Versailles. Salon d’Hercule, le 16 avril 2015. Claudio Monteverdi (1567 – 1643). Il combattimento di Tancredi & Clorinda. Madrigaux guerriers du Livre VIII. Miriam Allan, soprano ; Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, contralto ; Stéphanie Leclercq, contralto ; Cyril Costanzo et Lisandro Abadie, basses. Les Arts Florissants, Paul Agnew, ténor et direction.

agnew-paul-800-concertmonteverdiLes Arts Florissants ont entamé en 2012 une tournée consacrée aux madrigaux de Claudio Monteverdi. Sur le chemin de ce qui est presque un pélerinage musical, ils ont, à l’occasion de quasi chaque Livre, fait une halte sous les ors du Palais des rois de France à Versailles. Le Salon d’Hercule est tout particulièrement indiqué tant par son cadre que son décor et son acoustique pour accueillir celui dont la musique est tout comme les deux œuvres du peintre qui ornent ce salon, – Paolo Véronèse -, l’expression de la quintessence même de ce que Philippe Beaussant appelle l’instant privilégié du « Passage ». Que de fois Monteverdi dut croiser aussi bien à Mantoue qu’à Venise, les tableaux de celui qui l’avait précédé. Tous deux ouvrirent la voie à de nouveaux univers qui aujourd’hui encore nous émerveillent.
La quête des Arts Florissants n’est pas loin de toucher à sa fin. L’intégrale entreprise parvient au VIII ème Livre, celui qui rend tout à la fois un hommage à un genre en voie de disparition, le madrigal-, et qui souligne l’émergence de ce genre nouveau qu’est l’opéra. Ce VIII ème livre est en fait composé de deux Livres : les Madrigali Guerrieri et les Madrigali Amorosi. Et c’est le premier que nous ont donné à entendre ce soir, les musiciens et chanteurs, réunis par Paul Agnew pour l’occasion.
C’est dans le VIII ème Livre que l’on trouve le Combattimento di Tancredi e Clorinda dont les Arts Florissants nous ont offert une version théâtralisée avec une mise en espace, discrète pourtant très réussie, faite de quelques déplacements scéniques et d’échanges de regards très appuyés.
Mais pour l’essentiel, c’est tout à la fois le soin apporté aux mots, aux phrasés, à la beauté de la langue et à sa poésie musicale qui une fois de plus soulève notre enthousiasme dans cette intégrale en concerts des Arts Florissants. Ici tout semble aller de soi, y compris dans l’interprétation virtuose du Ballo delle Ingrate. Les timbres parfaitement appariés viennent s’enrichir. Paul Agnew a parfaitement choisi ses chanteurs et ses musiciens. Sa direction, fruit d’un travail en commun de déjà bientôt trois ans, a l’élégance du partage assumé et amical. Il va jusqu’à créer une complicité avec le public, car en plusieurs moments, il prend la parole pour nous dire, avec son charmant accent si british, tout ce qui rend si unique la rencontre avec Claudio Monteverdi.
Les 7 chanteurs réunis forment la distribution quasi idéale, qui donne vie à cette musique où se mêlent la tragédie et la sensualité baroque. Toutes et tous ont déjà participé à la tournée et leur connivence avec la sensibilité de ce répertoire est une évidence. Quant aux musiciens, ils apportent des couleurs luxuriantes et charnelles, dont émanent tout à la fois lumière et âpreté. Dans le combat de Tancrède et Clorinde, les cordes deviennent aussi tranchantes que la lame d’une épée, tandis que dans Altri canti d’amor, tenero arciero, elles sont aussi voluptueuses que les velours de Véronèse.
Cette soirée magnifique, à laquelle un public nombreux s’est pressé, a obtenu sa gratitude enthousiaste, tant l’enchantement en a été un vrai bonheur. Décidément la saison musicale défendue par Château de Versailles Spectacles (CVS) est une très belle réussite artistique… baroque. Chaque programme musical trouve dans les salles et sites du château, son écrin idéal.

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