĂ© et le mystĂšre de la musique mozartienne. TrĂšs convaincante rĂ©alisation.

Illustration : Cosi fan tutte Ă  l’OpĂ©ra de Tours en octobre 2014 © François Berthon

 

 

tours-opera-opera-de-tours-582BON PLAN Ă  Tours (repĂ©rĂ©/testĂ© par CLASSIQUENEWS) : avant, aprĂšs la reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra de Tours, un nouveau lieu de restauration, Ă©galement salon de thĂ©, Ă  2 pas de l’OpĂ©ra vient d’ouvrir (face Ă  l’entrĂ©e principale, sur le trottoir de gauche)  : “La DĂźnette“. Accueil et service trĂšs agrĂ©ables, cadre lumineux et raffinĂ©. La DĂźnette, 3 rue Corneille 37000 Tours. TĂ©l rĂ©servation, horaires : 09 83 30 20 30.

Cosi fan tutte de Mozart Ă  Tours

Mozart portraitXTours, OpĂ©ra. Mozart : Cosi fan tutte. Les 10,12,14 octobre 2014. CrĂ©Ă© en 1790 Ă  Vienne, Cosi fan tutte, opĂ©ra du cynisme amoureux, incarne l’ultime offrande du duo lĂ©gendaire Da Ponte et Mozart. sur le traces de l’opĂ©ra vĂ©nitien fixĂ© par Cavalli et son librettiste Faustini ; Da Ponte imagine deux couples dont les membres se croisent en un imbroglio amoureux dĂ©routant et amer. Les serments d’hier se brisent face au dĂ©sir nouveau, et constatant la fragilitĂ© des sentiments amoureux, le vieux philosophe, sorte de libertin cynique, Alfonso peut remporter le pari dont est issue l’action premiĂšre. Le marivaudage dĂ©voile, fait misogyne flagrant, l’infidĂ©litĂ© des femmes… quand la roublardise des hommes est tout autant active et responsable des Ă©vĂ©nements. Mozart lui-mĂȘme fut amoureux de deux sƓurs : ne pouvant Ă©pouser Aloysia, il se marie avec Constanz…  Le compositeur que l’amour inspire toute sa vie, Ă©tait lui-mĂȘme fin connaisseur du labyrinthe des passions humaines. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  Tours.

Mozart : Cosi fan tutte
Opéra-bouffe en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Création le 26 janvier 1790 à Vienne
Editions BĂ€renreiter

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
Dramaturgie : Bernard Pico

Fiordiligi : Vannina Santoni
Dorabella : Carine SĂ©chaye
Despina : Catherine Dune
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Alexandre Duhamel *
Don Alfonso : Franck Leguérinel

Opéra de Tours
nouvelle production
Vendredi 10 octobre – 20h
Dimanche 12 octobre – 15h
Mardi 14 octobre – 20h

ConfĂ©rence gratuite sur l’opĂ©ra de Mozart, le 4 octobre 2014, Grand ThĂ©Ăątre, Salle Jean Vilar. Places attribuĂ©es dans la limite des siĂšges disponibles.

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra royal, le 2 février 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Cosi fan tutte / François André Danican Philidor : Les Femmes vengées. Pascale Beaudin, Blandine Staskiewicz, Claire Debono, Antonio Figueroa, Alex Dobson, Bernard Deletré, Jeffrey Thompson. Ryan Brown, direction musicale. Nick Olcott, mise en scÚne

Mozart_portrait_Hickel_ospehAprĂšs-midi consacrĂ© au marivaudage lyrique Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles. L’ensemble OpĂ©ra Lafayette, basĂ© Ă  Washington, a eu l’idĂ©e ingĂ©nieuse de remettre au goĂ»t du jour la version française du Cosi fan tutte de Mozart imaginĂ©e au XIXe siĂšcle par Durdilly, infatiguable traducteur de livrets d’opĂ©ras, et de la coupler avec le rarissime opĂ©ra-comique de François AndrĂ© Philidor Les femmes vengĂ©es. Cette seconde Ɠuvre, crĂ©Ă©e en mars 1775 Ă  la ComĂ©die Italienne, fait Ă©cho Ă  la premiĂšre, mais la farce est cette fois initiĂ©e par les femmes, comme une juste revanche aux aventures prĂ©cĂ©dentes.
La compagnie amĂ©ricaine a ainsi crĂ©Ă©, grĂące Ă  la mise en scĂšne classique et drĂŽle Ă  la fois de Nick Olcottt, un dĂ©cor unique de toiles peintes formant une grande maisonnĂ©e, oĂč les deux intrigues peuvent se jouer tour Ă  tour.  Reconnaissons que l’ouvrage de Philidor s’avĂšre celui qui fonctionne le mieux, en grande partie grĂące au livret qui trouve son juste Ă©cho dans la musique, et une partition dĂ©licieuse qu’on prend un plaisir gourmand Ă  dĂ©couvrir ; lĂ  oĂč la traduction française du bijou mozartien s’avĂšre parfois maladroite dans ses rimes, et oĂč la vocalitĂ© qu’appelle la musique ne s’incarne que partiellement dans celle que sert le texte rĂ©Ă©crit.  NĂ©anmoins, la curiositĂ© l’emporte et l’on finit par apprĂ©cier ce Mozart aux sonoritĂ©s diffĂ©rentes, qui remplace en outre les rĂ©citatifs par des dialogues parlĂ©s, le propos trouvant sa justification parfaite dans le cadre fastueux et intime du lieu La distribution rĂ©unie pour l’occasion, identique pour les deux parties de la journĂ©e, tient parfaitement ses promesses.  Si la Fleurdelise de Pascale Beaudin se rĂ©vĂšle parfois trop lĂ©gĂšre pour la dĂ©mesure du personnage, malgrĂ© un aplomb Ă  toute Ă©preuve et des graves courageusement affrontĂ©s, la chanteuse emporte l’adhĂ©sion avec une PrĂ©sidente malicieuse et sensuelle, phrasant avec virtuositĂ© son grand air « De la coquette volage » qui lui vaut au beau succĂšs auprĂšs du public.
Exacte Dorabelle, Blandine Staskiewicz fait Ă©talage de son beau mezzo veloutĂ©, idĂ©al dans cet emploi, et incarne une femme fiĂšre, pourtant finalement prompte Ă  cĂ©der aux avances de son sĂ©ducteur. Sa Madame Lek demeure tout aussi altiĂšre, et forme avec sa consƓur un trĂšs beau duo.

