Compte rendu, opéra. Montpellier. Opéra Comédie, le 29 février 2015. Maurice Ravel : L’Enfant et les Sortilèges. Dima Bawab, Olivier Brunel, solistes et choeur Jeune Opéra… Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon. Jérôme Pillement, direction. Sandra Pocceschi, mise en scène.

Opera Junior propose aux jeunes de Montpellier et de sa région de participer à la production d’un opéra dès la première jeunesse. Fondé en 1990 par Vladimir Kojoukharov, il est piloté depuis 2009 par Jérôme Pillement, qui dirige en l’occurrence l’Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon pour les deux représentations uniques de cette nouvelle production de L’Enfant et les Sortilèges de Ravel dans une mise en scène de Sandra Pocceschi.

L’éclat de la jeunesse, entre ironie et tendresse

Maurice_Ravel_1925L’Enfant et les Sortilèges est une œuvre unique dans son genre, bouleversant effectivement les canons de l’opéra « traditionnel ».Sur le livret de Colette racontant l’histoire d’un enfant capricieux perdu dans ses fantaisies, Ravel exprime en permanence de la tendresse et de l’ironie. Dans la succession des nombreuses scènes, le compositeur déploie ses talents d’orchestrateur avec une minutie frappante. Ainsi, ces sketches, par leur durée, sont des miniatures savantes et savoureuses. Le résultat est d’un naturel délicieux, Ravel mettant en musique avec sympathie les personnages imaginés par Colette avec toute la force de son talent, riche en nuances.
Le projet artistique de Sandra Pocceschi est pragmatique et surtout très esthétisant. Dans une grande économie de moyens, avec une grande intelligence (peut-être trop parfois), elle donne une cohésion plastique et thématique à l’œuvre. Si quelques choix restent un peu ésotériques et quelques scènes sont traitées avec une réserve confondante, le spectacle demeure un véritable succès. L’œil et l’esprit en permanence chatouillés par les talents combinés de la metteure en scène et Giacomo Strada, Cristina Nyffeler et Geofrroy Duval (pour les décors, costumes et lumières respectivement).
Le travail d’acteur de la jeune distribution se distingue, dont quelques personnalités du casting. Dima Bawab interprète le Feu et le Rossignol avec virtuosité et candeur, Olivier Brunel, ancien de l’Opéra Junior, est une Horloge pleine de caractère ! En ce qui concerne les jeunes interprètes nous les saluons dans la totalité, tous engageants et engagés. Anya Van den Bergh dans le rôle de l’enfant est touchante à souhait, le petit vieillard (l’arithmétique) est chanté par Elysa Brodu, rayonnant de charisme et au jeu d’acteur vraiment superbe. Heureusement, on a décidé de donner le rôle de La Princesse à une jeune (en principe Le Feu, Le Rossignol et La Princesse devant être interprétés par la même chanteuse), puisque cela nous a permis de découvrir la voix et la prestance de la sensible et percutante Marie Sénié au chant très émotif, inspirant des frissons.

Jérôme Pillement dirige son orchestre en bonne forme. Il se montre maître du langage ravélien et traite la partition avec tout le sérieux qu’elle mérite, sans jamais tomber dans un expressionnisme kitsch. Les vents sont heureux et curieux ; le chef a une science du rythme fantastique ! Le chœur de l’Opéra emmené à chanter avec le chœur des jeunes est tout aussi investi et l’effet sur l’auditoire est remarquable. Le spectacle n’est pas présenté en diptyque (comme très souvent le cas dû à la durée de moins d’une heure de l’opus), et devient donc davantage accessible pour les jeunes et les familles présentes dans la salle qui sans aucun doute se régalent. Opera junior reste une initiative et un spectacle pas comme les autres. Un projet et des jeunes artistes à suivre. Félicitations à toute l’équipe !

Comments are closed.