Ainsi font-elles toutes, la vengeance des femmes

Delphine enjouĂ©e et irrĂ©sistible dans ses travestissements tant vestimentaires que vocaux, Claire Debono trouve nĂ©anmoins dans Madame Riss un Ă©panouissement vocal plus grand, l’écriture du rĂŽle lui permettant de dĂ©ployer toute sa voix, d’une richesse qu’on ne soupçonnait pas jusque lĂ , une belle surprise Ă  saluer.
CantonnĂ©s Ă  des rĂ©pliques dans le second ouvrage, les deux soldats se taillent la part du lion dans Cosi. Le tĂ©nor Antonio Figueroa ne fait qu’une bouchĂ©e du rĂŽle de Fernand, malheureusement amputĂ© de son second air, mais paraĂźt bien souvent s’économiser, son seul morceau le trouvant prodigue en nuances et laissant supposer des rĂ©serves vocales dont il ne se sert pas.
Son compagnon de jeu trouve en Alex Dobson un baryton trĂšs Ă  l’aise dans le personnage fanfaron et hilarant de Guillaume, mais le chanteur amĂ©ricain apparaĂźt peu Ă  l’aise avec la diction française, et l’émission vocale sonne par instants comme sombrĂ©e et engorgĂ©e.
Excellent Don Alphonse de Bernard DeletrĂ©, philosophe Ă  l’ironie mordante, toutefois gĂȘnĂ© aux entournures par la vocalitĂ© du rĂŽle ; et trĂšs convainquant Monsieur Riss de Jeffrey Thompson, comĂ©dien en diable et trĂšs en voix lorsqu’il la dĂ©ploie, c’est-Ă -dire trop rarement, sacrifiant bien souvent l’impact sonore au style et aux effets.
Plus de chƓurs, mais la trompette et l’orchestre qui jouent le thĂšme vantant les beautĂ©s de la vie militaire. Ce mĂȘme orchestre, Ă  la fois nerveux mais jamais acide ni rude de sonoritĂ©, Ă  l’équilibre remarquable, bien conduit par Ryan Brown, qui paraĂźt trouver son terrain idĂ©al dans Philidor davantage que chez Mozart, bondissant avec Ă©vidence dans la musique du compositeur français.
Une curiositĂ© que suit une belle dĂ©couverte, le vaudeville lyrique a pris ses aises Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles, pour notre plus grand plaisir.

Versailles. Opéra Royal, 2 février 2014. Wolgang Amadeus Mozart : Cosi fan tutte. Livret de Lorenzo da Ponte, traduction française de Louis V. Durdilly / François André Danican Philidor : Les Femmes vengées. Livret de Michel-Jean Sedaine. Avec Fleurdelise / Madame la Présidente : Pascale Beaudin ; Dorabelle / Madame Lek : Blandine Staskiewicz ; Delphine / Madame Riss : Claire Debono ; Fernand  / Le Président : Antonio Figueroa ; Guillaume / Monsieur Lek : Alex Dobson ; Don Alphonse : Bernard Deletré ; Le Peintre / Monsieur Riss : Jeffrey Thompson. Opera Lafayette Orchestra, Washington DC. Ryan Brown, direction musicale. Mise en scÚne : Nick Olcott ; Décor : Misha Kachman ; Costumes : Kendra Rai ; LumiÚres : Colin K. Bills

CD. Mozart : Cosi fan tutte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2012) 3 cd DG

CD. Mozart : Cosi fan tutte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2012) 3 cd DG   ….   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin poursuit son intĂ©grale Mozart captĂ©e Ă  Baden Baden chaque Ă©tĂ© pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagĂ©.

Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso …
D’abord il y a l’Ă©lĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible.
Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse.

DĂ©lectable Cosi …

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCaptĂ© sur le vif en juillet 2012 Ă  Baden Baden, ce Cosi tient ses promesses : le chef accuse le relief palpitant d’une partition marquĂ©e par l’apologie scintillante du sentiment. Et chacun des solistes en version de concert ont soin Ă  exprimer l’acuitĂ© thĂ©Ăątrale de chaque situation.
La distribution marque les nuances de rigueur pour un exercice qui pris en live contient aussi ses dĂ©fauts et ses inĂ©vitables limites. Manque de prĂ©paration certainement, l’homogĂ©nĂ©itĂ© fait parfois dĂ©faut, surtout dans la direction ici et lĂ  … prĂ©cipitĂ©.
En Ferrando, Villazon semble usĂ©, serrĂ©, noyautĂ© … sans guĂšre de nuances ni de subtilitĂ© : et dĂ©jĂ  lors de la performance, le tĂ©nor si peu mozartien avait fait pĂąle figure au moment du concert Ă  Baden Baden. Adam Plachetka est un Guglielmo passe partout. Plus dĂ©lirant, l’Alfonso d’un routier du comique, Alessandro Corbelli perce davantage le scĂšne.
CĂŽtĂ© chanteuses, le piquant de la Despina de Mojca Erdman que le label jaune entend nous imposer de disque en disque, peine Ă  sĂ©duire : son aciditĂ© percutante masque tout le jeu de l’actrice et la moindre intention.
Plus finement caractĂ©risĂ©, le duo des femmes victimes est plus attachant : Miah Persson fait une Fiordiligi distinguĂ©e, angĂ©lique et suave Ă  souhaits ; cependant que la Dorabella d’Angela Brower en impose tout autant par son timbre grave plus tĂ©nĂ©breux de mezzo cependant clair (et tout autant agile).
Les portraits fĂ©minins en gagnent une rĂ©alitĂ© immĂ©diate trĂšs convaincante. Ils confĂšre au marivaudage musical et mozartien, ses vertiges et ses pĂąmoisons si dĂ©lectables. VoilĂ  un second volet de l’intĂ©grale mozartienne signĂ©e NĂ©zet SĂ©guin Ă  Baden Baden qui tient dignement sa place aux cĂŽtĂ©s du prĂ©cĂ©dent Don Giovanni qui montrait la mĂȘme ardeur expressive, le mĂȘme sens thĂ©Ăątral finement ciselĂ©. A suivre.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791): CosĂŹ fan tutte, ossia La scuola deglia amanti, K. 588—M. Persson (Fiordiligi), A. Brower (Dorabella), M. Erdmann (Despina), R. VillazĂłn (Ferrando), A. Plachetka (Guglielmo), A. Corbelli (Don Alfonso). Vocalensemble Rastatt. Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin. Enregistrement live rĂ©alisĂ© pendant les reprĂ©sentations en version de concert, juillet 2012, Festspielhaus Baden-Baden. 3cd Deutsche Grammophon 479 0641. 2h58mn. Parution : septembre 2013.

Mozart : Cosi fan tutte (Haneke, Cambreling, 2013)

Mozart_portrait_Hickel_ospehArte, le 21 juin 2013, 20h45. Cosi fan tutte de Mozart Ă  Madrid. Le 23 fĂ©vrier dernier s’est jouĂ©e Ă  Madrid la PremiĂšre mondiale d’une nouvelle production de Cosi Fan Tutte de Mozart, qui marque aussi le retour  du cinĂ©aste Michael Haneke Ă  la mise en scĂšne d’opĂ©ra. Tout rĂ©cemment multiprimĂ© aux Oscars (Meilleur film Ă©tranger) et aux CĂ©sars (5 rĂ©compenses dont celle du meilleur rĂ©alisateur) avec son film « Amour », Michael Haneke est l’un des cinĂ©astes les plus percutants et incisifs de notre temps. Avec cette nouvelle mise en scĂšne d’opĂ©ra, il livre sa vision d’une oeuvre ensorcelante, grave, complexe, lĂ©gĂšre par moments, oĂč l’expĂ©rience de l’infidĂ©litĂ© transforme les quatre personnages en mettant Ă  nu leur solitude et leur fragilitĂ©.
Dans un dĂ©cor unique mĂȘlant le contemporain et le 18e siĂšcle, il propose une relecture la tragi-comĂ©die, et l’on peut compter sur son talent de directeur d’acteurs pour embraser les chanteurs et pousser leur jeu Ă  l’extrĂȘme
Mozart : Cosi fan tutte
Opéra en 2 actes 
Livret : L. Da Ponte
Direction musicale : Sylvain Cambreling
Chef de choeurs : andrés maspero
Mise en scĂšne : michael haneke
avec Annett Fritsch (Fiodiligi), Pao la Gardina ( Dorabella), Juan Francisco Gatell (Ferrando), Andrea Wolf (Guglielmo), Kerstin Avemo (Despina) William Schimell (Don Alfonso)
Choeurs et orchestre du Teatro real
RĂ©alisation : Hannes Rossach er
Coproduction : Arte France, Teatro Real Madrid, Idéale Audience, TVE, EuroArts Music, La Monnaie-De Munt